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Plus de trois décennies de conflit en Casamance continuent de marquer les esprits et les attentions. Plus de trois décennies d’assassinats, de meurtres, de désolation, de tristesse, de haine au sein des populations… La liste n’est pas exhaustive de facteurs ou d’éléments dégradants ayant accompagné la marche de la crise. Aussi, cela a-t-il poussé un observateur d’un des plus vieux conflits du monde comme le journaliste et écrivain René Capain Bassène – qui signe ainsi son deuxième ouvrage consacré à la crise casamançaise – à prendre sa plume pour, entre autres, aider le lecteur à mieux cerner les contours de l’irrédentisme casamançais, les facteurs de blocage de l’avènement d’une paix définitive tant souhaitée par les populations, l’absence de cohérence dans l’approche de l’Etat et de débat intellectuel sur la crise, mais aussi comment l’option prise par le Président Macky Sall pour la paix en Casamance – qui s’apparente plus ou moins à celle de son prédécesseur, au regard d’un autre observateur averti de cette crise, – risque de perdre ce dernier. Tout un cocktail qui compose le deuxième livre de M. Bassène intitulé : Casamance : récits d’un conflit oublié 1982-2014

Troisième partie
Les facteurs qui paralysent le processus de paix en Casamance
Pages 103-106
livre-casamanceParler des facteurs retardant le processus de paix en Casamance n’est pas chose aisée. S’y aventurer équivaut à s’exposer et à exposer sa vie. C’est automatiquement se mettre à dos toute la cohorte des différents groupes et lobbies qui vivent de ce conflit…
Abbé Augustin Diamacoune Senghor : «En Casamance, pendant que les uns construisent, les autres détruisent, car il y en a qui ne veulent pas de la fin de la guerre…»
Jean-Marie François Biagui, déclaration du 17 septembre 2010 : «…mais il y a aussi, et Dieu sait qu’ils sont nombreux, ceux qui sont devenus prospères grâce à l’industrie de guerre en Casamance, et qui tiennent à le rester coûte que coûte…»
Un ancien membre d’une Ong de défense des droits de l’Homme : «Je ne suis pas expert en la matière, je ne maîtrise pas non plus tous les aspects du conflit casamançais, mais par expériences acquises au cours de ma carrière internationale, je crois que le fait que cette crise semble ne pas intéresser la communauté internationale est lié à plusieurs facteurs liés au fait que :
– Ce n’est pas un conflit médiatisé et dont les conséquences (lot de tués, de torturés, de blessés et de mutilés) sont montrées dans les grandes chaînes de télévision internationales.
– C’est un conflit de basse intensité avec des accrochages et affrontements assez espacés dans le temps et qui ne produisent pas plusieurs centaines de morts et de blessés par mois voire par an. Il n’est pas enregistré ni révélé certaines scènes d’horreurs et de dérapages qui pourraient interpeller la communauté internationale.
– C’est un conflit très localisé. En réalité, les affrontements se déroulent sur une partie de la région de Ziguinchor, Sédhiou n’est affectée qu’en sa partie sud et Kolda pas du tout concernée par les combats entre militaires et combattants du Mfdc. Le conflit armé n’a jamais affecté la capitale Dakar et les autres capitales régionales telles que Saint-Louis, Thiès, Kaolack, Louga, etc.
– C’est un conflit qui n’intéresse pas les grandes Ong qui luttent pour le respect des droits de l’Homme. Il n’y a en réalité de nos jours aucune Ong de renommée mondiale qui est en train de travailler sur la problématique de la crise en Casamance. La seule institution qui a tenté à travers un rapport bien argumenté de porter les conséquences et violations des droits humains en rapport avec le conflit casamançais au niveau international est Amnesty international. L’Etat sénégalais, au lieu de prendre des mesures pour mettre fin à la situation d’impunité qui prévaut sur le terrain, a vigoureusement réagi à la suite de la publication du document en tentant de nier la vérité et en essayant d’apporter des explications qui n’ont convaincu personne.
– En dehors de la Casamance, on ne sent pas ce conflit, aucune grande Ong même celles implantées au Sénégal ne s’y intéresse. Seules quelques petites Ong basées en Casamance et peu crédibles aux yeux du Mfdc et des politiques tentent avec difficultés de se positionner sur ce dossier.
