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«Que nous soyons tous des sauvages tatoués depuis Sophocle, cela se peut. Mais il y a autre chose dans l’Art que la rectitude des lignes et le poli des surfaces. La plastique du style n’est pas si large que l’idée entière… Nous avons trop de choses et pas assez de forme.» Gustave Flaubert. Il n’y a qu’un seul but à l’écriture, c’est l’écriture tout simplement. Ce n’est pas de l’immanence gratuite ou de l’autocréation mais une idée fugace et immédiate, une vérité peu admise par la matérialité de la vie, la marchandisation de la culture. Cependant l’écriture n’est jamais gratuite, c’est une activité d’ordre anthropologique. Elle a toujours existé avant que l’homme ne la découvre. Elle était là inscrite sur les murs de la vie. Toute la vie part d’un point et le point devient le signe diacritique qui est la source de tout. Voilà l’origine métaphysique de l’écriture. L’écriture n’est pas un refuge mais un rempart contre la mort de l’homme. L’écriture est un tour, un tour de manivelle qui parfois donne le tournis au scribe, au lecteur. Elle donne le départ à l’activité spirituelle et allume le détonateur du moteur de la vie intellectuelle. Il n’y a pas d’écriture en dehors de l’art ! L’écriture est vraie lorsqu’elle résiste à la tyrannie de l’actualité et du quotidien, elle atteint son acuité et son point d’incandescence lorsqu’elle résiste même à l’idée, une envolée abstraite pour échapper à l’évanescence de la matière.
C’est curieux lorsque le scribe vend sa peau et la met sur la table en risquant sa vie, affrontant la précarité des faits actuels dans sa production littéraire. Que dire de plus sinon qu’en ce moment précis l’écriture est tentée par le dire, la parole se fait écriture, c’est le lot des poètes, des créateurs de chants divins, des musiciens, des paroliers traditionnels qui n’échappent pas à l’écriture en soi même s’ils ignorent les lettres et les caractères. Le Solfège c’est de l’écriture, une écriture qui tente de mettre en musique le mouvement de l’âme. Œuvre prométhéenne que la Solfège ! Quant à l’écriture cinématographique elle résiste à l’invasion du numérique et de la télévision sur fond de polémique autour de «Netflix» ; «Adieu au langage» comme dirait Jean Luc Godard, mais aussi «Adieu à l’écriture» dont l’essence est la disparition comme la littérature, pour reprendre le mot de Maurice Blanchot. Il y a certainement meilleure écriture et meilleur écrivain chez les grands cinéastes Ingmar Bergman, Antonioni, Maurice Pialat, Robert Bresson «le Janséniste du cinéma», Vittorio de Sica, Orson Welles, Djibril Diop Mambéty, Alain Resnais, Quentin Tarentino…que chez beaucoup d’auteurs producteurs de livre qui ont la chance de pouvoir se draper sous le manteau prestigieux et mythique de l’écriture littéraire. Jean Cocteau et Jacques Prévert l’on comprit eux qui ont accepté le travail cinématographique. Mais elle est partout l’écriture dans l’art, partout, surtout dans l’architecture, les arabesques, les formes coniques, chez les «Nabi» ces prophètes de l’écriture architecturale, dans la danse, toutes les danses, les arts martiaux qui ont inspiré le chef d’œuvre cinématographique du chinois Zang Yimou, le film «Hero», une tentative magistrale de faire naître la perfection des arts martiaux de l’école chinoise à la grâce et à la précision de la Calligraphie chinoise. Le Japon, la Chine, l’Egypte antique sont des pays de l’écriture. En France, Haïti et le Congo l’écriture se fait littérature, en Allemagne elle est confondue à la philosophie, en Mauritanie l’écriture est poésie, aux Usa l’écriture est journalistique, philosophique et littéraire. Mais l’écriture est parfois musicale au Cinéma. Que seraient certains films sans la voix trainante de Wasis Diop, «Juste avant la fin du monde» de Xavier Dolan offre une résonnance très particulière grâce à la musique surtout finale. Mais il faut dire qu’en matière d’écriture musicale cinématographique, Vladimir Cosma et Dany Elfman sont des maitres. Même dans la photographie cinématographique l’écriture transparait sous le regard exigent et inspiré de Nestor Almendros dans les «Moissons du ciel» du cinéaste-philosophe.
Mais l’écriture littéraire avec la plume reste l’origine mythique et prestigieuse d’une activité conquérante. D’autres cartes et territoires à la Houellebecq sont appelés à voir placer l’empreinte digitale d’un malade de l’écriture. «Ecrire pour toujours» tant que l’on a encore quelque chose à dire, telle est la suite à cette longue aventure.

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