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Le général Lamine Cissé s’en est allé hier à l’âge de 80 ans. L’ancien ministre de l’Intérieur aura marqué la vie politique et démocratique du Sénégal pour avoir été un acteur clé de la première alternance en 2000.

C’est comme si Abdou Diouf s’était dit : Si c’est Lamine, tout sera clair. Le Sénégal sortait de ses élections souvent contestées (88 et 93 notamment) et violentes. Alors que l’usure du pouvoir gagnait le successeur de Senghor, il fallait un homme neutre comme un soldat pour apaiser les tensions politiques et électorales. Le général Lamine Cissé, décédé hier à Dakar à l’âge de 80 ans, est alors promu ministre de l’Intérieur en charge de l’organisation des Législatives de 1998 et de la Présidentielle de 2000. Les résultats de Abdoulaye Wade (plus de 20 députés), Djibo Leyti Kâ (11 députés), entre autres, avaient quand même rassuré les acteurs politiques qui voyaient déjà un premier tour avant 2000. Lamine Cissé reste donc et gère la Présidentielle, mais pas tout à fait dans le calme. L’épisode des «cartes israéliennes» avait sapé peu ou prou la confiance que l’opposition plaçait en lui, mais il en sortira grandi puisque le Frte qui avait eu accès au fichier avait presque rangé ses suspicions de fraude. C’est avec lui que le Sénégal, pour la première fois, connaît une alternance démocratique sans gros dégâts, après un demi-siècle de règne socialiste. S’il est familier des Sénégalais, c’est davantage pour cet «éclat» de 2000 que pour ses étoiles en tant que Chef d’état-major général des armées (Cemga).
Le natif de Sokone était ainsi devenu le «Monsieur élections» qui aura le plus marqué l’histoire électorale du Sénégal. C’est un mérite rien que pour avoir, au-delà de son treillis de neutralité, persuadé Abdou Diouf que c’était fini. Dans son Carnet secret d’une alternance, il raconte une de ses confidences qui ont fait basculer le cours d’une élection pourtant que tout le monde qualifiait à gros risques. «Si vous félicitez votre adversaire (Wade) comme vous l’avez promis à votre directoire de campagne, vous serez le vainqueur moral de cette élection», disait-il à Diouf. Lui aussi a été le vainqueur de cette élection. Mission accomplie donc puisque la rigueur et son impartialité confèrent désormais à la «grande muette» la compétence traditionnelle de gérer les conflits électoraux. Puisqu’après lui, c’est le général Mamadou Niang qui hérite de l’Intérieur. Et ce n’est pas par hasard que l’opposition réclamait à Wade un militaire en 2007 et 2012. Et aujourd’hui encore à Macky Sall. Quand il prend la tête de l’Oidec (Observatoire international de la démocratie et de la gestion des crises et conflits), on ne sait plus si ce sont les élections qui refusent de le quitter ou c’est lui-même qui ne veut plus les lâcher. Voilà qui fait de lui «un soldat au cœur de la démocratie», sous-titre de son livre publié en 2001.
Le général Cissé a tout de même poursuivi une carrière internationale entre les Nations unies et les organisations communautaires africaines. Comme en 2010, il a été chargé par la Cedeao de gérer la restructuration des forces armées guinéennes.
hamath@lequotidien.sn

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