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En déplacement à Cayar pour constater le «bradage» du domaine public maritime, des conseillers départementaux dénoncent «un acte criminel» et incriminent le président du Conseil départemental de Thiès, Idrissa Seck, et ses collaborateurs

«Ne touche pas au domaine public maritime de Thiès». C’est le cri du cœur lancé hier par des conseillers départementaux qui se sont déplacés à Cayar pour constater le «bradage» du domaine, à la périphérie du village de Ndiokhop Guédie. Ce, au profit de gros bonnets. Ces conseillers expliquent : «Nous avons été saisis depuis le samedi 24 février 2018 d’une opération de terrassement du domaine public maritime. Sur 2 km, il y a des individus qui ont posé des bornes de terrain de 20/20 dans un lieu classé ‘’zone sensible’’ et protégé par le Code de l’environnement. Ils ont pris du sable, déplacé des dunes pour ensuite procéder à des terrassements menaçant ainsi tout l’écosystème.» Une attitude que Abdoulaye Sow, président de la Commission de l’aménagement du territoire et des domaines du Conseil départemental de Thiès, qualifie de «crime écologique au vu des lois, règlements et du Code de l’environnement». Il attribue cette «forfaiture» à «Pape Moussé Diop, premier secrétaire élu du Conseil départemental de Thiès, qui a été nommé à la tête d’une commission ad hoc chargée des affaires maritimes pour le compte du président du Conseil départemental de Thiès, Idrissa Seck, lequel a délégué ses pouvoirs et prérogatives à son premier vice-président Yankhoba Diattara qui a institué cette commission clandestine». L’élu départemental d’expliquer : «Quand cette commission a été créée, il (Diattara) nous avait servi une délibération du conseil que j’avais dénoncée. Ensuite, j’ai pris un huissier pour servir une sommation interpellative à Yankhoba Diattara qui s’est débiné. C’est par la suite qu’il a mis sur place cette commission ad hoc sous la direction de Pape Moussé Diop.»

«Nous allons proposer des poursuites contre les auteurs de ce crime odieux»
M. Sow rappelle que le Conseil départemental s’est réuni pour voter une résolution pour la protection de l’environnement. La­quelle résolution, dans ses dispositions, avait prévu la protection du domaine public maritime et du massif du plateau de Thiès. En faisant cet acte, le conseiller départemental pense que les membres du bureau du Conseil départemental ont «trahi la confiance de l’institution». Il poursuit : «Ils ont fait preuve d’un acte de banditisme suprême qui vise à créer un drame écologique, comme celui de Guet-Ndar, au niveau du département de Thiès. Nous nous érigeons en boucliers pour leur faire face.» Dans ce cadre, il renseigne que tous les conseillers départementaux de Thiès seront sensibilisés, avant de menacer : «Nous allons convoquer les dispositions des articles 34 et 45 du Code général des collectivités locales pour qu’il y ait une session extraordinaire dont le tiers du conseil portera une signature afin de convoquer cela. Après, l’article 34 sera visé pour demander dans un premier temps le blâme de ces auteurs de forfaiture, mais au-delà, nous allons proposer une délibération leur demandant de démissionner, puis engager des poursuites contre les auteurs de ce crime odieux.»

«Le bureau du Conseil départemental n’est pas à sa première expérience»
Abdoulaye Sow souligne que le bureau du Conseil départemental «n’est pas à sa première expérience». «Depuis 3 ans, nous sommes en train, avec d’autres collègues, de dénoncer plusieurs forfaitures. Depuis une année, les conseillers n’ont pas perçu leurs indemnités et frais de déplacement qui s’élèvent à 11 millions de F Cfa. Sans compter que tous les dons et legs reçus ne figurent pas sur les comptes administratifs de 2014, 2015 et 2016», affirme-t-il. Et il se livre à une démonstration : «Nous avons reçu de Toscan 100 millions de F Cfa pour l’hôpital régional, de Midi Pyrénées 10 000 euros pour le centre de Serigne Mor Mbaye, en plus des 200 mille euros des Allemands pour le plateau du massif de Thiès. Et cela ne figure nulle part dans les comptes administratifs en question, car le cumul des dépenses d’investissement fait 128 millions de F Cfa. Et l’ensemble de ces recettes que nous avons obtenues dépasse largement 400 millions de F Cfa si on y ajoute le Cem inclusif de Fayu qui coûte 200 millions de F Cfa.»

«Idrissa Seck a montré l’étendue de son incompétence sur 10 km»
M. Sow constate que «dans le Conseil départemental, l’organe exécutif, à savoir le bureau, joue la place du comptable public, seul habilité à recevoir et à dépenser les recettes des collectivités locales». Toute autre personne le faisant «peut être considérée comme étant comptable de fait. C’est ce qu’ils ont fait». Il ajoute : «Ils ont pris ces dons dont le conseil n’a jamais vu la trace. Parce qu’on ne nous a jamais présenté de protocoles, encore moins d’accords signés avec les partenaires qui ont remis ces subventions. Nous n’avons jamais délibéré pour accepter ces dons encore moins pour leur destination. Donc, quelqu’un d’autre les a détournés et cela ne peut être que l’organe exécutif.» Aussi, poursuit l’élu, «ils avaient utilisé les deniers publics du département en se servant du carburant et des véhicules». Et là, M. Sow se veut davantage formel : «Le Président du Conseil départemental de Thiès, Idrissa Seck, par ces actes posés par ses collaborateurs, a montré l’étendue de son incompétence sur 10 km». Pour l’heure, «une enquête est en cours», selon Abdoulaye Sow, qui indique que «ni les autorités administratives ni les autorités locales de Cayar n’ont été informées de cela». Le Conseil départemental non plus «n’a jamais statué pour délibérer sur cette question».

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