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47 listes seront en compétition pour les élections législatives du 30 juillet 2017. C’est assurément une première que des joutes électorales soient autant diversement disputées au Sénégal. Cela peut donner l’idée d’une certaine vitalité de la démocratie sénégalaise, mais aussi révéler un réel désordre et même une immaturité de notre classe politique.

Les élections les plus onéreuses de l’histoire politique du Sénégal
On a coutume de dire que la démocratie a un coût. Pour organiser des élections régulières permettant l’expression sincère de la volonté populaire, l’Etat a le devoir de mettre les moyens nécessaires. Les élections législatives vont engloutir des dépenses folles pour le contribuable sénégalais. En effet, si on prend comme référence les prix pratiqués lors des élections de 2009 et qui n’ont pas changé depuis lors, les travaux d’imprimerie concernant les bulletins de vote coûteront plus de 150 millions de francs par liste. Il faudra imprimer pour chaque liste en compétition, conformément aux dispositions du Code électoral, un nombre de bulletins de vote égal à la totalité du corps électoral. Ce volume de bulletins devra être majoré de 20% afin de constituer un stock de sécurité au niveau des administrations en charge de l’organisation des élections.
La disposition avait été adoptée pour éviter tout manque de bulletins de vote qui pourrait être préjudiciable à une quelconque formation politique en compétition. A l’issue des dernières opérations de refonte du fichier électoral, le corps électoral est évalué à plus de 6 millions d’inscrits. D’aucuns se demandent déjà comment l’Etat du Sénégal va se débrouiller avec un tel volume de travaux de préparation, dans des délais si courts, d’autant qu’il est de notoriété publique que les imprimeurs qui ont pignon sur rue au Sénégal n’auront pas la capacité de réaliser de tels travaux.
Le contribuable sénégalais peut être amer et révulsé par cette propension à constituer des listes  par des hommes et femmes politiques, juste pour se gargariser d’avoir été candidat à une élection nationale. Il y a véritablement des listes sans aucune ambition ou sans aucune illusion. On trouve du tout dans les listes déposées. Par exemple, que de nombreuses listes n’arrivent pas à être complètes. Des formations politiques n’ont manifestement pas réussi à trouver quelque 300 personnes à investir pour compléter leurs listes avec les candidats titulaires et leurs suppléants. Et pourtant, elles escomptent engranger des dizaines de milliers d’électeurs pour pouvoir faire élire un seul député. Ainsi, des circonscriptions électorales n’ont pu être pourvues, faute de candidats à y présenter. Il s’y ajoute que la rareté des militants à investir a été telle que certaines listes concurrentes ont eu à investir quelques mêmes personnes.
Des initiateurs de listes, parfaitement conscients de leurs limites de ne pouvoir engranger un nombre de voix à concurrence du quotient électoral, ont quand même pu s’arranger pour trouver une caution de 15 millions de francs pour pouvoir entrer en complétion et glaner quelques suffrages qui pourraient leur rapporter un unique siège de député à la faveur du «plus fort reste». Ainsi, la caution leur sera intégralement remboursée et pendant ce temps, l’Etat du Sénégal aura fini de dépenser des centaines de millions de francs pour permettre l’entrée en lice de la liste.
Les autres aberrations qui seront constatées aux prochaines élections seront liées à de gros risques de confusion des listes. Il sera difficile pour les imprimeurs de bien distinguer 47 couleurs de liste et la porte est grande ouverte à de multiples votes par erreur. Dans l’histoire électorale du Sénégal, on avait déjà vu de malins leaders politiques qui cherchaient à faire ressembler, le plus possible, les couleurs de leurs listes à celles de grandes coalitions ou formations politiques dans le but manifeste d’induire certains électeurs analphabètes ou malvoyants à choisir par erreur leur bulletin à la place de celui qu’ils auraient voulu choisir.
On est également parti pour assister aux opérations électorales les plus lentes de l’histoire politique du Sénégal. Déjà, lors des élections législatives de 2012, à l’occasion desquelles 24 listes étaient en compétition, les heures de fermeture des bureaux de vote avaient été prolongées jusque tard le soir. Pourtant, seuls quelque 1 million 968 mille 852 électeurs avaient pu accomplir leur devoir d’électeur. On imagine bien ce qu’il en sera le 30 juillet 2017 surtout que chaque électeur sera tenu de prendre le temps nécessaire pour se munir de l’ensemble des bulletins de vote avant d’entrer dans l’isoloir.
Au lendemain du scrutin, les rues seront jonchées de bulletins de vote ; ce qui contribuera à la dégradation de notre environnement urbain. Sans compter les affiches et autres supports de propagande les plus nuisibles pour la quiétude des citoyens (voir notre chronique en date du 29 mai 2017 intitulée : «Au secours les élections arrivent !»). On ose espérer que le législateur tirera les conséquences de ces élections du 30 juillet pour mieux organiser et assainir le processus électoral.

