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Le sculpteur, Ousmane Sow, est décédé hier aux environs de 5h 30 à l’hôpital Principal de Dakar des suites d’une maladie qui l’avait cloué au lit selon ses proches. Le Quotidien revient ici sur le parcours de cet homme autrement surnommé «l’Auguste Rodin du Sénégal», l’autre génie sculpteur français.

Plus qu’un ambassadeur, Ousmane Sow était un géant de l’art sénégalais et, par-delà, de l’art africain. Son œuvre monumentale a fait voyager le nom du Sénégal et de l’Afrique tout entière hors de ses frontières. Sa notoriété et son talent l’ont porté partout et son œuvre exposée dans une vingtaine de lieux : sur le Pont des arts à Paris, au Whitney Museum à New York, à la Dokumenta de Kassel en Allemagne, au Palazzo Grassi à Venise,… le Museum of African art dédie une salle spéciale à Ousmane Sow. Au musée du Nouveau Monde (à La Rochelle) on retrouve une effigie de Toussaint Louverture qu’il a réalisée. L’on apprend, en outre, que son exposition, qui a réuni près de 35 pièces sur le Pont des Arts à Paris, avait attiré plus de 3 millions de visiteurs. Le public découvrait ainsi un homme qui, jusqu’à ses cinquante ans, avait tenu sa passion secrète.

De kinésithérapeute à sculpteur : ses débuts dans la sculpture
Né à Dakar en 1935, Ousmane Sow a grandi à Reubeuss. Déjà très jeune, il a développé un goût pour la sculpture. Selon sa biographie officielle, il taillait dès l’âge de dix ans, des figurines dans des blocs de pierre ramassés sur les plages de Rebeuss. La sculpture devient dès lors son jardin secret. Ensuite, quittant le Sénégal suite à la mort de son père, il se rend à Paris, sans un sou en poche. «Il a mille francs en poche, quand il prend son premier petit-déjeuner à Port Royal», lit-on par ailleurs sur cette même biographie. En France, le futur sculpteur embrasse différents petits métiers pour subvenir à ses besoins. Mais toujours, il avait renoncé à suivre l’enseignement de l’école des Beaux-Arts, pour passer un diplôme de kinésithérapeute. Pour étudier et toucher le corps humain ! C’est de là en tout cas que lui serait venu le goût de dresser ses «hommes» et «femmes» au corps sculpté. Ausculté.

La culture générale
Sa première série de sculptures qui porte sur les lutteurs Noubas de Sud-Soudan remonte, à vrai dire, à 1984. Ayant été inspiré par le photographe Leni Riefenstahl, Ousmane Sow décide de représenter les lutteurs de cette ethnie. Naîtront ensuite ses sculptures sur les Masaïs (Kenya 1988), les Zoulous (Afrique du Sud 1991), les Peuls (Sénégal 1993)… Les Egyptiens connaîtront aussi leur part dans cette œuvre monumentale de l’artiste qui, dès 1991, achetait son terrain pour construire une maison dessinée sous la forme d’un Sphinx. «Elle préfigure d’une série qu’il imagine sur les Egyptiens», renseigne-t-on. Quelle culture générale ! Ousmane Sow était bien connu pour ses sculptures monumentales de guerriers qui ont fait le tour du monde. Ses colosses figés dans le mouvement attirent l’attention aussi bien par leur taille, qu’ils suscitent la curiosité des gens qui, certainement, se demandent par quelle magie l’artiste parvient à une œuvre si achevée. Tout ce qu’on peut savoir du géant, c’est qu’il était débordant d’imagination et sa carrière de kinésithérapeute ne laisse pas intacte cette œuvre. Sa connaissance des muscles et de l’anatomie lui servira pour ses créations et il confiait souvent : «Je peux me bander les yeux et faire un corps humain de la tête aux pieds.» L’on dit de ses effigies qu’elles ont «la force des métissages réussis entre l’art de la grande statuaire occidentale et les pratiques rituelles africaines», écrivent certains critiques pour décrire l’œuvre du sculpteur qui lui-même commente ses sculptures en ces mots : «Il y a dans mes sculptures une exagération. C’est voulu. C’est la recherche de la puissance et de la traduction de la vie. Ce qui m’intéresse, c’est la vie. Que les gens ressentent cette sorte de flux qui passe entre les sculptures et eux.» Dans cette quête de vie, et au summum de sa notoriété, l’artiste connaîtra en 2013 la consécration de sa vie.

Seul artiste noir à l’Académie des beaux-arts de Paris
Aujourd’hui aux cieux, Ousmane Sow peut être fier d’avoir été, jusqu’à ce jour, le premier artiste noir à intégrer l’Académie des Beaux-Arts de Paris. En effet, le 11 décembre 2013, il a été élu à l’unanimité à cet auguste institut qui n’accueille que des géants. Aux œuvres géantes comme lui. Il a été alors le second Sénégalais sous la Coupole depuis l’entrée de Léopold Sédar Senghor à l’Académie Française. «C’était un géant africain, magnifique et paisible, dont les sculptures, plus grandes que nature traduisaient à la fois l’ambition, la vitalité et la bienveillance», le décrit-on. Puisant son inspiration aussi bien dans la photographie que dans le cinéma, l’histoire ou l’ethnologie, son art emprunte un souffle épique. «Fondamen­talement figuratives, Ousmane Sow garde, selon toujours les critiques, dans ses œuvres un souci de vérité éloigné de tout réalisme». Il meurt, laissant une œuvre monumentale. La toute dernière est sans doute sa sculpture intitulée Le Paysan. Haute de 5 mètres, cette pièce, renseigne-t-on, devrait être installée devant le Centre international de conférence Abdou Diouf à Dia­mniadio. A 81 ans, le sculpteur part avec ses rêves, parmi lesquels celui d’ouvrir un musée au Sénégal rassemblant ses œuvres.
aly@lequotidien.sn

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