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Le leader d’Aj/Pads est du même avis que Sonko. Mamadou Diop Decroix dénonce la publication des conclusions du rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur l’affaire des 94 milliards avant la plénière. Sur beaucoup de questions, le député accuse le «système».

«Ce n’est pas sérieux.» C’est l’accueil que Mamadou Diop Decroix a réservé aux conclusions de la Commission d’enquête parlementaire sur l’affaire des 94 milliards. Invité de l’émission «Grand jury» de la Rfm hier, le député du groupe Liberté et démocratie (opposition) affirme, comme Ousmane Sonko d’ailleurs, que ladite commission a violé le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. «La Commission d’enquête parlementaire produit un rapport et court vers la presse alors qu’elle sait très bien quelles sont les dispositions du Règlement intérieur. La commission n’a pas le droit, aussi longtemps qu’elle n’a pas soumis les conclusions du rapport à la plénière, de les divulguer. Une fois qu’elle a soumis le rapport, c’est l’Assemblée qui examine si c’est tout le rapport ou une partie qui doit être mis à la disposition du public. Ils ne l’ont pas fait. Sur ma page Facebook, j’ai rappelé que certains avaient dit que Sonko avait tort de ne pas répondre à la convocation de la commission. Mais avec ce qu’elle vient de faire, les gens disent : ‘’Donc, Sonko avait raison’’», a-t-il déclaré. Mais au-delà, analyse le secrétaire général d’Aj/Pads, ce sont «les institutions de ce pays (qui) sont à terre». Il explique : «Le président de la République est un monarque républicain parce que trop de pouvoirs sont concentrés entre ses mains. L’Assemblée nationale n’est pas libre. Pourquoi on n’a pas mis en place des commissions parlementaires sur le dossier du Prodac ou encore de Aliou Sall ? C’est inutile parce que d’abord, ils ne vont pas le faire. Et s’ils le font, ils vont faire exactement comme ils ont fait avec Mamour Diallo.»

Decroix dénonce le «système»… comme Sonko
A travers le fonctionnement de l’Assemblée, de la Justice, les pouvoirs du président de la République, Decroix est, même s’il ne le dit pas, sur la même ligne que le leader de Pastef qui se réclame anti-système. «C’est le pays qui est en panne. Je vous ai parlé de système. Ce sont tous les compartiments du corps qui sont affectés. Alors, il faut un traitement de choc. Mais on n’a même pas l’état d’esprit pour prendre conscience de la profondeur de ces problèmes et le courage de les attaquer. On fait comme si c’est une République qui marche normalement», regrette-t-il. Ce «système» se prolonge même dans le délit d’offense au chef de l’Etat qui vaut à Adama Gaye un mandat de dépôt et aux libertés de façon générale. Decroix de dénoncer : «Vous envoyez quelqu’un (Guy Marius Sagna) en prison pour alerte au terrorisme. Franche­ment, ça ne fait pas sérieux et ça n’a pas de sens. Adama Gaye, je sais qu’il y a une bonne frange de l’opinion qui n’est pas d’accord avec son style et son ton, mais on ne peut pas non plus envoyer les gens en prison de cette façon. Moi j’ai fait 8 mois de prison en 1975 avec l’article. Ça fait 44 ans et l’article est encore là. Mame Less Camara a dit une fois, parlant justement de ces manifestations et de ces arrestations, qu’il y a quelque chose qui refuse de bouger. Et justement ce qui refuse de bouger, c’est le système. Ici, on a l’habitude de dire : ‘’Les hommes passent, les institutions demeurent.’’ Pour moi, c’est une mauvaise formulation. C’est plutôt : ‘’Les hommes passent, le système reste.’’»

Aux anti-dialogue : «S’ils ont peur de Macky Sall,
c’est leur affaire»
Decroix répond aussi aux anti-dialogue qui critiquent ceux qui ont dit «oui» à l’appel de Macky Sall. «Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont accepté de dialoguer et ils se sont entendus. Tout le monde pensait que le Sénégal ne changerait jamais de régime sans la violence. Mais on a pu trouver un code consensuel et, pendant un quart de siècle, on a voté sans difficulté. Certains pensent qu’en parlant avec Macky Sall, on se compromet. Pourquoi on ne dit pas à Macky Sall : ‘’Tu es en train de te compromettre parce que tu parles avec l’opposition ?’’ Mais c’est l’opposition qui se compromet quand elle parle avec Macky Sall. Alors ces gens-là, s’ils ont peur de Macky Sall, c’est leur affaire», s’exclame-t-il. Et sans doute, même s’il ne le nomme pas, Wade en fait partie. Membre du Front de résistance nationale (Frn), Decroix constate qu’il y a «une volonté de l’autre côté (du pouvoir) de faire avancer les choses parce qu’ils ont intérêt à cela». Il invite les anti-dialogue à être «cohérents». «Le Président Wade est d’accord sur le principe. Mais dans ce dialogue-à, il n’y a que le Pds qui n’y participe pas», a-t-il rappelé.
hamath@lequotidien.sn

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