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Porte-parole pendant plus de 60 ans et khalife depuis 6 mois, Serigne Abdou Aziz Sy «Al Amine» s’est éteint, hier, à l’âge de 90 ans. Tiva­oua­ne perd ainsi sa voix.

Serigne Abdou Aziz Sy «Al Amine» dit adieu à la Oummah islamique, 6 mois après le rappel à Dieu de son frère Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy «Al Makhtoum». Tivaouane la sainte est sous ses habits de deuil. Venus de tous les coins et recoins du Sénégal, des milliers de fidèles tidianes convergent vers cette commune de 43 mille âmes, créée en 1904. Ils sont en deuil. Serigne Abdou Aziz Sy «Al Amine» n’est plus. Le khalife général des Tidianes s’est éteint à l’âge de 90 ans dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 septembre à 2h du matin au domicile de son père Serigne Babacar Sy, des suites d’une maladie. Et Tivaouane pleure son 6e khalife. Dans la ville, la visibilité n’est pas des meilleures, la lumière du jour mêlée à la poussière, rend la vision presque impossible. Comme hypnotisés par l’esplanade des mosquées si proche et si loin à la fois, les pèlerins avancent. Ils respirent un air crasseux, toussent, mais avancent stoïquement. Les poitrines, sous les agressions de l’atmosphère, se bombent et retombent très vite. Il est 11h. Le défunt khalife est en train d’être conduit dans sa dernière demeure à l’esplanade des mosquées près de la grande mosquée Serigne Babacar Sy. Et là, les fidèles voulaient coûte que coûte être à l’intérieur où aux alentours. Une marque de sympathie à l’endroit de leur khalife, leur guide, leur vénéré. «Il a été un régulateur social et un fervent défenseur des droits de l’individu», pousse un vieux fidèle, tout de blanc vêtu. Une blancheur qui fait sa mue face à la poussière qui déferle. Cette longue file formée par les humains étouffe. Très vite, une bousculade arrive. Les fidèles se soutiennent. Personne ne tombe, même pas ces mamies et papys qui voient le temps faire son œuvre sur leur visage, avec des rides partout. La générosité et la croyance sont les choses les mieux partagées dans les coulisses. Les oreilles n’ont droit qu’aux sons des «wazifas» qui tonnent de partout. Souvent tout s’arrête. Et s’élancent difficilement des véhicules qui fument, toussent et crachent de la fumée comme des dragons frappés par la vieillesse. Un moment choisi par de petits voyous dissimulés dans la foule pour caresser les poches des fidèles. La cohue avance, la grande mosquée de Tivaouane apparaît là devant, sous les yeux des sentinelles de la colonne. Fusent de partout des louanges dédiées au défunt. L’autre challenge à relever reste la visite au sein du mausolée. Il faut slalomer entre longues files humaines. Le mausolée atteint, les prières pleuvent comme ces pièces de monnaie en guise de ziar. Une vague humaine s’en va, une autre arrive et ainsi de suite, le soir tombe sur Tivaouane plongée dans une ambiance de deuil.

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