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Censés faciliter la communication, les réseaux sociaux au Sénégal sont en train de devenir un cauchemar pour certains. Oulèye Mané, Bara Fall, Amy Collé et Penda Ba sont tous aujourd’hui dans les liens de la détention pour avoir commis des dérives dans l’utilisation de ces technologies. Pour le spécialiste des multimédias au Cesti, Mamadou Ndiaye, ces gens ont dérapé dans l’utilisation de ces médias sociaux par ignorance. L’enseignant-chercheur recommande un travail de sensibilisation pour expliquer aux gens les limites à ne pas franchir avec ces réseaux.

L’utilisation à mauvais escient des réseaux sociaux a coûté cher à Oulèye Mané, Bara Fall, la famille de la petite Sata bleu bleu et plus récemment la chanteuse Ami Collé Dieng, toujours en garde à vue à la Division des investigations criminelles (Dic) et Penda Ba, arrêtée hier par la Section de recherches de la Gendarmerie nationale à Mbour. Dans toutes ces affaires, le mal est parti des réseaux sociaux comme Facebook et WhatsApp. Ces affaires posent la question de l’utilisation des réseaux sociaux et la gestion des discussions privées qui se retrouvent sur la place publique. Oulèye Mané ? C’est le nom de la fille qui avait reçu un photomontage du président de la République jugé obscène qu’elle a partagé avec son groupe sur le réseau social WhatsApp. Ça leur a valu à elle et ses amis d’être en détention provisoire depuis juin, date de l’éclatement de cette affaire. La fille filmée en train de dire des insanités fait payer à sa mère et son frère leur «irresponsabilité» d’avoir permis que cette vidéo soit partagée sur Facebook. L’arres­tation de ces personnes dans les deux premiers cas n’a apparemment pas servi de leçons à certains utilisateurs de ces réseaux. Sinon, comment expliquer les propos du jeune Bara Fall qui se félicitait du drame au stade Demba Diop ayant coûté la vie à 8 supporters mbourois lors de la finale de la Coupe de la Ligue opposant le Stade de Mbour à l’Union sportive de Ouakam ? Le jeune Fall a été aussi arrêté pour apologie du crime.
Interpellé sur ces dérives dans les réseaux sociaux, le chef de la Division multimédia au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) souligne qu’elles sont récurrentes et arrivent souvent par ignorance du fonctionnement des réseaux sociaux et de leur utilisation. «Au Sénégal, l’internet et les réseaux sociaux nous sont tombés dessus sans préparation. Il y a une ignorance des supports et des enjeux économiques et financiers. En tant que particuliers, nous n’avons pas été préparés à ces supports. Cela fait que ce que nous en faisons émane de notre comportement dans la société (l’indiscipline, le non-respect des règles). C’est notre comportement que nous transposons dans les réseaux sociaux», a-t-il analysé. A cela, Mamadou Ndiaye ajoute «un manque de connaissance de ces outils». D’après lui, «plusieurs fois des gens ont posté des propos ou des photos compromettantes qui normalement devraient rester privés». Pour lui, il y a un réel besoin d’éducation et de sensibilisation à faire à ce niveau. «Le ministère de l’Education, celui de l’Enseignement supérieur, de la Communication doivent travailler ensemble pour imaginer une offre de formation allant de l’élémentaire à la terminale pour faire comprendre comment utiliser ces réseaux sociaux et comment se comporter en société», a-t-il recommandé. Et M. Ndiaye d’ajouter : «Pour ceux qui ne sont pas instruits et qui les utilisent, il faut faire des vidéos faciles à lire pour les sensibiliser.»

Un travail de sensibilisation et d’éducation à mener
En outre, le spécialiste en communication soutient qu’il faut faire connaître l’arsenal juridique sur ces questions. A en croire Dr Ndiaye, «toutes ces personnes se sont trompées de bonne foi, elles ne pensaient pas faire autant de dégâts». «Si elles avaient été informées, on pouvait empêcher ces dérives», a-t-il regretté ; d’où la nécessité de faire comprendre les lois «en rendant accessible l’arsenal juridique sur ces questions en faisant des flyers et de la communication». «L’Etat a l’obligation de donner la bonne information. On ne peut pas nous balancer internet sans éducation», a-t-il argué.
Ces dérives sur les réseaux sociaux posent aussi la question de la frontière entre le privé et le public. Dans les cas de Oulèye Mané et de la chanteuse Ami Collé Dieng, les choses se sont passées dans des groupes WhatsApp censés être privés. Mais pour Mamadou Ndiaye, sur internet les frontières ne sont pas réelles. «Il faut prendre toutes ces applications comme des territoires où il y a juste des passerelles. Par exemple, mes publications Facebook sont sur Twitter. Je dis souvent à mes étudiants de considérer les réseaux sociaux comme la rue. Ce qu’on n’ose pas dire dans la rue, il ne faut pas le dire sur les réseaux sociaux», a-t-il expliqué. Comme pour dire que la discussion privée n’existe pas vraiment sur les réseaux sociaux.
dkane@lequotidien.sn

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