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Karim Wade est frappé par l’article L57 et L31 du Code électoral. C’est la lecture de Déthié Faye. Le leader du parti Cdr/Fonk sa kaddu estime d’ailleurs que l’opposition a manqué de vigilance sur cette question lorsque le projet de loi a été envoyé à l’Assemblée nationale. Avec la coalition Union pour une alternative démocratique et citoyenne/Wa askan wi dont il est le coordonnateur, M. Faye et ses alliés ont échangé avec des candidats de l’opposition, mais n’excluent pas non plus des discussions avec Macky Sall.

Vous aviez dénoncé le système de parrainage depuis le début. Vous le maintenez toujours ?
Oui, ce qui se passe actuellement sur le terrain montre que nous avions raison d’émettre beaucoup de réserves et d’exprimer notre opposition au parrainage tel que voulu par la majorité. Nous avions dit en son temps que le Sénégal n’était pas suffisamment outillé pour procéder à la vérification et à l’authentification des signatures. Même la société civile qui, à un moment donné, s’était battue pour que le parrainage ait lieu a fini par exprimer ces derniers jours sa préoccupation, relativement à la possibilité de procéder à une vérification judicieuse des signatures. Il faut dire aussi que le contexte actuel, marqué par un déficit de confiance entre les acteurs, fait que le parrainage citoyen est difficilement contrôlable et, donc, porteur de tensions. Parce que demain, quand des candidatures seront invalidées, nous tirerons ainsi les bases de contestations pré-électorales et, peut-être, une instabilité postélectorale. C’est la raison pour laquelle nous continuons à considérer que ce parrainage citoyen devra tôt ou tard être revu et corrigé si nous voulons véritablement consolider notre démocratie.

Ça sera certainement après la Présidentielle ?
Ça sera nécessairement après la Présidentielle parce que de toute façon nous sommes des républicains. On dit que la loi est dure, mais c’est la loi. Nous considérons que c’est une mauvaise loi, mais dès l’instant qu’elle est une loi, elle s’applique à tous. C’est la raison pour laquelle tous ceux qui étaient contre le parrainage sont sur le terrain en train de collecter des signatures.

A votre avis, est-ce la vigueur de ce parrainage-là qui expliquerait le retrait de certaines candidatures depuis un certain temps ?
Il est évident que le parrainage pose problème. Et nous qui sommes sur le terrain, nous savons que ce n’est pas facile d’autant plus que la majorité en a fait une période d’ouverture de marché, de négociations avec beaucoup d’argent qui circule. Ce qui fait que quand, par exemple, la majorité dit qu’elle veut 3 millions de parrainages qui ne seront pas déposés, c’est un moyen de bloquer les autres candidats. Certains opposants ont joué le jeu et nous l’avons condamné lors de notre point de presse du 15 septembre. Ils ont joué sur le même tempo en déclarant vouloir 1 million ou 500 mille signatures etc. Les acteurs politiques, dans leur globalité, doivent se ressaisir pour comprendre que la consolidation de la démocratie a ses exigences auxquelles nous devons tous nous plier.

Vous avez eu à dire que le parrainage est un «moyen d’éliminer les candidats gênants». Etait-ce une allusion aux cas Karim Wade et Khalifa Sall ?
Pour le cas de Karim Wade, j’avais dit en son temps qu’il ne devait pas être jugé par la Crei qui ne devait même pas être réactivée. Nous avons des juridictions compétentes qui ont suffisamment de personnes outillées pour pouvoir poursuivre tout Sénégalais et de le condamner éventuellement s’il a fauté. Mais il a été jugé et condamné, et la loi c’est la loi. L’article L31 du Code électoral qui est en vigueur au Sénégal depuis presque 1992 dispose que «quand on est condamné à plus de 5 ans, on ne peut plus être dans le fichier électoral». Je rappelle qu’en 2010, quand les auditeurs de l’Union européenne ont audité le fichier, ils avaient fait une recommandation pour que cet article-là soit revu. Mais jusqu’à aujourd’hui, cela n’a pas été fait. Et c’est cet article qui frappe Karim Wade.