– Le fait que l’Etat ait refusé d’admettre l’existence d’un conflit en Casamance en parlant d’opération de maintien d’ordre et le fait que les autorités sénégalaises aient imposé une sorte de tabou en intimidant ou étiquetant de connivence avec la rébellion toute personne qu’elle soit chercheur ou journaliste qui s’intéresse à cette problématique d’en parler ont considérablement contribué à faire disparaître le conflit casamançais des radars de l’opinion internationale voire même nationale, si je peux m’exprimer ainsi».
Un observateur : «Le conflit en Casamance se trouve actuellement, après trente années, à un tournant crucial marqué par : toutes les branches civiles et armées du Mfdc qui appellent à des négociations pour une solution pacifique, l’Etat du Sénégal a marqué sa disponibilité et son engagement pour des négociations. Les populations du Sénégal en général, et celles de la Casamance en particulier aspirent à la fin de la violence et souhaitent un retour rapide de la paix. A cet effet, il est important, voire impératif, de bien préparer les négociations pour leur donner des chances de succès, en prospectant des formules acceptables pour les uns et les autres».
«Cette situation a favorisé l’émergence d’un marché de la paix qui a su développer des mécanismes pour prospérer, devenant une hydre, car à peine le dossier casamançais retiré des mains d’un monsieur Casamance qu’il est automatiquement confié à un autre. Le comble est que souvent ce sont les mêmes personnes que l’on retrouve dans tous les comités de recherche de paix».
«Cette logique de marché de la paix a conduit certains cercles de négociations à monter des plateformes communes pour avoir plus d’influence sur l’Etat qui souvent les ignore royalement, tout en poursuivant leurs démarches individualistes et opaques. La logique d’un ‘’marché de la paix‘’ qui cohabite en paix avec ‘’l’économie de guerre’’ c’est de ne pas s’occuper de la situation des populations qui restent des sans-voix pendant que les belligérants sont censés être en discussion. Les actions menées sont certes importantes, mais elles sont le plus souvent ponctuelles et trop mal mises en œuvre de sorte que leur impact s’en est trouvé réduit. Dans les mécanismes mis en place pour régler le conflit, certaines catégories de populations jugées légitimes et représentatives des populations, comme les personnes âgées dont l’influence est prépondérante dans les sociétés gérontocratiques casamançaises, n’ont pas été ciblées par les messieurs Casamance».
«Il y a une certaine opacité sur la gestion du processus de paix en Casamance. L’Etat semble miser sur la stratégie du pourrissement, en espérant sur un éventuel délaissement des combattants pour arriver à la paix. Mais cela ne se passera pas ainsi à mon avis étant donné qu’il n’y a pas de pression de la Société civile ni de la part des hommes politiques».
Par ailleurs, le conflit casamançais, qui est qualifié de faible intensité, n’est pas près d’être définitivement résolu par une position de l’Etat qui lie la question politique à la souveraineté nationale.
Un observateur : «Le Sénégal n’a jamais voulu de négociations sincères ; sa stratégie consiste à entretenir un pourrissement du conflit en exacerbant les divisions au sein du Mfdc : le procédé est invariablement le suivant : le dossier est confié à un leader qui, pour plusieurs raisons, impulse un processus de négociations avec une partie de l’aile combattante du Mfdc. Ce dernier le plus souvent s’associe avec des Ong locales ou internationales, mais surtout avec un ou des bailleurs de fonds. Hélas, ces intermédiaires sur la base d’un mandat souvent présidentiel injectent beaucoup d’argent dans des activités sans impacts entreprises avec des acteurs qui ne sont pas déterminants ou qui sont contestés au sein de l’aile politique ou combattante du Mfdc».
4- Le désintérêt de l’opinion nationale face à la problématique du conflit
Un membre de la Société civile : «Il y a aussi le fait que de nombreux Sénégalais pensent que le conflit ne concerne que la Casamance n’a pas facilité sa résolution. Les autres régions ne s’y sont intéressées réellement que quand elles ont commencé à compter des victimes dans leurs rangs, civiles ou militaires».
