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Agé de plus de 87 ans, le mythique Sandaga a été réduit hier en poussière après le passage des bulldozers. Comme promis, les autorités ont procédé à la déconstruction de ce célèbre marché de Dakar dont la construction va prendre 24 mois, avec un budget prévisionnel de 70 milliards F Cfa. C’est la fin d’une histoire.

Sandaga est tombé ! Les bulldozers et autres engins dévastateurs ont réduit en gravats ce bâtiment qui est le témoin d’une histoire majuscule. Il est triste évidemment de raser un marché aussi ancien et mythique, mais il était devenu une menace à cause de son âge très avancé (87 ans). L’Etat a décidé de soigner cette plaie béante au cœur de la capitale pour éviter une catastrophe, après l’incendie spectaculaire de 2013. Après plusieurs tentatives avortées, l’emblématique marché de la capitale a été démoli hier et les travaux de reconstruction vont durer 24 mois.
Le périmètre a été quadrillé par une ceinture de sécurité assurée par des éléments de la Police nationale. Coins et recoins sont bouchés par des barrières. L’autorité a pris toutes les dispositions pour parer à toute éventuelle contestation de récalcitrants. Il y avait le préfet de Dakar, Alioune Badara Samb, le sous-préfet de Dakar Plateau, Djiby Diallo. Il fallait montrer patte blanche pour accéder au site, le tout sous l’œil vigilant du ministre de l’Urbanisme, du logement, de l’hygiène publique.
En ce lendemain de Tabaski, le marché est vidé de ses occupants qui ont rejoint le site de recasement du Champs des courses. L’allée qui monte à la pharmacie Guigon est devenue subitement un chemin impraticable. Les tas de ferraille issue de la destruction des cantines envahissent la voie, la fumée qui échappe des engins ainsi que la poussière pollue l’atmosphère de Sandaga. Alors que des débris de verre, sachets en plastique et autres saletés jonchent le sol. Endroit jadis animé les soirs, où règne l’anarchie, les magasins qui ne sont pas concernés sont tous fermés, les badauds ainsi que les riverains du haut de leur balcon assistent avec stupéfaction à l’opération. La chute d’un mythe qui changera de visage avec le maintien du corps architectural ancestral. «C’est une satisfaction totale puisque nous sommes arrivés à un consensus avec les marchands. Le 3 juillet, nous sommes venus, nous avons discuté, ils ont demandé un délai supplémentaire, deux jours après la Tabaski. Donc Tabaski le 31 juillet, on est aujourd’hui (hier) le 2 août, ils ont respecté leur engagement. A l’heure du déménagement, ils l’ont fait jusqu’à ce matin», explique Abdou Karim Fofana qui ne cache pas sa joie. Bien sûr, il a réussi là où ses prédécesseurs ont échoué, car ce projet de démolition de Sandaga a toujours charrié passions et affrontements. Mais il était nécessaire pour donner à la capitale une infrastructure digne de sa réputation. «Dakar a besoin de moderniser Sandaga. Sandaga se trouve au centre de la ville de Dakar. Nous avons besoin d’un marché moderne, propre, digne de la capitale sénégalaise. Je pense que nous arriverons à faire de Sandaga un joyau digne de la capitale sénégalaise», espère le maire de la ville de Dakar, Soham El Wardini.
En écho, Abdou Karim Fofana se projette déjà sur l’après-projet. «C’est une grande action qui préfigure la modernisation des marchés du Sénégal. Parce que Sandaga peut-être c’est le marché le plus emblématique, mais l’ambition du président de la République, Macky Sall, c’est de faire en sorte que dans toutes les communes qu’on puisse avoir des équipements marchands modernes qui représentent un peu les exigences de notre temps, puisque ce sont des marchés pour le marché Sandaga qui a plus de 87 ans. Donc c’est la situation à Castor, aux Hlm, dans la banlieue, dans toutes les villes du Sénégal.»

Kermel va suivre
Pour sa part, le maire de Dakar-Plateau, Alioune Ndoye, est revenu sur le processus qui a conduit aujourd’hui à la déconstruction de Sandaga. Il dit : «C’est un long processus qui avait déjà démarré par un Conseil interministériel autour du Premier ministre de l’époque, Boun Abdallah Dionne, sur les marchés, un budget de 70 milliards avait été dégagé pour rénover les marchés du Sénégal.»
Pris dans le tourbillon de cette destruction, Abdou Karim Fofana n’oublie pas la gestion du site de recasement qui a été aménagé au Champs des courses. Si l’Etat va explorer un mode de financement privé, il tient par contre à préciser : «On n’est pas obligé de donner à tout le monde des cantines, ceux qui sont recensés oui, ça était un recensement concerté. Ce marché a subi deux incendies, le dernier en 2013. La ville de Dakar a effectué un recensement, la commune de Dakar-Plateau aussi, le préfet de Dakar a fait un recensement. Nous avons procédé à un dernier recensement avec le préfet et les commerçants. Donc nous ne pouvons donner des cantines que sur la base de ces documents-là. Il n’est pas question de donner gratuitement des cantines comme cela.»
Après Sandaga, les autorités promettent de raser le marché Kermel qui se confond avec l’histoire de Dakar.

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