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Un professeur de mathématiques était hier à la barre pour les délits de «viol, de détournement de mineure, de corruption sur mineure et de détention de données à caractère personnel». Doudou Diakhaté risque 5 ans d’emprisonnement ferme.

Dans un récent rapport, l’Ong Human rights watch dénonçait le harcèlement sexuel en milieu scolaire au Sénégal. La publication du document a créé un vif tollé de la part des syndicalistes et du ministère de l’Education nationale. Hier, le cas d’un enseignant et de son élève a fait l’objet de plusieurs heures de débat devant le juge des flagrants délits du Tribunal de grande instance de Dakar. Il s’agit d’un professeur de mathématiques qui exerce depuis 9 ans au lycée des jeunes filles John Fitzgerald Kennedy. Le procureur a requis 5 ans de prison ferme contre le nommé Doudou Diakhaté. Le prévenu est aussi conseiller pédagogique au Complexe académique DakarEdu, sis au Point E et où étudie la fille M.T.T, âgée de 17 ans.
A l’enquête comme à la barre, l’élève a persisté qu’elle a entretenu des rapports sexuels avec son prof à plusieurs reprises. Selon elle, au début elle avait refusé les ébats sexuels avec son prof, mais elle a fini par accepter un jour. Les minutes de ces instants d’intimité qui durent 44 mn ont été enregistrées par la supposée victime. Pour quelle raison ? D’après elle, elle l’a fait sur recommandation de ses copines qui l’avaient mise en garde, parce que son professeur détenait une image compromettante d’elle.
D’abord, le prévenu a persisté et signé qu’il n’a jamais entretenu une quelconque relation sexuelle avec M. T. T. Quant au son en question, le mis en cause atteste qu’il reconnaît la voix de la fille, mais que la voix «qu’on lui a attribué n’est pas» la sienne.
Ce n’est pas tout dans ce dossier. «Je veux voir ton sexe. Je veux voir ton cul de face. Je cherche une ambulance au cas où il y aura une attaque cardiaque.» Ce sont là les propos du mis en cause envoyés à la demoiselle par sms. Dans leurs échanges, la fille écrivait à son tour, «tes gémissements me manquent, ton corps me manque». Sur ce point, M. Diakhaté dit avoir joué le jeu pour rentrer en possession de la vidéo des ébats sexuels que M. T. T avait eus avec le surveillant de l’école, un certain M. Ba, pour éviter que l’affaire ne crée un scandale dans l’établissement parce que, dit-il, la fille lui avait montré quelques secondes de ladite vidéo. Le mis en cause a parlé de harcèlement de la part de la supposée victime. «Elle n’a jamais produit de résultats probants à l’école. Son activité principale était de piéger les responsables de l’école», accuse M. Diakhaté.
Cette affaire a été ébruitée le jour où la grand-mère de la fille a découvert le contenu du téléphone de sa petite fille. Après les discussions entre les deux parties qui n’ont pas abouti, la famille s’est résolue par la suite à porter plainte.
Au Tribunal, M. T. T a déclaré qu’ils sortaient ensemble et que le mathématicien lui faisait miroiter un projet de mariage. Ce que le concerné a réfuté catégoriquement.
Face aux questions des avocats de la défense, elle a admis également qu’elle a eu des relations amoureuses avec plusieurs garçons de l’école. «La récurrence des abus sexuels dans les établissements commencent à être inquiétante. Silence, on viole !, serait-on tenté de dire. Ce qui est dramatique, inadmissible. Il y a des éléments, personne ne pourra les écarter de ce dossier. Il y a viol, c’est indiscutable», a fulminé Me Ousseynou Ngom de la partie civile. Selon lui, le certificat médical qui a constaté la défloraison ancienne de l’hymen avec des lésions nettes est édifiant. Pour lui, «la thèse du complot ne pourrait prospérer. La thèse des relations sexuelles est établie de façon indiscutable. Un consentement ne peut pas avoir une valeur juridique dans une relation entre un enseignant et son élève». Et son confrère, Me Samba Bitèye, n’a pas hésité à qualifier l’enseignant d’«un prédateur qui est dans un lycée de jeunes filles».
Le procureur a écarté le délit de viol car, pour lui, la minorité est une simple présomption d’immaturité. En revanche, le représentant du ministère public a retenu les infractions de «détournement de mineure, de corruption sur mineure et de détention de données à caractère personnel».
La défense a d’emblée plaidé le renvoi de son client des fins de la poursuite sans peine, ni dépens. «Ce dossier est une constellation de contradictions. Aucune preuve de cette culpabilité n’a été rapportée. Vous n’avez aucun élément probant pour entrer en voie de condamnation», a remarqué Me Seyba Danfakha. Sur la même lancée, Me Denis Sylva a laissé entendre qu’«il n’y a jamais eu de conjonction sexuelle». Me Bamba Cissé a ajouté que toutes les infractions doivent être écartées.
L’affaire a été mise en délibéré à vendredi prochain.
msakine@lequotidien.sn

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