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L’artiste France Gall s’est éteinte hier à l’âge de 70 ans des suites d’un cancer. Egérie de Serge Gainsbourg au temps des yéyés, puis interprète inspirée de son mari, l’auteur-compositeur Michel Berger, la fille du parolier Robert Gall aura été une des artistes pop les plus importantes de la variété française. Cette icône de la chanson française avait tissé un lien particulier avec l’Afrique, et plus particulièrement le Sénégal qu’elle avait découvert au cours d’un voyage au milieu des années 1980. Elle possédait une maison sur l’île de Ngor où elle vivait six mois par an.

La chanteuse France Gall est décédée hier des suites d’un cancer, a annoncé aux médias sa chargée de communication Geneviève Salama. «Il y a des mots qu’on ne voudrait jamais prononcer. France Gall a rejoint le ‘’Paradis blanc’’ le 7 janvier, après avoir défié depuis 2 ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer», indique-t-elle dans un communiqué. Elle avait été hospitalisée fin décembre pour une «infection sévère». De cette icône de la chanson française, on retient forcément son sourire enfantin et sa voix sucrée qui ont incarné de 1960 à 1990 l’émancipation douce des jeunes filles françaises de l’après-guerre. Isabelle Gall est née le 9 octobre 1947 à Paris dans une famille à la fibre artistique développée. Son grand-père est l’un des fondateurs des petits chanteurs à la Croix de bois, son père, Robert Gall, écrit des chansons aussi importantes que La Mamma de Charles Aznavour.
La petite dernière de la famille a autant de caractère – on la surnomme «le petit caporal» – que de goût pour la musique. Elle est initiée au piano à 5 ans, puis à la guitare à 11 ans. Son destin de prodige va très vite ressembler à un conte de fée. A quinze ans, sous la houlette de son père, elle enregistre un premier disque. Un an plus tard, en 1964, elle connaît son premier succès avec Sacré Charlemagne. Isabelle est devenue France et tous les Français aiment bien cette jeune fille de bonne famille qui chante des comptines à la mode des années 60, en pleine période yéyé. De Poupée de Cire, poupée de son en 1965 à Babacar en 1987, en passant par Résiste, France Gall a chanté la bande-son de trois décennies françaises. Mais à l’annonce de son décès, c’est surtout pour son engagement dans l’humanitaire que l’Afrique et le Sénégal en particulier chantent des hommages à l’illustre disparu. En effet, avec son défunt mari Michel Berger et Daniel Balavoine, ils s’étaient activement engagés au milieu des années 1980 dans plusieurs causes humanitaires afin de venir en aide aux populations africaines. Avec cet entourage, mais aussi Richard Berry et Lionel Rotcage, ils fondent «Actions Ecoles» qui a permis de construire des milliers d’écoles, notamment au Mali.

Le Sénégal, son havre de paix
Tombée amoureuse du Sénégal, elle confiera en 2010 au photographe et réalisateur Yann Arthus-Bertrand : «Une femme un jour m’a donné son bébé, je lui ai dit : ‘il est beau ton bébé’, et elle m’a dit ‘prends le je te le donne’. Avec Michel, on avait beaucoup réfléchi quand je suis retournée en France. On a pris la décision de ne pas garder l’enfant, mais de donner les moyens à sa mère d’apprendre un métier. On est revenu ici pour suivre l’évolution et son éducation. Ce petit bébé s’appelait Babacar.» Une histoire qui inspirera par la suite la chanson du même nom. Après la mort brutale de Michel Berger, puis de celle de sa fille quelques années plus tard en 1997, France Gall s’était exilée à Dakar, afin de surmonter le deuil et y achète une résidence sur l’île de Ngor. «C’est ici que je suis venue, et c’est ici que j’ai retrouvé une vraie sérénité et une paix», avait-elle raconté dans une interview. «C’est un pays qui me donne sans le savoir», expliquait-elle également en 2001 dans un autre entretien télévisé. Elle y vivra six mois par an, et continuera ses actions humanitaires, centrées sur l’éducation des enfants africains. «La beauté des êtres ici est flagrante. Je trouve ça merveilleux d’évoluer parmi eux», livrait-elle.
Aujourd’hui, le Sénégal pleure non seulement la mère adoptive de Babacar, mais surtout une amie, «une citoyenne de l’île de Ngor». Sur Radio France international (Rfi), le musicien et chanteur Wasis Diop témoigne : «Le décès de France Gall est un grand bouleversement. Elle va laisser un grand vide sur l’île de Ngor. Les gens étaient flattés d’avoir une personnalité comme celle-là parmi eux. On savait que c’était une personnalité de la musique, de l’art en général. Ce qui est formidable, c’est que c’était une personnalité qu’on ne voyait plus. Tellement, elle était discrète. Je pense que c’est ainsi qu’elle se définissait elle-même dans cet endroit, où elle n’était plus France Gall, mais elle était devenue une personne simple qui vivait dans cet endroit paisible.» Il ajoute encore très attristé : «On pourrait se demander pourquoi elle avait choisi l’île ?… Elle était devenue une citoyenne de l’île, une citoyenne très sympathique… Elle va laisser un grand vide sur l’île. Vraiment !»
arsene@lequotidien.sn

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