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Dans une enquête intitulée «Un scandale à 10 milliards de dollars», Bbc mouille Aliou Sall, qui aurait touché des pots-de-vin dans le cadre des opérations de cession de blocs pétroliers et gaziers au Sénégal. Depuis la publication du reportage, toute la République a décidé de voler au secours du maire de Guédiawaye, qui est une nouvelle fois dans le tourbillon du pétrole.

Sall Korité pour la famille présidentielle. Sur le parvis de la Grande mosquée de Dakar, le Président Sall affiche son zen, patriotisme en bandoulière. Le public, agglutiné derrière les barrières de sécurité, tend l’oreille pour écouter le discours du chef de l’Etat, rattrapé par l’affaire Aliou Sall accusé à nouveau par la Bbc. Macky Sall, qui a tenté de défendre son frère, accuse des forces obscures, qui nourrissent la volonté de brûler le pays. Pour lui, ce reportage de la chaine britannique intitulé, «Sénégal : Scandale à 10 milliards de dollars», est «un tissu de contrevérités». «Au-delà du caractère personnel d’un citoyen qui a été mis en cause ou en tout cas accusé, au-delà donc de cet aspect qui est un aspect privé sur lequel je ne peux pas intervenir, je tiens à ce que la vérité soit rétablie. Je suis conscient aussi que le Sénégal étant désormais un pays pétrolier et gazier, il ne manquera pas de susciter des convoitises et aussi des provocations utilisant même des citoyens nationaux. Mais ce sont des choses qui sont prises en charge. Et je voudrais rassurer les Sénégalais quant à la bonne gestion future (du pétrole) et aux mesures qui sont préconisées», a-t-il dit. Sans annoncer de poursuites judiciaires à l’encontre de la Bbc, Macky Sall prévient que le Sénégal en tant qu’Etat souverain ne peut pas accepter de telles «allégations mensongères».
Volontairement ou non, le Président vient de donner un cachet d’Etat à une affaire, qui aurait pu rester «privée», c’est-à-dire entre le maire de Guédiawaye et le média britannique. On a dû rameuter toute la République, qui est venue secourir le Directeur général de la Caisse de dépôts et de consignation (Cdc), atteint une nouvelle fois par une accusation de corruption, qui enflamme le débat public comme un baril de pétrole en feu. Et le dernier acte posé ? Le ministre des Affaires étrangères a convié l’ambassadeur britannique à Dakar à son bureau pour lui parler de l’enquête de la Bbc, jugée tendancieuse par le gouvernement sénégalais et ses soutiens.
Matar Ba, ministre des Sports, préfère douter de la probité du média britannique. «Je ne suis pas de ceux qui prennent comme référence les reportages de Bbc», avance le maire de Fatick, qui sacrifiait à la prière de la Korité à la Mosquée Massalikhoul Djinane. Il insiste plutôt «sur la concorde, la paix et l‘unité du Sénégal et des cœurs» au lieu de s’appesantir sur ces accusations, qui restent pourtant très graves. Il dit : «Il faudrait tout simplement que les Sénégalais comprennent que nous devons être ensemble. Il faudrait aussi qu’on comprenne que le décret divin est inévitable. Tout ce qu’on a dans ce bas monde-là est déjà décidé avant notre naissance. Donc il faudrait qu’on comprenne que l’ambition ne doit pas nous rendre fous et aveugles», conseille le maire de Fatick. Il ajoute : «Nous devons être ensemble chacun dans ses ambitions mais il faudrait que la raison prime sur tout. Personne ne gagnerait à ternir l’image de son prochain pensant qu’on aura une place de choix dans ce bas monde. Il faudrait cultiver la paix et c’est cela le patriotisme. Il faudrait que pour nous Sénégalais que mon prochain soit quelqu’un que j’admire que je dois accompagner à relever les défis. Mais nous ne devons pas être des champions dans la méchanceté, dans la calomnie parce qu’on se connait et nous devons demander pardon à Dieu.»

«Aliou Sall a les arguments pour démonter ces accusations»
Après un long sermon, le successeur de Macky Sall à la tête de la mairie de Fatick recharge ses batteries pour banaliser ces accusations. «Une accusation n’est pas quelque chose de sûr mais je voudrais aussi qu’on comprenne que le Président Macky Sall est engagé pour le développement de ce pays. Il est engagé pour accompagner les Sénégalais à faire de notre pays, un pays développé, de paix. Tout le reste n’est pas assez important, admet le ministre. Quand il y a accusation il faut relativiser. Aliou Sall a des arguments pour démonter ces accusations.»
En écho, Me Ousmane Sène parle d’une affaire aux relents politiques. «Cette affaire a des relents très politiques. Je pense que le reportage qui a été fait est très disproportionné. C’est presqu’un reportage politique, nous laissons l’avenir apprécier», dit-il en se rapportant à la volonté de Aliou Sall de porter plainte contre ses accusateurs. «Nous sommes dans un pays de droit et il serait bon que la justice soit saisie d’une plainte pour diffamation et l’autre aspect c’est pour que l’opinion ne tombe pas dans ce reportage à la limite calomnieux. Je pense que Aliou Sall et les autres Sénégalais feront le nécessaire pour avoir la vérité des faits», ajoute-t-il.
msakine@lequotidien.sn
justin@lequotidien.sn

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