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A Mbour, la sortie du kankourang, qui était l’évènement culturel le plus couru de la ville, plonge désormais la population dans la peur. Il a asséné plusieurs coups de machette à un jeune homme de 17 ans, décédé à la suite de ses blessures pendant que ses accompagnants saccageaient une clinique. Ce cycle de violence rappelle l’évènement de l’année dernière qui avait poussé le préfet, Saër Ndao, à prendre presque cinq arrêtés pour interdire le kankourang dans l’espace communal.

A une certaine époque, c’était un moment très attendu par les populations de Mbour. Mais l’évènement est en train de se dévoyer à cause de la violence qui escorte la sortie du kankourang, qui tétanise les populations, comme l’atteste la mort de Mamadou Top Badiane, un jeune de 17 ans, habitant le quartier Santessou, qui a été tabassé par les accompagnateurs du totem. Il a été ensuite brutalement violenté par le kankourang qui lui a occasionné plusieurs blessures suite à de violents coups de coupe-coupe. Le jeune garçon, ayant perdu beaucoup de sang, a finalement rendu l’âme à cause d’une hémorragie contre laquelle il a essayé de lutter pendant 72h. Atterrée par cette violence, la famille de la victime a porté plainte au niveau du commissariat urbain de Mbour. Les deux parties ont été entendues par les policiers. L‘autopsie qui parle de «mort par hémorragie» a été remise à qui de droit. Autant d‘éléments qui indiquent que le Parquet devrait enclencher la machine judiciaire dans les prochains jours.

Mamadou Top Badiane tué par le kankourang, une
clinique saccagée
Alors que l’on n’a pas encore fini d’épiloguer sur la mort du  jeune Mamadou Top Badia­ne, un autre incident d’une rare violence est survenu hier au quartier Darou Salam. Les accompagnateurs du kankourang en furie ont saccagé la clinique de El Hadji Gningue Samb. Selon lui, il était dans la salle d’accouchement où une patiente avait déjà fini de mettre au monde un enfant lorsqu’il a entendu un bruit assourdissant : «Il faisait 10h passées. Je suis sorti pour voir ce qui se passe, c’est de là que j’ai vu une grosse foule dehors qui m’a intimé l’ordre de rentrer. J’ai refusé, car j’étais dans ma clinique. Ils ont assailli le local, ils m’ont brutalisé pendant que d’autres ont fracassé les vitres et jeté des pierres dans la clinique. Certains sont entrés dans mon bureau pour s’emparer de la recette de circoncision et de consultation qui s’élève à 630 mille francs Cfa», déclare M. Samb. Quid de ses agresseurs ? «Je ne connais pas vraiment ce qui a poussé ces gens à venir s’attaquer à ma clinique. Ce sont des gens qui pensent que la ville est à eux. J’ai vu Pa Cissé, je l’ai reconnu. Il était dans la foule d’ailleurs. C‘est un récidiviste qui a été élargi de prison il y a seulement quelques jours», renseigne M. Samb. Lequel «ne peut pas évaluer la perte qu’il a subie même si un huissier est passé constater, mais en attendant j’ai obtenu une mention de la police». Il annonce le dépôt d’une plainte aujourd’hui. Interpellé sur ces accusations, le camp de Pa Cissé, dissident de la collectivité mandingue qui dégage en touche ces accusations, promet de réagir aujourd’hui.
Ouverture d’une enquête judiciaire
La tension est déjà palpable dans la ville et les populations redoutent les évènements de l’année dernière. Il y a un an, une  bagarre d’une rare violence avait opposé deux camps de la collectivité mandingue et provoqué de blessés graves dont certains dans un état critique. En effet, les membres de la collectivité mandingue dite «régulière», qui se réclament de la paternité du kankourang, n’ont jamais digéré qu’un autre soit sorti par un frère considéré comme un élément extérieur. Des jeunes surexcités avaient pris d’assaut le «leul» de Pa Cissé, mais ils avaient dû faire face à une riposte très féroce de la part des dissidents. Il a fallu l’intervention de la police pour rétablir l’ordre. Le préfet  de Mbour, Saër Ndao, avait interdit la sortie du kankourang sur l’étendue du département jusqu’à nouvel ordre. A la suite d’une médiation du ministre Mbagnick Ndiaye, l’interdiction a été levée. Mais le risque est déjà là.
abciss@lequotidien.sn

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