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Cheikh Ibrahima alias Abu Khaleb a comparu hier devant la Chambre criminelle. Il ne conteste pas s’être rendu au Nigeria. Mais d’après lui, c’est son maître coranique, Moussa Mbaye, qui lui a encouragé à s’y rendre. «Il disait que j’y allais pour poursuivre mes études. Il m’avait mis en rapport avec Ibrahima Ba. Ce dernier m’appelait au téléphone pour me localiser. J’étais au garage de Pikine. Ibrahima Ba m’y a trouvé pour me remettre 150 mille francs Cfa de la part de Moussa Mbaye. J’avais rencontré Abdou Aziz Dia (codétenu) dans le garage. On a pris le véhicule ensemble pour aller à Kaolack», relate-t-il. D’après toujours Abu Khaleb, ils ont trouvé à Kaolack Mohamed Lamine Mballo et Ibrahima Diallo (codétenus) au garage de Sonef. Il connaissait ce dernier auparavant, parce qu’ils fréquentaient la même mosquée à Lac Rose. Abdou Aziz, renseigne ce jeune né en 1994, était le chef du groupe. «Chacun de nous gardait son propre argent. On a poursuivi notre chemin pour faire cap sur Bamako. Après, on est allé à Burkina Faso avant d’atterrir à Niamey. Après, nous avons atteint Diffa (frontière entre le Niger et Nigeria). C’est Ibrahima Ba qui nous avait expliqué le trajet», retrace-t-il leur itinéraire. «A Diffa, deux motos sont venues nous prendre. On a été conduit à Abadam. J’y ai trouvé mon maître coranique Moussa Mbaye, Abdallah Coulibaly alias Abu Zale et d’autres Sénégalais comme Ibrahima Mballo, Omar Yaffa. Quand j’ai vu mon maître coranique, il m’avait rassuré que j’allais poursuivre mes études. Il me donnait des cours. On est resté trois mois à Abadam avant d’être transféré à Fatkhoul Moubine ou Gwosa», a précisé Cheikh Ibrahima alias Abu Khaleb.
Toujours dans sa relation des faits, Abu Khaleb déclare qu’«à Abadam, ils logeaient chez Abu Amir. C’est lui qui hébergeait gratuitement les Sénégalais. Il est un cultivateur. C’est lui qui a payé les frais de déplacement pour Fatkhoul Moubine», renseigne-t-il. «A Fatkhoul Mou­bine, je continuais à apprendre le Coran auprès de mon maître coranique. Je n’ai pas subi une formation dans le maniement des armes», souligne-t-il. Et après quelques mois à Fatkhoul Moubine, son maître coranique est venu un jour lui dire qu’ils devaient quitter cette zone pour cause d’insécurité. «On entendait des bombardements. On est allé par la suite à Sambissa où j’ai exprimé le besoin de rentrer», indique-t-il. Mais pourquoi vouloir rentrer coûte que coûte ? «Je n’avais plus confiance à cause des déplacements incessants d’un lieu à un autre. En plus, je ne pouvais pas entrer en contact avec mes parents», a-t-il répondu au juge. Et il s’empresse d’ajouter : «Le chef de Boko haram était fâché contre Aboubacar Guèye qui était parti sans son autorisation. Il nous avait ainsi interdit de quitter Sambissa. Il nous fallait une autorisation de sortie. C’est ainsi que nous avons joint Makhtar Diokhané pour qu’il nous vienne en secours. C’est grâce à lui que nous avons quitté le Nigeria.»

«J’ai appris qu’il y a des Sénégalais qui ont rencontré Shekau»
L’accusé prétend que c’est tardivement qu’il a su qu’il était dans le fief de Boko haram. Malgré tout, il n’a jamais été un combattant et qu’il n’a jamais rencontré Abubacar Shekau. «J’ai appris qu’il y a des Sénégalais qui l’ont rencontré. C’est mon maître coranique, Moussa Mbaye, qui me l’avait dit», informe-t-il. Dans l’arrêt de renvoi, il aurait déclaré : «Après sa rencontre avec Shekau, Makhtar Diokhané est venu nous informer que le chef acceptait de nous libérer, mais il fallait respecter certaines conditions. Le chef demandait qu’on déchire nos cartes d’identité avant de partir. Et nous avons demandé à Malang Omar de nous présenter à Shekau. Il nous a dit qu’il va demander l’autorisation à ce dernier qui avait accepté de nous recevoir. Il nous avait reçus sous un arbre et nous demandait d’être endurants dans la vie.» Des propos que l’accusé a contestés.
Par ailleurs, il soutient que quand ils ont quitté Sambissa pour déposer leurs baluchons à Andack, ils ont ensuite tenu une réunion avec Makhtar Diokhané au cours de laquelle ce dernier avait promis de les mettre, une fois au Sénégal, en rapport avec un sage, sans préciser de nom. Subdivisés en groupes, ils ont quitté le Nigeria pour aller au Niger et c’est à Moussa Aw que Makhtar Diokhané avait remis les frais de transport. C’est quand ils ont été arrêtés au Niger qu’ils ont contacté Makhtar pour l’en informer. C’est ainsi qu’il est venu pour les aider à sortir de la prison comme ils ont subi de dures tortures auxquelles Moussa Aw n’a pas résisté. Après 9 mois de détention, ils ont été ainsi transférés à Rebeuss.
L’accusé a nié toutes les déclarations faites devant le juge d’instruction dans lesquelles il souhaiterait, entre autres, que tous les kefarxw (mécréants) soient tués, selon les recommandations divines.

justin@lequotidien.sn

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