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Après les Souleymane Bachir Diagne, Mamadou Diouf et autres, c’est au tour de Felwine Sarr de débarquer dans une université américaine. L’enseignant chercheur de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis a posé ses valises à Duke University, en Caroline du Nord. Le philosophe et économiste, qui l’a annoncé lui-même, assure toutefois que ses projets en cours au Sénégal ne seront pas interrompus.

Les universités américaines sont une destination privilégiées pour tous les penseurs du monde. Les Sénégalais n’y échappent pas. Et ces dernières années l’ont montré avec le départ de plusieurs d’entre eux vers des institutions prestigieuses du pays de l’Oncle Sam. Après 13 ans à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, le Pr Felwine Sarr vient aussi de sauter ce pas décisif dans sa carrière académique. Sur sa page Facebook, il a adressé un message à ses suiveurs pour annoncer son arrivée à l’Université de Duke qui se trouve à Durham, en Caroline du Nord. Le philosophe et économiste sénégalais rejoint ainsi une équipe de chercheurs en qualité de Distinguished Professor of humanities dans le département de Romance studies. «J’y occupe la chaire Anne-Marie Bryan. C’est un département d’humanités dites Write large. J’y enseigne dès cet automne la philosophie africaine contemporaine et diasporique. Au printemps, je donnerai un cours intitulé Music history and politics dans lequel je me propose d’explorer les dynamiques politiques et sociales des Nations africaines depuis les indépendances, à travers l’archive musicale, et un troisième cours sur le soin et la guérison dans le roman contemporain africain», écrit-il. Le départ de Felwine Sarr n’est nullement une rupture. Du moins, c’est l’assurance qu’il donne en informant que ses projets en cours au Sénégal ne sont pas interrompus par ce changement de pays. «J’élargis mon champ disciplinaire aux humanités et continue à construire une expérience à la croisée des sciences humaines et sociales. Je me déplace et change le lieu à partir duquel je fais l’expérience du monde. Les chantiers entrepris sur le continent se poursuivront, notamment les Ateliers de la pensée et L’école doctorale des Ateliers que Achille (Mbembe) et moi organisons. Je continuerai à donner mon cours d’épistémologie à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, que je ferai en ligne, et le travail d’encadrement des doctorants de l’Ugb se poursuivra. Pour ce qui est de l’économie, mon intérêt se porte désormais dans l’élaboration des fondements d’une économie du vivant.» Ce départ est ainsi porté par une envie d’ouvrir de nouvelles voies de réflexion . «Le programme de recherche que je conduis à Duke et sur lequel je vais travailler ces prochaines années s’intitule Ecologies of knowledge. J’y repose la question de ce qu’est un savoir, j’y explore les épistémologies du non-logos, les savoirs inscrits dans les textes oraux, les arts, les corps et toute la topographie du discours social. Il est important non seulement d’élargir la géographie des savoirs, mais pour les sociétés africaines de réinvestir des archives cognitives et des pratiques discursives à travers lesquelles elles ont transmis et enrichi un capital culturel dans le temps. Ma conviction est que ces archives réinvesties enrichiront notre connaissance et sont fécondes pour les temps à venir. Mon terrain de recherche de prédilection sera l’Afrique de l’Ouest», souligne-t-il.
Felwine Sarr n’est que le dernier d’une liste d’éminents enseignants sénégalais qui ont choisi d’enseigner dans ces universités nord-américaines. Le plus célèbre d’entre eux étant sans doute le Pr Souleymane Bachir Diagne. Mais il faut dire que les chercheurs sénégalais sont très bien cotés dans ces universités. L’on parle ainsi souvent du Pr Mama­dou Diouf qui enseigne à Colum­bia ou encore le Pr Ous­mane Kane à Harvard. Il y a aussi les Pr Khadiyatoulah Fall et Ndiaga Loum au Canada. Autant de sommités dont le départ est toujours regretté. Même si quasiment toutes les réactions sur le mur du Pr Sarr sont libellées en encouragement, il n’en demeure pas moins que le sentiment de perte est élevé chez tous ceux qui connaissent la valeur intellectuelle et académique de ces personnalités.

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