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Des images d’exécution et de décapitation  – «Je les ai téléchargées pour ma connaissance personnelle»

Des films où les jihadistes exécutent de manière atroce leurs victimes ont été retrouvés au domicile de imam Alioune Badara Ndao et projetés hier par la Chambre criminelle du Tribunal de grande Instance de Dakar qui le juge actuellement. Interpellé sur l’utilité de ces images, imam Ndao a argué la thèse de la documentation en vue d’une con­naissance personnelle.

Suite à son interpellation, la perquisition de la maison de l’imam Alioune Ndao a permis de saisir des documents, des appareils téléphoniques, des tablettes et un ordinateur. Mais l’exploitation faite de l’ordinateur a révélé la présence d’une pléthore de vidéos qui portent sur les décapitations, les camps d’entraînement, Boko haram et l’Etat islamique. Selon l’arrêt de renvoi, il y en a une trentaine. Mais d’après l’imam Alioune Ndao en personne, il  y en a plus d’une centaine. «Ce sont des centaines de vidéos. Je suis un chercheur. Et tout ce qui se passe dans le monde m’intéresse. J’ai fait des recherches sur l’Etat islamique, Israël, Al-Quada, l’Afghanistan, la Birmanie, la Centrafrique, l’Iran, de l’Iraq. Je ne sais pas pourquoi parmi ces centaines de vidéos, on n’a voulu en sélectionner 30 seulement», a-t-il dit à l’attention de la chambre.
Mais pour dissiper les nuages qui entourent ces vidéos, la Chambre criminelle a décidé de procéder au visionnage de ces films. Une proposition rejetée par la défense qui prétend n’avoir pas reçu communication de ces documents.
En prenant la parole, le juge a précisé que la chambre n’est pas partie au procès, mais qu’avant le procès, il a été tenu une conférence au cours de laquelle les avocats de la défense avaient exprimé le besoin de disposer du dossier.  C’est dans ce sens que la version intégrale leur a été communiquée sur une clé Usb de 32 G sur fonds propres. D’après le juge Samba Kane, la clé contient bien le fichier du dossier imam Ndao et la compilation de 11 Cd.

Scènes d’horreur
Face à de telles preuves, la défense a accepté que les vidéos soient diffusées. Mais ces films n’ont rien à envier aux films d’horreur. Les uns aussi bien que les autres présentent un traitement inhumain des victimes, certaines personnes sont fusillées. Aux autres, ils leur faisaient sauter la cervelle. Les vidéos ont montré aussi des militaires syriens  mutilés, d’autres ligotés avant d’être arrosés d’une pluie de balles. On pouvait aussi voir des maisons incendiées par les jihadistes.
Même le public avait du mal à supporter ces scènes horribles dignes d’un autre âge. Les plus émotifs ont même quitté la salle d’audiences pour ne pas voir ces images. A la question du juge de savoir à quelles fins l’accusé a téléchargé ces vidéos, imam Ndao dit avec sérénité que c’est pour sa connaissance personnelle. «C’est une obligation pour moi de savoir ce qui se passe chez tous les musulmans du monde. Selon moi, on ne règle pas un problème par la force. Je n’avais pas l’intention de diffuser ces images pour un public précis. J’ai téléchargé la vidéo sur Google», répond le guide religieux selon qui beaucoup de ses élèves se trouvent dans la salle d’audiences, mais aucun d’eux n’a songé à faire le jihad.

Des jeunes incités au jihadisme par un homosexuel
Pour se donner bonne conscience, il tente de convaincre : «Si je prônais le jihad, je serais le premier à descendre sur le terrain.» Le juge Samba Kane n’est pas très convaincu d’une telle déclaration. «Mais il y a des femmes qui se trouvent chez vous et dont les maris se trouvent au front. Est-ce que vous ne devez pas clarifier votre discours ?», lui a-t-il signifié. La réponse de l’imam ne s’est pas fait attendre. «Mon discours est très clair. Je ne peux pas concevoir que ces tueries soient commises par des musulmans», a-t-il rétorqué.
L’imam Alioune Ndao n’est pas d’avis que ce sont des musulmans qui commettent des actes terroristes. Selon lui, l’attentat du Tibet a été commis par un homosexuel. Et c’est le même homosexuel qui a aussi provoqué l’attentat de Paris. A l’en croire, ce dernier recrute des jeunes pour les inciter à commettre des attentats.
Mais le juge de lui rappeler les propos de Mactar Diokhané à l’enquête qui disait que la démarche de Imam Ndao était proche de celle d’Al Quaida. Mais mieux, poursuit le juge, quand les enquêteurs lui ont posé la question de savoir s’il est un jihadiste, il a répondu : «Pur et dur !» En réponse, imam Ndao trouve que Mactar Diokhané s’est trompé en tenant de tels propos. Il récite des sourates qui mettent l’assemblée composée majoritairement d’ibadous dans l’extase.
Au domicile de l’accusé, il a été aussi trouvé une arme et des seringues. Interpellé sur leur provenance, Ndao a soutenu qu’il s’agit d’un pistolet artisanal qu’il s’était procuré pour assurer la sécurité de sa famille, parce qu’il est un agriculteur et possède aussi un cheptel qu’il veut sauvegarder. D’après lui, le pistolet tout comme les munitions ne fonctionnent plus. Quant aux seringues, il argue qu’elles sont destinées à la vaccination des poussins.

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