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Fallait-il accorder 45 jours de plus à des personnes qui ont bénéficié de plus d’un an pour se soumettre à leur obligation ? L’Ofnac avait-il besoin d’attendre tout ce temps et se montrer accommodante avec ces personnes à la limite de l’illégalité ? Après la publication des rapports de l’Ige, Macky préparerait-il un coup contre certains de ses ministres ? Autant de questions suscitées par la demande rapportée par le communiqué du Conseil des ministres.

Le Président Macky Sall a, lors du Conseil des ministres d’hier mercredi, «rappelé à tous les membres du gouvernement, l’impératif de procéder, avant fin août 2020, à leurs déclarations de patrimoine auprès de l’Ofnac», a souligné le communiqué publié à l’issue de cette rencontre. Cette information est tombée comme une bombe car pour un gouvernement mis en place en avril 2019, les déclarations de patrimoine auraient dû intervenir depuis longtemps, si l’on s’en tient à l’esprit de la loi 2014.17 du 02 avril 2014, qui régit la déclaration de patrimoine et en indique les assujettis. Quel besoin y avait-il encore d’accorder autant de temps à des personnes qui auraient dû faire ce travail à leur entrée en fonction ?
Par ailleurs, ce rappel présidentiel vient comme une manière tardive de légitimer la démarche erratique de l’ancienne présidente de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac), Mme Nafi Ngom Keïta. On se rappelle que cette dernière a passé un bon moment à faire du «porter presse» à l’encontre de certains membres du gouvernement dont elle disait qu’ils rechignaient à s’acquitter de cette obligation. Ladite loi donne autorité à l’Ofnac de demander des comptes à toute personne qui tarderait à remplir ses obligations.
Ces personnes assujetties sont, outre le chef de l’Etat, le président de l’Assemblée nationale et le Premier questeur, les membres du gouvernement, le président du Cese, «tous les administrateurs de crédits, les ordonnateurs des recettes et des dépenses, les comptables publics effectuant des opérations portant sur un total annuel égal ou supérieur à 1 milliard de francs Cfa». Et la loi indique que les personnes assujetties, une fois nommées, sont soumises «au régime de l’effet immédiat» en ce qui concerne leur déclaration de patrimoine.
C’est dire donc que si l’Ofnac s’acquittait de ses tâches comme il faut, le président de la République n’aurait pas eu besoin de les leur rappeler. Et dans l’hypothèse où Mme Ndiaye Diakhaté et ses collègues auraient saisi le chef de l’Etat du besoin de rappeler à ses ministres d’accomplir cette tâche, ce dernier n’a que trop attendu pour saisir les concernés.
On ne peut manquer, par ailleurs, de faire le rapprochement, entre ce rappel et la publication quasi concomitante de 3 rapports de l’Inspection générale d’Etat sur les gestions de 2016 à 2019. C’est comme si le chef de l’Etat voulait préparer ses collaborateurs à quelque sanction, au moment où le Landerneau bruit des rumeurs de remaniement plus ou moins imminent.
Quoi qu’il puisse en être, le souci de transparence devrait pousser le chef de l’Exécutif, au bout du délai de 45 jours qu’il vient d’accorder à ses ministres, d’indiquer si tout le monde a bien suivi ses instructions et éventuellement, que ceux qui ne l’auraient pas fait auront été sanctionnés. Il faut rappeler que l’Ofnac a autorité légale pour demander le limogeage de tout assujetti qui ne se serait pas acquitté de ce devoir.

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