Pourtant, les gens ont parlé d’une nouvelle introduction de cet article-là…
Non, ce n’est pas une nouvelle introduction. Quand le projet de loi a été à l’Assemblée nationale, c’est là où l’opposition a manqué, selon moi, de vigilance. Parce que les gens ont débattu sur des questions préjudicielles alors qu’il y avait des réformes de fond qu’il fallait aborder dès le départ pour faire comprendre au Peuple sénégalais que ceci ne correspond pas à une volonté réelle de consolidation de la démocratie. Alors, il y a l’article L57 du Code électoral qui a été modifié cette année. Donc, tout le problème de Karim Wade vient de l’article L57.

Qui dit quoi ?
Qui dit que quand on n’est pas électeur, on ne peut pas être candidat. Ça c’est une modification qui a été introduite cette année. Les années précédentes, on pouvait ne pas figurer dans le fichier électoral et être candidat. C’est ce qui fait que quand on enlevait quelqu’un du fichier électoral ça n’avait jamais posé problème. Mais cette année, ils ont rajouté cette disposition qui fait qu’une fois qu’on est condamné à une peine de plus de 5 ans, la personne ne sera plus dans le fichier. Et on ajoute maintenant que quand on n’est pas électeur, on n’est pas éligible. C’est cela la nouveauté. Ce n’est pas l’article L31 qui est plusieurs fois évoqué. Et l’autre problème, c’est que d’autres candidats pourraient être victimes de ce parrainage au niveau du contrôle parce que jusqu’à présent le Conseil constitutionnel n’a pas communiqué sur la procédure à utiliser pour la vérification des signatures et sur la présence ou non des représentants des candidats ?

C’était dit par le ministre de l’Intérieur, non ?
Mais c’est une recommandation. Le statut du Conseil constitutionnel fait que vous ne pouvez pas lui donner des instructions. Donc, les concertations entre acteurs politiques avaient indiqué qu’il serait souhaitable de mettre en place une commission de vérification et de validation du parrainage. Nous avions voulu que cela soit mentionné dans le Code électoral. Ce qui n’a pas été fait parce qu’on a estimé que cela risque d’empiéter dans les attributions du Conseil constitutionnel. C’est le Conseil constitutionnel qui doit aujourd’hui comprendre qu’il a un rôle extrêmement important à jouer pour restaurer la confiance entre acteurs politiques.

Appelez-vous le gouvernement à mettre en place cette commission de vérification pour rassurer les acteurs ?
Pour l’élection présidentielle, il n’y a que le Conseil constitutionnel qui est compétent. C’est lui qui doit communiquer très tôt avec l’opinion pour lui dire quel est le dispositif qui sera mis en place et qui est de nature à rassurer tous les acteurs.

On conçoit mal que le Conseil constitutionnel partage ses pouvoirs avec des partis politiques…
Non, il ne s’agit pas de partager, mais d’informer, c’est-à-dire au moment de la vérification, que chaque candidat soit représenté au moment de la validation ou de l’invalidation des signatures. Mais si le Conseil constitutionnel s’enferme et sort pour dire qu’untel a déposé 70 mille signatures, mais qu’il y en a 2 mille qui sont des doublons alors qu’au moment de la vérification votre représentant n’est pas présent, on ouvre la voie à toutes les contestations. Il ne s’agira pas dans cette commission de créer des débats, mais de mettre en place une commission par le Conseil constitutionnel.

En amont, est-ce que ce n’était pas au gouvernement de prévoir cette commission de vérification dans le Code électoral ?
Si vous le faites figurer dans le Code électoral, le Conseil constitutionnel peut dire qu’il n’est pas engagé. Donc, comme je l’ai dit, c’est le Conseil qui est mis devant ses responsabilités. De son attitude, des décisions qu’il aura à prendre dépendront pour beaucoup la stabilité et la sérénité d’élections apaisées au Sénégal. C’est pourquoi nous l’invitons à communiquer très tôt sur la question.

