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Situé dans le département de Linguère, le village de Darou Salam est niché dans une cuvette entre les villages de Mélakh et Mbossobé. Dans cette bourgade de la commune de Thiamène-Pass, peuplée à peine de 800 personnes, les populations qui vivent d’agriculture et d’élevage ne cachent plus les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Le manque d’eau, d’électricité, d’un accès aux soins de santé et d’une piste de production sont les principaux maux qui plombent leur vie.

Il n’y a pas de paix et de lumière à Darou Salam Mélakh. Fondé en 1943 par Mor Ramata Thiane, le village de Darou Salam Mélakh est toujours dans une sinistre situation. Ses populations se demandent pourquoi elles sont laissées à elles-mêmes et à leur situation si tristounette. Pour exprimer leur trop-plein de déception, elles ont tenu un sit-in au niveau de la place publique du village pour dénoncer ce qu’elles appellent un manque de considération. Selon, Ousmane Thiane, chef du village, ses administrés se distinguent de par leur esprit de solidarité et d’entraide pour essayer de surmonter ces difficultés.  A l’en croire, le village, peuplé essentiellement de paysans et d’éleveurs, participe activement à l’essor de l’économie nationale car, à son avis, plusieurs tonnes d’arachide, de niébé et de mil y sont cultivées chaque année. Le manque d’eau freine le développement économique de la localité. L’eau n’y  coule pas à flot. La seule source disponible dans ce village est une addiction d’eau distante de 3 kilomètres, réalisée par les populations sur fonds propres. «Après avoir attendu pendant longtemps les promesses non réalisées des autorités, nous avions procédé à des cotisations jusqu’à avoir 8 millions de francs Cfa pour pouvoir avoir de l’eau», a fait savoir le chef de village.
Abondant dans le même sens, Mor Thiane, âgé de 65 ans, soutient que les populations ont participé à l’élection de tous les Présidents qui se sont succédé au Sénégal. Mais ils ne se sont jamais rappelés d’eux après leur accession au pouvoir. «Nous ne nous sommes jamais opposés à un quelconque régime, mais malheureusement l’espoir que nous nourrissons en les portant au pouvoir est resté vain», se désole-t-il.  Le calvaire de ces populations est accentué par la panne du forage de Mélakh, depuis plus d’une semaine.

Les populations de Darou Salam oubliées
Trouvé sous un arbre où se retrouvent les adultes du village pour échanger et prendre du thé, Mbossobé Thiane ne rate pas les autorités.  Pour lui, il est inconcevable que leur village soit oublié : «Excepté l’école élémentaire du village, notre village n’a bénéficié d’aucune autre infrastructure de la part de l’Etat.» Selon lui, la non-électrification du village freine son essor. Alors que l’obscurité grandissante accentue le vol de bétail. Il souligne que les populations n’entendent que les commentaires de la fameuse série Wiri-Wiri du fait qu’elles ne parviennent pas à suivre la télévision.
Exprimant toujours le même ras-le-bol, Pape Nguirane, président de l’Association sportive et culturelle, soutient que ce manque d’électricité pousse les jeunes férus du ballon rond à rater les matchs des championnats européens ou parcourir plusieurs kilomètres pour apercevoir leur maillot à travers la lucarne. Il dit : «Pour suivre certaines affiches phare, par exemple Barcelone-Real Madrid, certains sont obligés de rester à Dahra, distante de 12 kilomètres ou de se rendre dans les villages environnants à charrettes.» Pape Guirane d’ajouter que la plupart de ses pairs ont opté pour l’émigration clandestine à défaut de trouver un emploi pour garantir des lendemains meilleurs. «Dans ce village, plus de 15 jeunes sont partis à l’étranger. Certains y sont parvenus, d’autres ont été appréhendés en pleine mer sans remboursement de leurs frais», dit-il.

Les routes impraticables
L’accès à ce village relève d’un véritable casse-tête. La piste sinueuse accentue son enclavement. Selon Mor Thiane, professeur d’arabe au Lycée moderne de Dahra, aucun chauffeur ne veut emprunter la piste qui mène à Darou.  «Des fois, les chauffeurs font descendre les clients à hauteur du village de Mélakh et ils sont obligés de marcher 3 kilomètres pour rallier le village.» Pis, poursuit M. Thiane, «à l’occasion du grand Magal de Touba ou du Gamou de Tivaouane, aucun chauffeur de bus ne veut venir jusqu’ici. Par conséquent, la seule alternative est que nous sommes obligés de transporter nos bagages à bord des charrettes jusqu’à la route nationale, distante de 4 kilomètres».

Difficile accès aux soins de santé
Au cœur du village se dresse un bâtiment blanc, composé de deux blocs. C’est la case de santé. De l’avis de Fatou Diop, agent de santé trouvée sur les lieux, l’infrastructure n’existe que de nom, car ne disposant d’aucun équipement, encore moins de médicaments. De surcroît, insiste-t-elle, pour faire soigner ou assister les femmes lors de leur accouchement, elle est obligée de faire recours à des lampes de poche pour s’éclairer. La principale difficulté dont les patients font face est l’absence d’ambulance. «Les malades sont transportés à bord des charrettes pour leur évacuation, ce qui pose un sérieux problème surtout chez les femmes enceintes», se désole-t-elle.
A ces maux s’ajoute l’absence d’un collège d’enseignement moyen. «De ce fait, dit Mansour Ndao, élève ayant abandonné les études depuis l’année dernière, le taux d’abandon ne cesse d’accroître. A Darou Salam, pour étudier au collège, les élèves parcourent quotidiennement 6 kilomètres pour se rendre au collège situé à proximité.»
Aujourd’hui, les femmes payent le plus lourd tribut. Selon Awa Lèye, présidente du Groupement de promotion féminin (Gpf), les femmes n’ont pas de temps pour s’adonner à des activités lucratives. Elle dit : «Nous passons tout notre temps dans les files indiennes devant les robinets ou au puits pour la recherche du liquide précieux.» D’après Mme Lèye, les femmes du village se lèvent très tôt le matin pour piler le mil alors qu’elles disposent de 4 moulins à mil stockés dans un hangar à cause du manque d’électricité. Darou Salam n’a pas la paix.

bseck@lequotidien.sn

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