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Entre les démons du Peuple qui se débattent à midi et les démons des classes d’en haut qui ont inventé la démocratie et qui se prélassent la nuit, il y a toute une histoire à refaire, une œuvre à réécrire.

La démocratie libérale a certainement été inventée par les classes supérieures intermédiaires qui ne voulaient pas être «Peuple» et qui sont incapables de s’aligner au rang des aristocrates. Ce n’est pas du juste milieu, la démocratie c’est de la frustration intellectuelle et ensuite politique. C’est ce qui explique sa tendance historique à se raidir, se rétrécir comme peau chagrin parce qu’elle est née d’un manque, d’un désir inassouvi devenu chagrin «congénital». Elle a guillotiné des rois, Louis XVI et Kadhafi, parce que tout le monde ne peut être royal, elle a brûlé des barbes même christiques parce que la plupart des démocrates ne sont pas charismatiques et provoqué une terreur qui ne s’est pas arrêtée à Robespierre parce qu’elle jouit encore aujourd’hui d’être le meilleur parmi les pires systèmes, donc elle peut même tuer ceux qui s’y opposent. La démoncratie est d’une subtilité et d’une fumisterie effrayante comme le diable, les démons qui se faufilent dans le corps sanguin de l’homme. On dit qu’elle nous vient de la Grèce antique, peut-être !
Aujourd’hui, depuis la décadence d’il y a trois cents ans, les démons de la démocratie se sont réveillés. C’est l’aile gauche et maléfique d’une idée géniale et terrifiante de proclamer «le pouvoir du peuple pour le peuple et par le peuple», selon la formule de l’un des plus illustres hommes d’Etat Abraham Lincoln qui est plus grand que César et Napoléon réunis, selon le Comte Léon Tolstoï, un autre grand prophète de la liberté qui a inspiré Le Mahatma Gandhi et le preux Che Guevara. Il n’est sûr que Tolstoï, le grand écrivain russe, auteur de Guerre et paix, Gandhi, Che Guevara et même les séditieux Thomas Sankara, Ruben Um Nyobé, Osendé Ofana, Amilcar Cabral ne seraient d’accord avec une certaine expression de la liberté qui détruit tout ce qu’un Peuple et une Nation ont construit depuis longtemps. Les démons de la démocratie se sont réveillés. Le paradoxe est que dans le panthéon des grands hommes qui ont combattu pour la liberté, on trouve des profils et des identités contradictoires. Entre le groupe de Gandhi, Martin Luther King, Abraham Serfati (le Marocain qui a fait plus de vingt-sept ans dans les prisons de Hassan II, plus que Nelson Mandela) et le camp des Guevara, Um Nyobé le héros camerounais et Malcom X, il y a une grande différence de tempérament.
Du reste, il y a les figures de parade comme le colonel Mouammar Kadhafi des premières années de la révolution verte à l’époque où il n’était pas encore paranoïaque, Daniel Ortega l’ancien Sandiniste devenu méconnaissable et Fidel Castro le leader Maximo. Toutes ces personnalités sont de l’ordre de la démocratie puisqu’elles se sont toutes réclamées du Peuple. Mais la grande difficulté est que l’âme est si vaste, la vie si longue et l’homme tellement fragile. Il est capable à la fois du meilleur et du pire.
Mais le phénomène le plus étrange de la démoncratie est le cas des opposants historiques arrivés au pouvoir en Afrique. Les cas Abdoulaye Wade au Sénégal, devenu méconnaissable à la fin de son parcours après vingt-sept années de lutte démocratique, et le Guinéen Alpha Condé, qui se contente de son titre de Professeur comme s’il en doutait, sont presque douloureux pour tous ceux qui les ont connus il y a longtemps. Le cas de Paul Kagamé est à surveiller pour son propre bien malgré tout le respect, l’admiration et le soutien que toute la jeunesse africaine lui porte. On ne sait jamais. Les démons de la démocratie et surtout de la popularité sont à l’affût. Quant au Burundais Pierre Nkurundziza, il est en train d’attiser le feu dans un pays à la Nation fragile, en détruisant la clause principale des accords d’Arusha qui interdisait plus de deux mandats à la tête de l’Etat, le pays est au bord d’une nouvelle guerre civile. L’ancien guérillero, l’Ougandais Yoweri Museveni, il s’est presque sclérosé au pouvoir. Quant au Camerounais Paul Biya, sa longévité au pouvoir est devenue un cas étrange qui frise même le fantastique. Il se peut qu’il soit soutenu par les démons qui sévissent tant dans ce grand pays qui attend d’être exorcisé. Le cas du Sénégal est risible, un pays de libertés, tellement habitué à la chose démocratique qu’il se permet de jouer avec la stabilité. On dirait que cela fait partie du jeu démocratique au Sénégal. Les choses n’ont jamais basculé dans ce pays, mais il faudra faire gaffe. Le Sénégal est une terre où le théâtre démocratique est un chef-d’œuvre, mais la politique c’est de la comédie qui peut virer à la tragédie.

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