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Un «processus de recolonisation qui entre dans le cadre de ce qu’on appelle aujourd’hui, la reconquête des marchés qui étaient perdus par la France surtout dans son ancien pré-carré, c’est-à-dire les anciennes colonies françaises comme le Sénégal, la Côte d’ivoire, le Gabon». C’est ainsi que l’économiste Demba Moussa Dembélé a analysé l’arrivée du groupe Total dans l’exploration du pétrole au Sénégal.

La signature de contrats entre l’Etat du Sénégal et le groupe Total pour l’exploration de pétrole offshore aux côtés du groupe Kosmos est une continuité de la domination de l’ancienne puissance coloniale. C’est la conviction de Demba Moussa Dembélé, président de l’Afri­caine de recherche et de coopération pour l’appui au développement endogène (Arcade). En partenariat avec la Fondation Rosa Luxembourg, l’Arcade a débattu sur «la domination française sur l’économie sénégalaise» de façon générale lors de la traditionnelle rencontre appelée «Samedis de l’économie».  Après Bolloré et Necotrans au Port de Dakar, Eiffage avec l’autoroute à péage, France télécom qui «contrôle» la Sonatel, le géant français d’hydrocarbures est, selon l’économiste, «venu renforcer cette présence française au Sénégal». Demba Mou­s­­­sa Démbélé résume la présence de ces ténors de l’économie de l’Hexagone  ainsi. Il s’agit d’un «processus de recolonisation qui entre dans le cadre de ce qu’on appelle aujourd’hui, la reconquête des marchés qui étaient perdus par la France surtout dans son ancien pré-carré, c’est-à-dire les anciennes colonies françaises comme le Sénégal, la Côte d’ivoire, le Gabon».
Sur le cas spécifique du groupe Total, M. Dembélé a partagé la réflexion d’un chercheur qui a travaillé sur le groupe dirigé par Patrick Pouyanné, publiée dans Le Monde Diplomatique du mois d’avril. Il dit : «Ce groupe encourage la perversion du droit, la fixation du coût du pétrole et le partage des marchés, la collaboration avec des régimes officiellement racistes, la corruption de dictateurs et de représentants politiques, la conquête de territoires à la faveur d’intervention militaire, la délocalisation d’actifs dans les paradis fiscaux (…).»
Dans la nouvelle Constitution adoptée lors du dernier référendum, il est dit en substance, que les ressources naturelles appartiennent au Peuple. Mais pour Alla Kane, inspecteur des impôts et domaines à la retraite,  «quand il s’agit de passer de contrats autour de ces ressources naturelles, ce sont la nébulosité et l’opacité qui sont promues. C’est-à-dire c’est seulement par la suite qu’on apprend par la presse qu’on a signé un ou deux contrats».  Mandiaye Gaye, chroniqueur qui a axé son intervention sur le patriotisme, en a ajouté une couche. Il constate que «notre pays manque d’ambitions. Depuis 57 ans (…), on est toujours à la remorque de la puissance coloniale». Selon toujours M. Gaye, «le Sénégal manque jusqu’à présent d’hommes d’affaires patriotiques qui sont conscients et capables de faire des gestes pour remplacer le colonisateur». Et de renchérir : «Tout ce qu’ils font, c’est une exploitation personnelle ou ils sont à la remorque des sociétés françaises ou étrangères.»
msakine@lequotidien.sn

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