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Le vote du projet de loi par l’Assemblée nationale, qui augmente le nombre des députés de 150 à 165, a suscité un débat qui a exclu les concernés que nous sommes, nous les immigrés. Et pourtant, depuis que le droit de vote a été reconnu aux immigrés en 1992, cette demande a été toujours formulée par les Sénégalais de la Diaspora. Je me rappelle les nombreuses rencontres avec les autorités gouvernementales, les candidats aux élections présidentielles et législatives, où la promesse a été faite par ces politiciens, sans aucune suite. La première satisfaction à cette revendication a été la création du Haut conseil des Sénégalais de l’extérieur par le régime de Abdou Diouf, qui a permis aux Sénégalais de la Diaspora d’avoir un cadre qui les implique en tant que conseillers. On peut formuler beaucoup de critiques fondées sur cette institution qui a servi beaucoup plus une clientèle politique que les immigrés eux-mêmes. Aujour­d’hui, avec la disparition des frontières par la mondialisation et l’élimination des distances par l’Internet, les Sénégalais de l’extérieur sont très souvent mieux informés que ceux de l’intérieur de par leur accès facile à l’information sur les réalités de leur pays et du monde. Ils sont, dès lors plus proches de leur pays d’origine et beaucoup plus impliqués directement ou indirectement. Ce faisant, beaucoup plus intéressés à se prendre en charge sans déléguer leur destin. Pensons un seul instant au nombre croissant de candidats issus de la Diaspora lors des présidentielles, au nombre d’émissions de radio ou télé consacrées aux Sénégalais de la Diaspora, au nombre de ministres nommés pour celle-ci, au nombre d’ambassadeurs ou consuls anciens immigrés. Tout ceci démontre l’importance politique que les immigrés ont toujours accordée à leur participation à la gestion des affaires du pays, sans même évoquer les centaines de milliards qu’ils injectent dans l’économie, à travers ce qu’ils envoient régulièrement à leur famille, aux structures de santé qu’ils créent pour leur terroir, aux écoles et commerces, aux maisons qu’ils construisent, etc.
Quand des Sénégalais gas­pillent les maigres ressources du pays et trouvent des cachettes dans des comptes bancaires à l’extérieur, eux, les immigrés, bravent la neige, le vent et le froid, se tuent au travail et économisent pour investir dans leur pays. Malgré tout, ils n’ont pas voix au chapitre. Tout se fait sans eux et à leur nom. Or, tout ce qui se fait sans nous, même si c’est pour nous, se fait contre nous parce que simplement nous pouvons et devons prendre notre destin en mains. Les réalités particulières vécues par les immigrés, faites de difficultés et de préoccupations aussi diverses que disparates, du fait des spécificités des différents territoires d’accueil, ne peuvent être portées que par nous-mêmes. Voilà tout ce qui fonde notre revendication à être représentés là où les décisions politiques qui nous engagent et qui impactent notre sort sont prises. Que nous soyons 10 ou 15, nous le méritons de par notre nombre, plus de trois (3 millions d’individus), et de par notre apport politique, social, et économique. Combien de marches de protestations contre les violations constitutionnelles ont été organisées par ces immigrés devant le siège des Nations-Unies à New York, à Washington, à Paris, au Canada et ailleurs pour contribuer à la lutte du Peuple pour la sauvegarde de la démocratie et du progrès. Et, quelquefois dans des conditions climatiques et organisationnelles très difficiles.
Quiconque adhère à cette mesure qui répond à une vieille doléance des immigrés doit par la même occasion se garder de contester le nombre de 15 députés ou d’évoquer le coût d’un député immigré (billet d’avion aller-retour ou per-diem etc.) parce que simplement on participe à faire régner la confusion entre l’essentiel et l’accessoire. C’est pareil pour ceux qui évoquent la nature indésirable de l’Assemblée nationale ou ceux qui évoquent d’autres priorités comme la pauvreté à réduire, etc. pour rejeter cette mesure. Les représentants des Sénégalais de l’extérieur n’auront ni le pouvoir ni la prétention de changer quoi que ce soit, ils seront de simples mandataires qui comprendront leur mission pour la remplir comme ils peuvent ou la trahir, en posant dans l’Hémicycle, devant l’exécutif et à la face de la Nation et du monde, les angoisses et les espoirs tirés de notre vécu loin du territoire national. Ce qu’il adviendra de tout cela, l’histoire nous le dira. Mais pour l’heure, le seul combat qui vaille est de faire en sorte que toutes les composantes de la Nation soient impliquées dans le processus de décisions politiques pour réparer une discrimination entretenue depuis l’indépendance, pour combattre l’injustice faite à une partie intégrante de la Nation.
Les Assises nationales qui ont eu le mérite de faire le diagnostic du mal du pays, n’ont pas omis de consigner noir sur blanc cette recommandation d’avoir des représentants des Sénégalais de l’extérieur au niveau de l’As­semblée nationale. Exigence de la démocratie participative.
Les Sénégalais de l’extérieur feront de leurs représentants ce qu’ils veulent qu’ils soient, pas Macky Sall ou un autre ; et de même, le Peuple fera de son Assemblée nationale (et de toutes ses institutions) ce qu’elle veut qu’elle soit. Car seul le Peuple est capable des changements fondamentaux et c’est en poussant davantage qu’il obtiendra des victoires qui vont dans le sens de sa marche vers le progrès.
Fallou GUEYE
Membre du Rta-S
Ancien Président de l’Association des Sénégalais d’Amérique
Asa-Usa

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