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Ils sont de Niodior (ou Niodor), une île du Sénégal située dans le Sine-Saloum, département de Foundiougne. Ils ont éclaboussé de leur talent la 1ère édition du festival de Reggae mangrove, organisé le week-end dernier. Eux, ce sont les trois fils du reggae man Niominka dont le groupe s’apelle Family Crew et joue du reggae, concrétisant ainsi le rêve de leur pater.

(Envoyé spécial à Foundiougne) – En France depuis une trentaine d’années, le reggae man Souleymane Sarr a obtenu ce qu’il voulait. Son rêve s’est transformé en réalité en ce sens que ses fils sont devenus musiciens comme lui. «Il paraît qu’on nous faisait chanter lorsqu’on était môme», a confié le week-end dernier l’un d’eux, Mamadou Lamine Sarr dit  Salmone Kuma Sarr. Ayant marqué de son  empreinte la 1ère édition du festival de Reggae mangrove de Foundiougne, cette famille de musiciens prône l’ouverture tout en restant ancré dans ses valeurs. «On chante en sérère, en wolof et souvent en français», renseigne Salmone Kuma Sarr, chanteur et guitariste du groupe. Depuis 2012 sur la scène reggae, le musicien et ces deux autres frères, Lata et Thiuku, proposent un large répertoire inspiré des valeurs qui fondent la société sénégalaise et plus particulièrement de Niodior où ils sont originaires.
En attendant de mieux faire connaître leur riche répertoire, ces frères abordent dans leurs chansons des thèmes comme la pauvreté dans la chanson Ô niak, l’unité et la solidarité comme l’on peut le noter à travers le titre Ô ndebes qui veut dire «mon jeune frère». A l’instar de Youssou Ndour qui a consacré un titre à sa Médina natale, les fils de Niominka ont eux aussi chanté leur terroir Niodior. «Nous avons composé des sons qui appellent à l’unité et à l’entraide. Unir les familles, les esprits. Pourquoi nous avons opté à chanter dans nos langues maternelle ? C’est parce que pour nous, l’originalité compte en musique. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’il faudra faire le reggae comme les Jamaïcains. Certes le reggae est né en Jamaïque, mais on peut faire notre reggae qui s’identifie à nous-mêmes, par rapport à ce que nous sommes», explique le porte-parole du groupe qui dit s’inspirer du legs de son père Niominka et de Bob Marley.

Mamadou Faye, le cousin modèle
Son cousin Issa Sarr, manager du groupe, soutient que Family Crew est un groupe sur lequel il faudra compter pour voir le reggae sénégalais prendre son envol. Parce qu’il est composé de «musiciens très talentueux et qui ont fini de faire leur réputation sur les îles du Saloum». «C’est un groupe qui commence à émerger et qui est connu dans tout le Niombato», souligne-t-il. Toutefois, le manager constate que «le reggae, une musique sérieuse, très spirituelle, exige beaucoup de travail et de l‘abnégation». «Le reggae sénégalais continue de souffrir. Je pense qu’avec cette nouvelle génération, un changement s’opère. Il y a un écart entre le reggae et son public», mentionne Issa Sarr. Ces jeunes musiciens ont réussi le pari de s’incruster dans l’univers du reggae réputé être «une musique mature et qui met en avant la contestation pour faire bouger les choses».
Les trois fils bénis de Niominka ne sont pas que des artistes. Tous combinent musi­que et formation personnelle. Salmone Kuma Sarr suit une formation à l’Ecole nationale des arts. Son frère Lata est étudiant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, et le troisième, Thiuku, met une partie de son génie créateur dans le domaine du bâtiment. Agés de moins de trente ans, ils entrevoient l’avenir avec beaucoup d’espoir. Mais les membres de Family Crew suivent également avec beaucoup d’intérêt la carrière musicale de leur cousin, Mamadou Faye, qui depuis 2008 fait aussi du reggae. Ce dernier évolue au sein du groupe B 52 qui a également pris part à la 1ère édition du festival de Reggae mangrove de Foun­diougne. Mamadou Faye, lui, s’est trouvé un second souffle dans la musique après avoir été marqué par les affres d’une émigration ratée qu’il tentait de faire en ralliant les côtes européennes à bord d’une embarcation de fortune.
Pour le spectacle qu’il a livré à ce festival, Mamadou Faye a égayé le public avec sa voix qu’il module comme il le sent. Il détient aussi un répertoire où l’on retrouve des chansons comme Settu Salmone qui veut dire «le petit fils de Salmone», Mama Salu ou encore Prisonnier dans lequel il revendique et expose son passé carcéral. Pour ce qui est du nom de son groupe, B 52, il «ne fait pas référence au surnom du Roi des arènes, Bombardier, mais à un arbre».
 ambodji@lequotidien.sn

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