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La visite historique du président de la République dans l’île à Morphil avait suscité beaucoup d’espoir pour les populations. Tous, comme un seul homme, avaient à juste raison salué cette visite qui marquait un début de solutions aux multiples préoccupations des insulaires. Toutefois, un an après cet évènement célébré en grande pompe, la situation n’a pas eu une évolution positive dans bien des domaines.
Le réaménagement des cuvettes de Pathé Gallo à Cas-Cas qui, en soit, est une excellente chose parce que devant permettre de booster la productivité et de contribuer à l’atteinte de l’autosuffisance en riz à l’horizon 2019 se révèle au contraire comme une véritable catastrophe. Pour cause, un manque de sérieux dans la non-prise en compte des réalités endogènes dans tout le processus de mise en œuvre.
D’abord dans la phase préliminaire, la non-implication des populations a eu comme conséquence une reconfiguration du plan d’aménagement, plongeant les populations aujourd’hui dans un conflit lié à la difficulté de répartition des parcelles. En d’autres mots, les lopins initialement de 20 ares sont transformées en des parcelles de 50 ares, rendant difficile la répartition. Il s’y ajoute que des surfaces ont été abandonnées dans certains cas, réduisant ainsi la superficie aménagée.
Par ailleurs, le non-respect des délais d’exécution et de livraison a eu pour conséquence de plonger toute la zone dans une famine indescriptible (le kilo de paddy est vendu à 125 F dans la zone). Aucune mesure d’accompagnement n’a été prévue pour soulager les populations durant la période de réfection des cuvettes. Pourtant en 2011-2012, avec le réaménagement des cuvettes de Ngalanka par le Mca, les populations impactées par le projet avaient reçu un dédommagement à coût de millions sur une période plus restreinte.
Non content de ce sabotage et ce manque de vision, sans considération aucune pour les populations, piétinant leur dignité, abusant de leur confiance et de leur patience, le gouvernement n’a trouvé comme solution que d’envoyer des miettes pour nourrir une clientèle politique et fortifier les bases du parti au pouvoir et non pour soulager les maux de ces populations.
Longtemps, les populations vulnérables de ce pays ont été soutenues par les pouvoirs publics. Ce soutien était apporté dans la plus grande discrétion, sans tapage médiatique. Mais surtout, ce soutien sous forme de biens en nature (riz, mil, huile, lait, semoule, maïs) était de loin plus acceptable que celui adopté par le régime en place, avec des miettes en espèces qui ont fini de créer un malaise dans tous les villages où ces sommes ont été reçues. L’on se demande alors qui sont les initiateurs de cette forme d’assistanat qui ne tient plus compte de la dignité humaine, de la solidarité et de l’entraide dans la discrétion la plus totale. Comment un Etat qui se respecte peut-il faire fi des valeurs fondamentales d’une Nation ? Comment un pays qui se veut émergent travaille-t-il à appauvrir ses populations et à les ravaler au rang de clients électoraux sous les ordres de politiciens professionnels dont le seul objectif est de maintenir leurs avantages ?
Les populations de l’île à Morphil constatent avec amertume et désolation que les pouvoirs publics et le parti qui les incarne se soucient beaucoup plus de leur maintien à la tête de l’Etat que de permettre d’arriver à un développement harmonieux et durable. Dans tous les secteurs y compris celui de l’énergie, l’équité dans la redistribution des ressources dont parlait le Président Macky Sall se traduit dans le terrain en une véritable discrimination. La dorsale Nord tant chantée par le président de la République, lors de sa visite à Démette le 7 mars 2017, est restée jusque-là une grosse déception. Le contrat d’exploitation de cette dorsale spolie les populations plus qu’il ne les avantage. En effet, au lieu de demander aux populations de payer ce qu’elles consomment en énergie, on les oblige, en sus des frais de compteur, un achat minimal de 10 mille F par mois, plus le coût de l’énergie consommée. En plus de cette forfaiture, on leur impose des tranches limitant les niveaux de consommation et remettant en cause la liberté du consommateur.
Inauguré depuis un an, ce programme d’électrification, parce que mal négocié, peine encore à démarrer et à profiter aux populations pour lesquelles il est censé être mis en place.
Chères populations de l’île à Morphil, il est temps de nous mettre debout comme un seul homme et de dire non à ces formes de politique qui nous maintiennent dans la précarité et la sous-dépendance.
Non à des projets qui nous appauvrissent !
Non à la spoliation et à la dévalorisation de nos terres !
Non au piétinement de nos valeurs cardinales !
Vive l’île à Morphil unie pour des projets rentables par et pour les populations !
Ibrahima SAKHO
enseignant-chercheur à la Fastef

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