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Tabara Diop, ou Tabou Diop pour son nom de scène, est une jeune chanteuse sénégalaise établie en Chine depuis 2014. Venue au Sénégal pour la promotion de son nouveau single Xam bathia, l’artiste retrace son parcours, parle de son univers musical, sa carrière, de son intégration dans l’Empire du milieu et des influences qu’elle y a reçues.

Son nom c’est Tabou, mais rien n’est tabou chez elle. Etablie en Chine depuis 2014, la jeune sénégalaise a réussi à se frayer un chemin et à s’imposer comme jamais nulle part ailleurs une personne ne saurait le faire. Et d’ailleurs dans la ville de Guangzhou, dans la province de Guangdong, où elle vit, elle ne s’est pas contentée de chanter et parler la langue locale, le mandarin, elle a réussi à former un groupe le Tabou band, et dans les restaurants, les hôtels et bars, ses prestations sont devenues des moments privilégiés pour non seulement voir une Noire africaine chanter en chinois, mais aussi découvrir la culture africaine. C’est en effet le pari que s’est fixé la jeune demoiselle qui a fourbi ses armes dans la musique au Sénégal d’abord et ensuite un peu partout dans la sous-région avant de s’envoler vers la Chine.
Equipée de sa guitare, elle raconte : «J’ai débuté à Dakar entre 2007, 2008. J’ai fait les ateliers musique vocale à la maison de la culture Douta Seck avec Adolphe Coly. J’ai fait après cela l’Ecole des arts. J’ai travaillé avec pas mal de musiciens au Sénégal comme Thierno Sarr de la maison de la culture Douta Seck, Laye Diagne, le bassiste de Coumba Gawlo, Jeannot. J’ai aussi travaillé avec le Xalam 2, en 2010 j’ai participé au Fesman. J’ai également joué en banlieue avant de voyager en 2010.»
Son parcours retracé laconiquement, la jeune chanteuse note quand même qu’elle a connu un début assez difficile dans la musique. Née dans une famille maraboutique, qui n’admet pas de musicien, la chanteuse était obligée de se cacher pour vivre sa passion musicale. Mais c’était sans compter avec la détermination et l’entêtement de la jeune qui, déjà à 17-18 ans, s’adonnait au rap dans la banlieue à Guédiawaye. Ce, sous le regard avisé des aînés du milieu où elle a commencé à ses débuts à rapper. «J’étais dans un groupe qui s’appelait Mauvais esprit. C’était les frères de fou Malade. Laye Talla m’a beaucoup aidée à mes débuts à mettre un instrument pour que je rappe dessus», souligne-t-elle.
En 2009, elle sort avec Oumou Kalsoum Sëy, histoire de poser le débat sur le problème des castes. Et de fil en aiguille, la jeune rappeuse se mue en chanteuse d’acoustique. Et se définit aujourd’hui comme quelqu’un qui fait de la variété musicale. Folk, soul, jazz, rnb, Tabou, elle ne laisse rien au hasard dans sa musique. Elle chante en anglais, français, wolof, et interprète des chansons mandingues.
Pour capter son public chinois, elle chante également en langue chinoise. En effet, la musique chez Tabou, c’est un tout. Pour s’enrichir, elle est convaincue qu’il faut allier apprentissage et ouverture. Aussi n’a-t-elle pas hésité à le faire. En 2010, elle part pour la Mauritanie, le Mali, Maroc, la Gambie ; ce qui lui a permis de métisser davantage sa couleur musicale. «C’est important d’apprendre la musique avant de s’y engager. Apprendre l’instrument, à chanter. Avant, je faisais des fausses notes avec ma voix. Ce qui est normal. N’étant pas née dans une famille griotte (…) j’ai voyagé dans la sous-région en 2010. Parce qu’à l’époque au Sénégal, il y avait beaucoup de jeunes talents, artistes qui jouaient de la guitare et chantaient. Il y avait beaucoup d’acoustique et de mbalax. Et moi je ne voulais pas juste faire l’acoustique simple à la sénégalaise. Je voulais quelque chose de différent. Et à chaque fois que je voyageais, je voyais quelque chose de différent de ce que j’ai laissé au Sénégal», confie-t-elle.

