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Le Sénégal est réputé pour son efficacité dans la réponse au Vih/Sida. Par des interventions ciblées, il a réussi à contrôler et à baisser la prévalence au niveau national, dans les régions du Sud où on avait noté un fort taux de prévalence et dans certains groupes clés comme les professionnelles du sexe. Malgré ces efforts, le taux de dépistage des personnes vivant avec le Vih/Sida reste relativement en deçà des objectifs fixés.

«Connais ton statut !» : Ce thème est une interpellation et aussi une injonction faite aux populations, surtout les plus vulnérables au Vih/Sida, pour faire le dépistage. La cérémonie de lancement du 30ème anniversaire de la célébration de la Journée mondiale de l’infection à Vih a mis l’accent sur l’importance du dépistage dans la lutte contre le Sida. Cet appel est important dans la mesure où le Sénégal a pris des engagements au niveau international. Et notre pays est à la veille de l’année 2020, date butoir pour l’atteinte des 3 «90». Et malgré les efforts fournis par la réponse, les indicateurs sont encore loin de traduire l’atteinte des résultats escomptés. Concernant le premier 90, c’est-à-dire dépister 90% des personnes vivant avec le Vih (Pvvih), Dr Safiétou Thiam, directrice exécutive du Conseil national de lutte contre le Sida (Cnls), note que «29% des personnes vivant avec le Vih ne connaissent pas encore leur statut dans notre pays». Or, cet indicateur est la porte d’entrée pour arriver aux objectifs des deux autres «90», c’est-à-dire mettre 90% des Pvvhi dépistées sous traitement et les maintenir sous Arv jusqu’à la suppression totale de la charge virale.
Face aux défis de l’atteinte de ces trois 90, le Cnls, avec ses partenariats, multiplient les stratégies. D’ailleurs, le directeur technique de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs), Massogui Thiandoum, annonce que l’offre de dépistage a été élargie pour toucher le maximum de Pvvhi. L’Ancs expérimente le test rapide de dépistage, l’auto-test de dépistage et la démédicalisation. Elle consiste à autoriser le personnel non-médical, mais «rigoureusement» formé, à effectuer certains actes biomédicaux simples tels que le dépistage rapide du Vih, l’administration du traitement post-exposition ou encore la dispensation du traitement anti-Vih aux patients diagnostiqués les plus stables.
Par rapport au traitement des Pvvih, le Sénégal est aussi en retard sur les objectifs fixés. Puisque 76% seulement des Pvvih sont mis sous traitement alors qu’il faut 90% en 2020. Des efforts devront être faits également pour la suppression de la charge virale, car sur les 23 mille 204 Pvvih mises sous traitement, seules 7 975 ont une charge virale indétectable. Et de l’avis de Massogui Thiandoum, l’espoir est encore permis, car de manière générale la prévalence du Vih a beaucoup baissé dernièrement au niveau de la population générale et même dans les régions du Sud où les taux avaient dépassé 1%. Chez les groupes vulnérables également, la tendance est à la baisse. Pour les professionnelles du sexe, le taux de prévalence est passé de 18,5% en 2010 à 6,6% en 2018. Par contre, rappelle Dr Safiétou Thiam, chez les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes, le taux de prévalence a augmenté, allant de 21% en 2010 à 27% en 2018.
Le président du Réseau des personnes vivant avec le Vih, Siré Lô, pour qui cette journée est une tribune pour faire le plaidoyer, a interpellé la directrice et les autorités sanitaires sur la disponibilité des antirétroviraux. Il accuse les procédures de marchés qu’il juge assez contraignantes et qui ne sont pas en faveur de la disponibilité des Arv. Le président de Réseau des Pvvih a également indexé le nouveau financement mondial qui, d’après lui, a fini de plonger la vie associative des Pvvih dans un sommeil profond. Il estime que les Pvvih ont besoin d’un suivi médical certes pour contrôler leur maladie, mais également d’un accompagnement «psycho-social et nutritionnel». «On ne fait plus de thérapie de groupe», regrette-t-il à cause du manque de financements. Et pourtant, note-t-il, ces activités étaient d’une importance capitale pour notre équilibre.
ndieng@lequotidien.sn

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