Wade versus Farba Senghor : Le comble !
En 2012, sur les 24 listes en compétition, seules 8 avaient pu obtenir des sièges de député. On peut se demander combien de listes obtiendront des sièges à l’issue du scrutin du 30 juillet prochain. Il y a un adage qui dit que «quand on a touché le fond, on ne peut que remonter», mais l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, démontre le contraire. Il avait fini de toucher ce que nous croyons être le fond, mais il continue de creuser. Quelle est l’idée d’être candidat aux prochaines élections législatives ? Abdoulaye Wade est parti ainsi pour réaliser son plus mauvais score électoral depuis la création du Parti démocratique sénégalais (Pds) en 1974. Déjà en 2012, la coalition conduite par le Pds n’avait pu obtenir que 12 sièges de député alors que ce qui restait encore du Pds a volé en éclats entre-temps.
A ces élections législatives du mois prochain vont s’aligner une flopée de coalitions issues de la coalition du Pds de 2012 et qui sont dirigées notamment par Modou Diagne Fada, Aïda Mbodji, Serigne Falilou Mbacké, Mamour Cissé, Serigne Mbacké Ndiaye, Ousmane Ngom et Farba Senghor. Sacrilège ! Abdoulaye Wade en compétition avec Farba Senghor ! Tout cela va traduire un émiettement des votes traditionnellement favorables au Pds. A cela il faudra ajouter une certaine rupture de ban pour ne pas dire une débandade de caciques de ce parti comme les Souleymane Ndéné Ndiaye, Iba Der Thiam, Habib Sy, Samuel Sarr, Pape Samba Mboup, entre autres. Et comme si tout cela ne suffisait pas, des voix s’insurgent contre la coalition de Abdoulaye Wade émanant de responsables politiques qui découvrent avoir été investis à des positions qui ne leur conviennent pas comme la député Aïda Gaye ou les anciens ministres Cheikh Sadibou Fall et Aminata Lô, entre autres. Tout porte à croire que les divisions constatées dans les rangs de l’opposition vont s’accentuer à la faveur des joutes de la campagne électorale.
Abdoulaye Wade a été investi pour diriger la liste du Pds parce que Oumar Sarr et Mamadou Diop Decroix, notamment, estiment que les Sénégalais ont une certaine nostalgie de l’ancien Président du Sénégal. C’est comme si le Peuple sénégalais est amnésique. Qui a déjà oublié les années Wade, caractérisées par des abus de toutes sortes, une gouvernante prédatrice, violente et ubuesque qui faisait du Sénégal la risée du monde ? Qui a déjà oublié que Abdoulaye Wade avait marché sur plus de douze cadavres de jeunes gens sur la Place l’Obélisque pour pouvoir être candidat à la Présidentielle de 2012 qu’il cherchait ainsi à usurper ? Qui a oublié que le même Abdoulaye Wade était si conscient de l’état des finances publiques du Sénégal qu’il nous annonçait que deux mois après son départ du pouvoir les salaires des fonctionnaires ne seraient plus assurés ? Qui a pu oublier que Abdoulaye Wade avait consacré toute son énergie et son intelligence pour installer son fils Karim Wade à la tête du Sénégal ? Il faut vraiment oser insulter les Sénégalais pour leur dire dans le blanc des yeux qu’ils ont la nostalgie de Abdoulaye Wade.

«Lambi golo», les compétiteurs s’exposent aux coups
Quelle image le Pds renvoie-t-il à la population sénégalaise en demandant à un vieillard de plus de 93 ans de battre campagne pour se faire élire député ? Quelle ambition les ténors du Pds ont-ils pour eux-mêmes et pour le Sénégal ? C’est d’ailleurs une tromperie ignoble, car tout le monde sait que Abdoulaye Wade ne siégera pas à l’Assemblée nationale, une fois élu. D’ailleurs, il s’était toujours distingué par un absentéisme récurrent des travaux parlementaires du temps où il était encore fringant et disposait de toute son énergie et de surcroît il n’était pas encore devenu président de la République.
On vient encore une fois de pousser le Président Wade dans le ridicule et lui-même accepte d’y tomber. Il faudra demander à Valérie Giscard d’Estaing qui avait tenté la même opération de come-back politique à la base en France ou à Nicéphore Soglo au Bénin. En outre, Abdoulaye Wade s’expose dangereusement à la politique politicienne. En descendant dans l’arène pour battre campagne, il encaissera des coups qu’il pouvait s’épargner et provenant de la part de ses adversaires et même des militants de son parti, frustrés pour diverses raisons.
Cette situation vaut aussi pour tous les chefs religieux et personnalités de la société civile qui ont choisi de descendre dans l’arène politique. Que personne ne vienne parler d’irrévérence à l’endroit d’un candidat durant la campagne !  Le guide religieux qui choisit de briguer les suffrages des électeurs sera traité comme tous les autres compétiteurs. Ils doivent connaître le fameux jeu du «lambi golo» qui consiste en un véritable combat entre tout le monde et contre tout le monde et sans aucune règle de jeu.

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