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Babacar Mbaye Coly alias Mbaye Lyco, a cru à ses rêves et les a poursuivis. Né à Eguilaye (village du département de Bignona) en Casamance, il y a 35 ans, cet artiste a découvert son amour pour la musique alors qu’il n’avait que 10 ans. Bercé par les rythmes des groupes traditionnels diolas, notamment celui de Issouf Mané, Mbaye se crée son propre instrument de musique dans son village natal. Un bidon, un bâton et des cordons de nylon suffiront à Babacar pour se mettre dans la peau des joueurs du Ekonting, qu’il imitait à merveille. Et aujourd’hui encore ce jeune, qui annonce la sortie de son premier album, poursuit son rêve. Celui d’une musique de paix.

L’histoire de Mbaye Lyco a commencé à Eguilaye et s’est poursuivie quelques années plus tard à Rufisque chez son oncle maternel. «J’ai arrêté les études en classe de 5e faute de moyens. C’est une longue histoire. Quand j’ai vu que j’étais devenu grand et que j’allais être le seul de mes camarades à ne pas aller à l’école, j’ai demandé à ma maman si je pouvais aller apprendre un métier. Elle m’a envoyé chez mon oncle à Rufisque», narre le jeune homme. Envoyé chez son oncle pour apprendre un métier, Mbaye fit la connaissance d’un groupe de rap nommé Brain bu fippu qu’il intègre rapidement, en devenant le soliste. Mais il est clair qu’à Dakar tout n’a pas été rose. Bien au contraire. Et à ce propos Mbaye Lyco souligne que le plus difficile a été de s’affirmer, d’exprimer pleinement son talent et potentiel dans un groupe. Avec les peu de moyens dont il disposait, il lui était surtout impossible de se frayer un chemin. L’aventure avec le groupe Brain bu fippu de Rufisque prendra fin 6 ans plus tard en 2009.
Et Mbaye Lyco atterrit dans le bazar de son oncle aux Parcelles Assainies, qui vendait des produits d’occasion venant par containers des Usa. Et un jour, le musicien y découvre, comme par enchantement, une guitare d’occasion. Signe du destin ou simple coup de chance ? En tout cas, c’était la boîte de Pandore qui s’ouvrait pour Lyco et s’ensuivait un apprentissage à la guitare. Sélectionné en 2011, parmi une kyrielle de jeunes à l’émission Relève bi diffusée sur la Tfm, l’enfant d’Eguilaye est éliminé dès le premier tour. Ce qui ne le dévie guère de la voie qu’il a choisie.
L’histoire se prolongeait pour Mbaye qui créa la même année son groupe G Massoumeh (qui signifie en diola, groupe Jam la paix) et sortit sur le marché son premier single Esperanza «Dans Espe­ranza, il y a espérance, espérer. Je parle de la pauvreté. C’est difficile en tant que jeune de voir ses parents démunis et de savoir qu’ils portent tous leurs espoirs sur toi. Et c’est mon vécu que je raconte. J’espère et continue d’espérer qu’un nouveau jour se lèvera.» Partant de son propre vécu, Mbaye sensibilise et exhorte les jeunes qui sont dans la même situation à ne pas désespérer au point de risquer leur vie sur les voies de l’émigration clandestine.
Ce premier single sera suivi, un an après, d’un autre nommé Rethiou, où l’artiste sensibilise toujours ses semblables. Cette fois-ci sur les méfaits de la drogue. «Dans ce single je raconte une histoire réelle qui s’est déroulée à Diamagueune. Un jeune homme qui, après s’être drogué, a manqué de lucidité jusqu’à tuer son meilleur ami. Le seul ami qu’il n’ait jamais eu. Et après coup, il se met à regretter son acte et à pleurer. C’est pour dire encore une fois que les drogues sont nocives. Les jeunes les utilisent certes, mais ce n’est pas la solution. C’est à éviter», souligne-t-il.
Dans son prochain album, Mbaye Lyco, qui s’est inventé son propre style, l’afro-diola, entend poursuivre son œuvre de sensibilisation. «J’espère sortir mon premier album après le mois de ramadan. Et il sera intitulé Massoumeh. Autrement dit jam, la paix…», dit-il. «En Diola à une salutation (Safi) on dit Massoumeh. Ça veut dire on a la paix, on est en paix», rajoute-t-il à ses explications. Pour le jeune originaire du Sud, la paix est quelque chose de primordial voire essentiel. «Sans la paix, rien ne marche. La paix est garante de l’économie d’un pays. Pour avoir la santé, le développement, il faut d’abord avoir la paix. On doit cultiver partout la paix», prêche-t-il. Outre la paix, cet album parlera d’amour, des orphelins, racontera l’histoire de son auteur, et sera également une occasion pour ce dernier de rendre hommage aux mamans, à travers le titre Ina a baraka. Mais selon Mbaye Lyco, il sera toujours bâti au style afro-diola.
aly@lequotidien.sn

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