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La cérémonie de lancement de la 8ème session de formation en droit international des droits de l’Homme a été une occasion pour le directeur de la Fondation René Cassin de dénoncer «l’égoïsme» de certains Etats qui, par leur discours, nient la protection de la personne humaine au profit de politiques ancrées dans une globalisation qui se fait au détriment des intérêts des hommes et des femmes. Le professeur d’université a appelé les Etats à promouvoir les mécanismes de protection des droits humains, notamment ceux des migrants qui fuient la souffrance par l’espoir.

Une session de formation sur les migrations internationales et les droits de l’Homme s’est ouverte à Dakar. Cette formation organisée annuellement par la Fondation René Cassin de l’Institut national des droits de l’Homme de Strasbourg et la Fondation Friedrich Naumann en est à sa 8ème année. Pour cette édition, les réflexions vont porter sur les migrations internationales et les droits de l’Homme. Un thème d’une actualité brûlante. Le constat est que des centaines de millions de personnes quittent leurs Etats pour une seule aspiration : une vie meilleure.
Le professeur Sébastien Touzé, directeur de la Fondation René Cassin, enseignant à l’université Panthéon Assas et membre du Comité contre la torture des Nations-Unies, parlant de ces déplacés, indique qu’ils «fuient la souffrance par l’espoir». Le professeur d’université résume ainsi la motivation essentielle de ces personnes «désœuvrées», «désabusées» et «démunies» qui fuient, chaque jour, un quotidien devenu insupportable.

244 millions de déplacés dans le monde
Pour le défenseur des droits humains, le nombre et la situation de ces personnes doivent conduire les Etats à l’action. Les statistiques d’Amnesty international de 2016, chiffre à 244 millions le nombre de personnes qui vivent en dehors du pays où elles sont nées. Parmi elles, 65,3 millions ont quitté leur pays du fait de persécutions ou de catastrophes naturelles. L’étude indique aussi que parmi ces personnes, 21,3 millions sont des réfugiés et 86% de ces individus viennent des pays en développement. Le conflit syrien, à lui seul, a généré 4,8 millions de réfugiés, rappelle M. Touzé citant toujours Amnesty international.
A côté de l’émigration internationale, il y a les migrations internes auxquelles de nombreux pays font face. Le directeur de la Fondation René Cassin donne l’exemple de la Répu­blique démocratique du Congo où en juillet 2016, le nombre de déplacés internes était estimé à 1,7 million.
Le président du Comité sénégalais des droits de l’Homme (Csdh), lui, a mis l’accent sur l’émigration africaine, notamment en Afrique de l’Ouest où également l’on a dénombré 7,5 millions de migrants originaires d’autres pays de l’Afrique.
Un flux important de mi­grants, dans un contexte mondial où de plus en plus il est noté des arguments, des attaques et des débats qui nient la protection de la personne humaine au profit de politiques ancrées dans une globalisation qui se fait au détriment des intérêts des hommes et des femmes, regrettent les défenseurs des droits humains. Comme si, dénoncent-ils, «la liberté économique se heurtait à la liberté humaine».
Touzé estime que le discours des Etats place désormais ses exigences fondamentales au second plan conduisant même à chiffrer les droits de l’Homme dans le cadre de ligne budgétaire. «Les Odd ciblés dans le cadre onusien sont ici une preuve manifeste du caractère vain d’une démarche de chiffrage et de statistique lorsqu’on parle de la protection des droits et des libertés. Si ce programme est à saluer pour sa finalité, il n’en demeure pas moins que les moyens développés et les ambitions avancées sont le reflet d’une redéfinition dommageable de la nature et du rôle que jouent les droits de l’Homme dans le développement», déplore l’universitaire. C’est à croire, relève-t-il, que des acteurs quotidiens des économies étatiques ne sont plus que des  êtres «dénudés de di­gnité, de liberté et de droits». Or, la «société mondiale ne peut se satisfaire de la priorité égoïste de certains Etats».

18 mille migrants morts depuis 2014
Mais comment appréhender la situation des migrants sur le terrain de la protection des droits de l’Homme ? Pour M. Touzé, c’est d’abord une évidence. «La protection des migrants doit être appréhendée comme une priorité tant sur le plan de prévention que sur l’angle des conséquences induits par ces actes migratoires.»
Quant à l’ambassadeur de l’Italie au Sénégal dont le pays est fortement touché par les arrivées massives de migrants sur les côtes, il a rappelé la position de son pays. «Nous continuons le sauvetage en mer, et l’accueil se fera dans des conditions dignes», a-t-il souligné. Mais, il a indiqué de façon claire que cet accueil se fera également dans les limites de la capacité du pays à intégrer les migrants.
Les intervenants ont presque tous souligné l’extrême vulnérabilité de ces hommes et femmes qui fuient leurs pays. Ils ont rappelé les droits garantis dont ces migrants doivent se prévaloir. Tout de même, ils ont attiré l’attention de ces personnes sur la migration irrégulière. Qui, selon M. Touzé, comporte des risques majeurs : le risque d’être exposé à des violences notamment sexuelles, le risque d’être de traite auquel sont confrontés des millions de jeunes filles, le manque d’accès aux soins, la criminalisation et les risques d’être tués sont pour lui autant d’illustration de dangers rencontrés durant le voyage. 18 000 morts depuis 2014, annonce pour sa part, Christophe Bigot, ambassadeur de la France au Sénégal.
La Fondation René Cassin, qui œuvre pour les droits de l’Homme, revient sur l’urgence de promouvoir de développement d’une réelle stratégie de réponse à une migration plus respectueuse des droits de l’Homme. Et pour elle, cela requiert une coopération sur le plan régionale, et internationale. En plus de ces mesures, cette 8ème session de formation délocalisée à Dakar sur le thème de la migration internationale et les droits de l’Homme, ouverte du 18 au 29 septembre, sera une occasion pour les candidats, d’alimenter les réflexions sur ce sujet et d’être mieux à même de prendre en charge cette problématique dans le futur.
ndieng@lequotidien.sn

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