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Toutes les tontines ne sont pas fiables. Des conflits éclatent le plus souvent entre les différents membres, notamment les gérants et le reste du groupe. La plupart sont consécutifs à la gestion des caisses communes. De ce fait, les relations saines laissent la place à la méfiance qui peut facilement créer des problèmes. Des déconvenues nées de ces rapports d’argent poussent parfois certains à prendre la décision ferme de tourner le dos aux tontines. Fally Ndao en fait partie. La quadragénaire raconte sa malheureuse expérience : «Vous savez, il y a des personnes qui ne sont pas sérieuses. Elles sont cupides. J’ai arrêté avec les cotisations en 2013. A cette époque, je travaillais dans une société de fabrication de mèches. Tous les jours, je donnais 1 000 francs Cfa. Ça devait durer 10 mois. A ma grande surprise, la gérante est venue pleurer devant moi pour me dire qu’elle a été victime d’un vol. Ces propos ne m’ont pas convaincue. J’ai menacé de porter plainte. Dès lors, elle m’a promise de me payer par moratoire. Depuis, j’ai dit adieu à cette méthode d’épargne.» Entre gérants et adhérents, les rapports ne sont pas toujours au beau fixe. Censés être des alliés, ils se crêpent souvent le chignon sous l’autel de l’argent. Chacun jette l’opprobre sur l’autre. Contrairement à Fally, Amy Sylla, gérante de la tontine «Deugueur moussor», pense autrement. Teint noir, le foulard rose harmonisé avec son ensemble wax, assise au milieu de ses collaboratrices, la dame rejette la faute sur le manque d’assiduité des membres de la caisse. Selon elle, la gestion de la tontine n’est pas du tout facile, comme le pensent certains. Elle pointe du doigt le jeu malhonnête de quelques-uns qui n’honorent pas toujours leurs engagements quotidiens, hebdomadaires ou mensuels. A ses dires, cette inconstance se répercute forcément sur la somme que doit percevoir le gagnant du jour. «Des fois, on nous accuse injustement, car nous sommes à la tête de l’organisation, mais nous n’y sommes pour rien», déplore-t-elle.

Quand Dame justice s’en mêle
Certains membres de tontine ne lavent pas les mains sales en famille. Il arrive souvent que des dossiers atterrissent à la table du juge. Parfois, s’ensuit l’emprisonnement pour abus de confiance et détournement. «Il est très fréquent que des gérants de tontine soient envoyés en taule pour abus de confiance, car les intentions ne sont pas souvent les mêmes et ne sont pas tous dignes de confiance», constate Mame Fatou Kébé, journaliste. En janvier dernier, une dame du nom de Aïda Sène a été attraite à la barre pour abus de confiance. Il s’en est suivi une peine de quatre mois dont un ferme et sept millions en guise de dommages. L’une des membres de sa tontine du nom de Mariama Sy lui réclamait neuf millions de francs Cfa. «Je cotisais tous les mois 225 mille francs Cfa», déclarait-elle. Ce phénomène est très récurrent dans la banlieue. Abibou Niang, chef du quartier Lansar (commune de Tivaouane-Diacksao), reconnaît avoir plusieurs fois eu vent de cela. «Il y a quelques années, je recevais plusieurs convocations relatives à la gestion des tontines. Deux dames ont même purgé des peines», révèle-t-il. Avant d’ajouter : «Ces genres d’épargne ont atteint des proportions inquiétantes et certaines personnes utilisent les caisses à d’autres fins.» Ayant une fois eu recours à la justice pour réclamer son dû, Marième Lèye nourrit des regrets même si ça lui a permis de récupérer son argent. «Pour 250 mille francs, j’avais porté plainte contre la gérante de notre tontine au marché Grand-Yoff. Depuis lors, je suis très vigilante», confie-t-elle.

Ennemie des ménages
Tous les hommes n’aiment pas que leurs femmes participent aux tontines. Ils redoutent les conflits inhérents à cette adhésion. Pour peupler des rêves interdits par le conjoint, des femmes le font en cachette. Taille élancée, teint clair, Fatima Fall avoue que sa participation a failli gâcher sa vie conjugale. Celle-ci a été, selon elle, à l’origine de plusieurs mésententes entre lui et son mari. «Monsieur ne l’aime pas, mais ça me permet de m’acheter quelques carats d’or», lance-t-elle avec un large sourire. Pour la trésorière du mouvement «Deugueur moussor», les hommes n’ont pas le droit d’interdire à leurs femmes la participation aux tontines. Selon elle, des dames s’offrent des meubles de luxe, des sacs de riz grâce à ce type d’épargnes. Tout le contraire de Baba Ndiaye, les yeux rivés sur sa machine, le tailleur ne veut pas que sa famille soit membre d’une quelconque tontine. «Ma femme est sous ma tutelle, je la nourris. Donc, comment peut-elle participer à ces genres de choses à moins qu’elle diminue la dépense quotidienne que je mets à sa disposition. Il faut être réaliste», estime-t-il.

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