«L’opinion sénégalaise dans sa majorité semble ne pas être concernée par ce qui se passe en Casamance ; pour le Sénégalais du nord, il ne se rappelle de la crise en Casamance que lorsqu’on en parle d’un affrontement entre belligérants, d’un braquage ou autre douloureux événement perpétré à l’encontre des pauvres populations civiles».
Nouha Cissé : «On retrouve ce même état d’esprit au niveau des intellectuels qui rayonnent autour de Dakar. Ils sont prêts à discuter de sujets très complexes sur par exemple la légalité constitutionnelle ou non de la candidature de maître Wade ou de Macky Sall, mais jamais ils ne se prononcent sur la crise casamançaise et sur la gestion du processus de paix. Le conflit ne retient l’attention de personne au haut niveau intellectuel (dans les universités) et au niveau des hautes instances de décisions politiques (Assemblée nationale). Les quelques rares interventions enregistrées sont le plus souvent des déclarations pour condamner ou fustiger certains comportements des belligérants sur le terrain.»
Pages 145-152
 5- Les mauvaises pratiques dans le cadre de la recherche de la paix
 B – Le développement en lieu et place des négociations sincères pour le retour d’une paix durable.
Pendant trois décennies, différentes approches de résolution du conflit ont été mises en œuvre dans une démarche qui exclut le règlement politique du conflit qui oppose le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc) à l’Etat du Sénégal. Elles ont été mises en œuvre dans le cadre d’une stratégie basée sur le développement de la Casamance comme méthode de règlement du conflit. Il s’agit, selon les théoriciens de cette approche, de rattraper un prétendu retard du développement de la Casamance sur le reste du pays. Ainsi, entre 2003 et 2004, un programme dénommé Programme de relance des activités socio-économiques en Casamance (Praesc) fut élaboré avec le soutien des partenaires techniques et financiers pour servir de cadre d’orientation et d’intégration de toutes les interventions post-conflit des bailleurs de fonds.

Nouha Cissé : «Le retour de la paix en Casamance dépend du comportement des protagonistes. L’Etat doit sortir du cadre de l’incohérence et de l’inconstance dans la perception du conflit et considérer qu’il a affaire à un conflit majeur. Il doit comprendre que la logique «développementaliste» n’est pas une solution définitive au conflit. Elle a été préconisée par le Président Abdou Diouf vers la fin de son régime en 1999 à travers le lancement du Programme de relance des activités économiques en Casamance. A partir de 2004, ce même concept «développementaliste» a été réactualisé par son successeur Maître Abdoulaye Wade avec le (Praesc) qui va donner naissance à l’Agence nationale pour relance des activités économiques et sociales en Casamance (Anrac). Abdoulaye Wade y est allé de sa propre construction de la paix en fonction de sa propre compréhension du conflit. Pour lui, le fait que les Casamançais aient participé massivement à l’élection présidentielle de 2000, suivie des élections législatives et locales atteste que les populations n’ont pas de préoccupations indépendantistes et qu’il fallait pour éviter toute autre frustration de leur part mettre l’accent sur le développement économique et sur le désenclavement de la Casa­man­ce. A cet effet, il s’est employé à créer les conditions nécessaires pour attirer et convaincre les bailleurs de fonds à s’intéresser à la Casamance. Mais son ambition de régler le conflit par des activités de développement s’est soldée par de malheureuses, infructueuses et surtout très décevantes initiatives à l’image de la cérémonie dite de la signature des accords de paix du 30 décembre 2004. Un accord de paix très mal négocié qui, à la limite, pourrait être considéré comme un forcing de la part de l’Etat sénégalais à l’endroit du Mfdc dans l’unique but de donner l’impression aux bailleurs de fonds que les populations ont renoncé à l’idée d’indépendance pour demander le développement. Le Président Macky Sall ne fait pas mieux. Il s’est inscrit exactement dans la même dynamique que ses prédécesseurs. Il a préconisé la «paix des braves» et mis en place le Projet pôle de développement de la Casamance (Ppdc) pour accompagner celle-ci.  Le Président Macky Sall, fort de son Projet pôle développement de la Casamance de seulement vingt-trois milliards de francs Cfa sur financement de la Banque mondiale, ne fait plus d’efforts dans le cadre de la recherche de la paix. Trop confiant que c’est par le développement qu’il arrivera à une paix durable en Casamance, il ne cesse de multiplier ses voyages dans la partie sud du pays où il ne cesse de procéder au lancement de projets de développement économique et de désenclavement. Certaines populations l’applaudissent, mais il se trompe lourdement en se disant que tout marche et qu’il se trouve dans la bonne dynamique vers la fin du conflit. L’angle d’attaque «développementaliste» de l’Etat est une fausse piste, car la revendication casamançaise n’est pas un problème de développement même s’il est vrai que la crise a contribué à accentuer la pauvreté au sein de la population. Ceux qui ont pris les armes avaient et ont toujours une revendication purement politique. Il faut donc de la part du Sénégal trouver une réponse politique à cette crise qui par ailleurs doit être accompagnée par des actions de développement».
