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Pour sa première en terre africaine depuis son installation en tant que directrice générale du Fonds monétaire international (Fmi), Kristalina Georgieva a attendu une nouvelle voix de l’Afrique sur les taux d’intérêt appliqués aux pays du vieux continent quand il s’agit de dette et d’investissement. La conférence internationale sur «Déve­loppement durable et dette soutenable : trouver le juste équilibre» a été une bonne tribune pour les chefs d’Etat présents à la rencontre de jeter un regard critique sur le problème lors de leurs allocutions d’ouverture.
«Dans l’histoire des Nations, la question de la dette a souvent nourri interrogations et débats voire concordance aussi bien entre spécialistes qu’au sein des opinions publiques», a ainsi relevé Macky Sall. «Lorsqu’il s’agit d’investir en Afrique, la perception du risque est toujours exagérée, les notations sont exagérées, ce qui a pour conséquence immédiate le renchérissement de l’investissement», a souligné le Président Sall, parlant à ce propos de «préjugés et regards stigmatisants» qui handicapent ainsi l’Afrique à ce sujet. «Nous devons travailler à déconstruire cette perception largement répandue en matière d’investissement et d’endettement», a expliqué le Président sénégalais, considérant qu’elle demeure infondée. Il a évoqué à ce titre des tendances qui consolident son idée. «La dette publique (africaine) est passée de 35% au début des années 2000 à 55% du Pib en 2016. Sur la même séquence temporelle, la tendance foncière a été confirmée au niveau global. L’endettement public et privé global a atteint en 2018 un niveau record de 184 mille milliards francs Cfa (84 mille milliards de dollars), représentant 225% du Pib mondial», a-t-il ainsi justifié. «L’Afrique ne doit pas être désignée comme le principal coupable. Il faut traiter le problème avec un regard nouveau et audacieux», a encore noté Macky Sall.
Le Président Patrice Talon s’est montré aussi circonspect à la lecture des intérêts avancés pour les pays d’Afrique et qui ne se retrouvent nulle part ailleurs à travers le monde. «En Asie et ailleurs dans le monde, c’est un taux de 8% qui est appliqué et y accéder à 10 c’est le jackpot, alors qu’en Afrique on nous demande 30%», a déploré le Président du Bénin. Selon lui, l’endettement est une nécessité pour l’Afrique, «continent où tout est à faire», mais devra se faire sur des bases supportables. Sur cette même idée, il a été rejoint par le Président ivoirien, Alassane Ouattara, qui a regretté l’absence de crédit sur le long terme pour les Etats africains. «Il y a une mauvaise perception de l’Afrique. On ne nous fait pas de crédit long», a-t-il soutenu. M. Ouattara a en même temps souhaité que les débiteurs proposent des offres concessionnelles là où les Etats se doivent d’investir l’argent de la dette dans des projets productifs.

Dg Fmi : «Jouez sur le service de la dette de manière équilibrée»
La conférence tenue au Cicad pourrait être un nouveau départ, à en croire le Président Faure Gnassingbé. «Avoir le courage et l’audace de mettre ces points sur la table des partenaires est important, car il faut que cela change», a dit le Président togolais, considérant la dette comme un impératif pour porter le développement de l’Afrique vers le haut.
La nouvelle directrice générale du Fmi a appelé les Etats africains à «jouer sur le service de la dette de manière équilibrée». Selon elle, une bonne supervision de l’argent issu de la dette et l’augmentation des dépenses d’investissement sont des impératifs en ce sens. «Il est important d’investir dans des projets qui peuvent booster l’économie et aider à atteindre les objectifs de développement», a-t-elle précisé, en promettant le soutien de l’institution qu’elle dirige.
Tout comme ses pairs chefs d’Etat, le Président Mahamadou Issoufou a relevé la nécessité de recourir à la dette tout en relevant l’obligation d‘un réajustement vis-à-vis des Etats africains. Il a exhorté d’autre part à une mobilisation en interne des ressources pour permettre à l’Afrique d’atteindre les Odd. «Pour atteindre les Objectifs de développement durable, l’Afrique a besoin de 600 milliards de dollars chaque année jusqu’en 2030», a-t-il dit.
Des débats autour de thèmes sur «La soutenabilité de la dette», «L‘accroissement des investissements privés et étrangers», «Le renforcement des efforts des partenaires au développement», «Comment rendre le financement privé réellement transformateur», «Comment peut-on mieux dépenser et financer l’investissement» ont ponctué la rencontre qui a enregistré la présence du Président burkinabè, Roch-Marc Kaboré, ainsi que du Premier ministre du Mali Boubou Cissé.
abndiaye@lequotidien.sn

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