PARTAGER

L’œuvre et la pensée de Cheikh Anta Diop restent toujours prégnantes dans l’esprit des chercheurs malgré sa disparition il y a trente ans. Lors de la présentation de son ouvrage intitulé «De la reine de Saba à Michelle Obama : Africaines, héroïnes d’hier et d’aujourd’hui», Aoua Bocar Ly Tall a rappelé l’apport fondamental de Cheikh Anta Diop aux études féminines ou féministes.

Dire que Cheikh Anta Diop est le premier féministe du Sénégal pourrait sonner comme une provocation. Pour Aoua Bocar Ly Tall, cela n’est pourtant pas le cas. Convaincue de l’apport non négligeable de Cheikh Anta Diop dans les études féminines, cette auteure s’inspire dans son dernier ouvrage, intitulé De la reine de Saba à Michelle Obama, de la pensée de Cheikh Anta Diop pour démontrer la contribution des femmes dans l’histoire de l’humanité, surtout des femmes africaines. «Cet ou­vra­ge a été écrit à partir du fil de Ariane de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, car parmi le legs multidimensionnel de ce grand savant panafricain figure un champ riche et peu connu, peu exploré et pourtant capital, à savoir son apport aux études féminines voire féministes», a-t-elle déclaré samedi dernier, lors de la cérémonie de dédicace et de présentation de son ouvrage à l’espace Harmattan.
Dédié à la mère de Obama, l’ouvrage de la chercheuse associée à l’Institut d’études des femmes de l’Université d’Ottawa (Canada) présente plusieurs femmes africaines qui ont marqué l’histoire. Elle les appelle des héroïnes. Et pour elle, son ouvrage est justement l’occasion de rétablir la vérité historique de ces femmes souvent oubliées de l’histoire, tout comme l’a fait Cheikh Anta pour ce qui est de la race noire. «Dans l’histoire de l’humanité, la contribution des femmes a très souvent été occultée. A l’instar de Cheikh Anta Diop, nous nous inscrivons dans cette perspective de rétablissement des pages de l’histoire africaine écrite par les femmes africaines», confie-t-elle. Pour la chercheuse, il s’agit également de participer par devoir de mémoire à une meilleure connaissance de la contribution à la civilisation universelle. Pour elle, tout comme pour l’Egyptologue, l’Africaine étant la mère de l’humanité a toujours eu une place de choix en ce qui concerne le pouvoir et l’influence politique. Et ce, depuis l’Egypte pharaonique jusqu’à nos jours. «Les femmes participaient à la direction des affaires publiques dans le cadre d’une Assemblée féminine, siégeant à part, mais jouissant d’une prérogative analogue à celle des hommes. Ces faits sont demeurés sans changement jusqu’à la conquête coloniale», confie-t-elle à propos de l’œuvre de Cheikh Anta Diop.
De la reine de Saba à Michelle Obama est donc un prétexte pour l’auteure de mettre en relief des personnalités «hors pair» que sont ces femmes, leur pouvoir spirituel, politique, économique, social et culturel, et de parler de leur influence au cours de l’histoire de leur société respective. Dans cet ouvrage, il est indiqué que beaucoup de femmes se sont vaillamment opposées à la conquête coloniale, à l’esclavage et ont vaillamment contribué au passé glorieux de l’Afrique continentale et de sa diaspora, ainsi qu’à son présent victorieux.

Les héroïnes de l’histoire
L’ouvrage de Aoua Bocar Ly Tall présente des héroïnes d’hier et d’aujourd’hui. Le livre s’ouvre avec la première pharaonne d’Egypte, Hatchepsout, l’histoire se poursuit avec les Candaces de la Nubie. Elle parle aussi de Néfertiti (le royaume de Kemet) et en Afrique du nord, Aoua B. Ly présente des personnages féminins de l’histoire comme Lala Fatma qui a  résisté à la conquête coloniale, ou encore bien avant elle la reine Kahina qui s’est opposée à l’invasion de l’islam.
Au Mali, la Charte du Mandé permet de mesurer la participation des femmes au pouvoir. Les apports de la reine Anne Zingha qui s’est battue contre l’esclavage en Angola, de Zayira du Niger qui a tenu tête pendant 34 ans à l’étranger, de la reine mère Ashanti du Ghana, de la reine Pokou qui a fait le sacrifice ultime, la mère de Chaka Zulu sont aussi passés au peigne fin sous la plume de Aoua Bocar Ly Tall, tout comme ceux des Amazones du Dahomey, de la grande Mother Zimbabwe qui est l’ancêtre du mouvement nationaliste.
Dans l’ouvrage de Aoua Bocar Ly Tall, les figures de la résistance sénégalaises ne sont pas négligées. Mme Tall mentionne la contribution de Rose Dieng, la première Africaine admise à l’Ecole polytechnique de Paris, et parle de la Malienne Aminata Traoré, de Winnie Mandela, de Taubira, de Michaëlle Jean, jusqu’à Michelle Obama… Selon l’auteure, le choix n’a pas été facile ; chacune d’elle a gagné sa place dans ce livre.

Source d’inspiration pour les mouvements féminins
Représentant du ministre de la Culture et du directeur du Livre, Amadou Ndiaye a salué la pertinence du livre. «C’est une belle contribution dans l’immense tâche de la réappropriation de notre histoire. C’est un support de plus dans l’information et la formation de nos concitoyens», a-t-il dit à la suite de Fatou Sow Sarr qui a présenté le livre et qui a aussi remercié l’écrivaine pour son travail qui, selon elle, mérite de figurer dans tous les rayons, d’être discuté et commenté partout. Directrice du laboratoire genre de l’Ucad, Mme Sarr a jugé aussi que ce livre permettra surtout de défendre de manière scientifique toute les positions. «La faiblesse des mouvements de femmes, c’est qu’ils n’ont pas de pensé théorique. Il leur manque un cadre d’action unitaire et une pensée politique. Sans penser politique, on ne peut pas transformer la société. Il ne suffit pas de se retrouver pour crier contre le pouvoir, revendiquer une sucette par-ci, mais il faut avoir une pensée cohérente qui s’inscrit dans le temps. Et je crois que c’est l’intérêt du livre de Aoua. Il va être une source d’inspiration, une possibilité de construire l’argumentaire.»
aly@leuotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here