Vous êtes du Pôle des non-alignés pour les concertations sur le processus électoral. Aujourd’hui, vous vous êtes alignés au pouvoir ou dans l’opposition ?
Nous avons analysé la situation politique en perspective de la Présidentielle de 2019. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place une coalition dénommée l’Union pour une alternative démocratique et citoyenne/Wa askan wi qui regroupe une dizaine d’organisations. Cette coalition dont je suis le coordonnateur a d’abord élaboré une charte pour définir les objectifs et les ambitions qu’elle se fixe, mais aussi pour un projet de société. Nous avons en notre sein des leaders qui se sont déjà manifestés comme étant susceptibles d’être candidats à la candidature et qui ont récupéré les documents de parrainage. Et tous ces partis-là sont sur le terrain en train de collecter des signatures. Maintenant, l’Union pour une alternative démocratique et citoyenne n’exclut pas, pour l’intérêt du Sénégal, de discuter avec les autres candidats pour créer des convergences. Nous avons déjà rencontré près de 6 candidats qui se réclament de l’opposition sur leur demande. Nous avons discuté franchement et en profondeur sur les questions fondamentales que nous considérons comme étant celles qui doivent être prises en charge si véritablement nous voulons l’avènement d’une alternative démocratique et citoyenne.

Est-ce à dire que vous excluez un soutien au candidat Macky Sall ?
Nous ne l’avons pas dit. La coalition estime qu’il peut y avoir une élection en un tour, comme en deux tours. Dans chaque cas de figure, il y a nécessité de connaître tous les candidats, leur projet de société pour pouvoir en toute connaissance se prononcer par rapport à une éventuelle entente avec ce candidat-là. Ce qui a fait que ces six candidats-là ont souhaité à nous rencontrer. Nous les avons rencontrés et nous avons discuté. Après le Magal, les concertations vont se poursuivre et nous pensons qu’avant la fin du parrainage nous parviendrons à trouver une plage de convergence avec l’un des candidats sur le terrain.

Il y a un autre problème, celui du fichier et de la distribution des cartes d’électeur. Qu’en dites-vous ?
Le fichier électoral, audité par l’Union européenne, a révélé un certain nombre de dysfonctionnements. Les auditeurs ont retenu 38 recommandations pour le rendre beaucoup plus fiable. Dans la situation actuelle, il ne fait pas de doute qu’il y a beaucoup d’inquiétudes. Je ne parle pas simplement de ceux qui ont été enrôlés lors de la révision exceptionnelle des listes électorales. Avant les élections de juillet 2017, il y avait beaucoup d’électeurs qui n’avaient pas leur carte. Cette situation perdure et les informations qui doivent permettre à ces citoyens de savoir pourquoi ils ne parviennent pas à avoir leur carte ne leur sont pas encore clairement fournies.

Il y en a qui ne sont pas allés récupérer leur carte qui pourrissent dans les commissariats…
S’il ne reste que ça, je pense qu’il n’y aura plus de critiques majeures. Le vote n’est pas obligatoire et, par conséquent, une personne peut ne pas retirer sa carte et peut ne pas voter. Là où l’administration électorale doit faire des efforts, c’est sur les cartes qui faisaient objet de litige, qui n’avaient pas pu être confectionnées. Et de toute façon, si vous allez dans les préfectures, vous y trouverez encore des cartes de 2006 qui n’ont pas été retirées. C’est lié un peu au format qui a été utilisé lors de la refonte partielle du fichier électoral parce qu’il y avait ce qu’on appelle la compétence nationale. Ce n’est pas le cas pour les nouvelles cartes. Donc, si la direction générale des Elections a fait le travail et que la Daf a confectionné les cartes, normalement tous ceux qui se sont fait enrôler doivent aller au niveau de la commission où ils étaient enrôlés pour pouvoir retirer leur carte. Mais faudrait-il que toutes les cartes soient fabriquées et remises aux autorités administratives.

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