Pont musical entre le Sénégal et la Chine
En Chine depuis 2014, la jeune sénégalaise a réussi son intégration et mène sa carrière de musicienne comme elle le souhaite. Mais il est clair que l’intégration n’a pas été aussi facile qu’elle l’espérait. «C’est de par ma mère que je suis partie en Chine  en 2014. J’étais alors en Gambie et je travaillais là-bas. Un jour, elle m’a appelée pour me dire si la saison est fermée, tu peux venir en Chine m’aider. Elle achetait et revendait de la marchandise et gérait en même temps un restaurant. Ce n’était pas facile pour moi, à mes débuts. Pour la restauration, j’ai dû arrêter parce que c’était pénible de me réveiller à 10h pour travailler jusqu’à 3h du matin. Je n’avais pas le temps. J’ai dû laisser le restaurant pour me concentrer sur ma musique», explique-t-elle. Et pour ce qui est de l’intégration dans la société chinoise, la Sénégalaise note que la musique et l’apprentissage de la musique ont beaucoup aidé. «Les études, et particulièrement la musique, m’ont beaucoup aidée à m’intégrer dans la société chinoise. Parce qu’une fois que tu commences à parler la langue, ça devient plus facile.» «J’ai commencé à jouer dans les hôtels, bars, restaurants. Et un jour, Moustapha Dieng, le président de l’Association des Sénégalais vivant en Chine, m’a invitée à jouer devant Macky Sall en 2016. Mais auparavant à chaque fois qu’on organisait la fête de l’Indépendance, c’est moi qui assurais l’animation. Je jouais à la guitare et chantais», narre-t-elle.
Pour Tabou, c’était surtout un challenge, dans un pays où il n’y a pas de Noire africaine, de Sénégalaise qui jouait à la guitare et chantait, d’être l’ambassadrice de la culture sénégalaise, un pont entre deux cultures. «C’était pour moi intéressant de rester, de m’investir dans ce pays et de représenter l’Afrique, créer un pont entre l’Afrique et la Chine au moment où beaucoup de jeunes en Afrique ciblent les Etats-Unis, l’Europe ou ailleurs. Et je m’y sens bien à l’aise en 2016.» Et étant donné que les Chinois ne connaissent pas très bien la musique africaine, aux yeux de Tabou il y avait certainement des niches à exploiter. «C’est une chance de l’exploiter et de leur exposer cette musique.» Mais pas que.
Pour la musicienne à la guitare il s’agissait en outre, comme elle l’a toujours fait, de s’ouvrir aux influences chinoises. Et avec son groupe, le Tabou band, composé de 3 musiciens chinois (batteur, bassiste, guitariste), elle continue à séduire son monde. «J’interprète des chansons populaires chinoises. Et ça les impressionne toujours de voir une Noire chanter dans leur langue», souligne-t-elle.

Xam Bathia, retour aux sources
Après 6 ans passés en Chine, Tabara n’a rien oublié de son wolof. Elle le démontre si bien dans son clip Xam bathia sorti le 20 janvier dernier au Sénégal. «Xam bathia c’est un morceau dans lequel j’explique nos réalités. Ce qu’on vit au Sénégal.» Du jeune qui a son diplôme mais qui n’arrive toujours pas à trouver de l’emploi ou à l’autre qui, à longueur de journées, passe son temps à boire du thé et à dire rien ne marche, au gouvernement corrompu et au Président qui se croit tout permis, Tabou lance un message à tous : «Chacun est l’architecte de sa vie. Les gens doivent travailler davantage et ne pas se dire tout le temps que : ‘’L’autre a tort, moi j’ai raison.’’ Diminuons un peu la corruption et travaillons davantage. Il faut aider cette génération brave, qui veut travailler, qui veut s’en sortir, qui cherche tous les moyens pour le faire.»
aly@lequotidien.sn

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