Un acteur de développement : «Je crois que si les actions de développement sont bien harmonisées, ils peuvent efficacement contribuer au retour de la paix.  Hélas, ce n’est pas le cas en Casamance où les acteurs évoluent dans un parfait manque de concertation. Le manque de synergie noté sur le terrain a noyé tout l’impact que devraient engendrer les gros efforts consentis par l’Etat et les partenaires au développement dans le cadre de la relance des activités économiques et sociales en Casamance».
L’exfiltration de combattants
C’est sur ce registre de mauvaises pratiques dans le cadre de la recherche de la paix ou de l’accompagnement du processus de négociations qu’il faudra inscrire l’exfiltration par certains acteurs de paix de nombreux jeunes combattants à qui on avait promis de l’emploi à Dakar, de chefs rebelles tels que Kamougué Diatta, Antoine Diamacoune en 2007 et Ousmane Gnantang Diatta en 2012 entre les deux tours de l’élection présidentielle. Celle de dix-sept jeunes combattants de la faction que dirige le commandant Ibrahima Compass Diatta les 28 et 29 juillet 2013, ainsi que la déportation en février 2015 de jeunes villageois originaires du Fogny vers Dakar où ils ont été présentés comme des combattants auto-démobilisés à réinsérer.
«En lieu et place de chercher à rapprocher les protagonistes autour de la table de négociations, certains acteurs ont préféré utiliser la corruption et le mensonge pour démobiliser des combattants pour en contrepartie obtenir de l’argent auprès des bailleurs. Ils ont créé un processus de démobilisation sans aucun accord préalable avec le Mfdc. C’est une situation qui a contribué à radicaliser les combattants et les rendre très méfiants à l’égard de tout acteur qui entre en contact avec eux». «L’exfiltration des combattants est une très mauvaise pratique. Certes elle procure un résultat immédiat à présenter aux bailleurs, mais demeure un facteur très handicapant et qui a contribué à détruire toute relation de confiance entre les médiateurs et le Mfdc dans sa globalité». «Ce que semblent ignorer ces spécialistes en exfiltration, c’est que quand on réussit à démobiliser trois (3) combattants, le maquis se débrouille pour recruter plus d’une dizaine de plus jeunes autres combattants pour les remplacer. C’est pour dire que c’est une méthode qui comporte de lourdes conséquences dans le processus de recherche de la paix. C’est une stratégie qui pousse les combattants à se radicaliser et à devenir trop méfiants à l’égard de tout autre acteur».
8- La solution mystique au conflit casamançais ou la question des femmes du bois sacré
Madame Ndèye Marie Thiam, coordinatrice de la Plateforme de femmes pour la paix en Casamance : «Il faut prendre en compte l’aspect culturel et mystique à travers l’implication de certains dignitaires, cela peut sembler relever de l’irrationnel, mais il faut être casamançais pour le comprendre.»
Chérif Bassène : «Mon fils, j’aimerais pour l’histoire apporter quelques précisions et clarifications sur l’organisation mystique d’avant l’éclatement du conflit casamançais. Je tiens à ce que tu les publies, car je suis très peiné quand j’entends souvent parler d’un certain rôle déterminant et de premier plan qu’ont eu à jouer les femmes sur le plan mystique au tout début du conflit en Casamance. Je précise que j’étais un acteur direct parmi ceux qui s’étaient directement impliqués dans le cadre des démarches mystiques entreprises comme tout bon Casamançais avant de mener une quelconque activité de haute envergure. Nous étions un petit groupe uniquement constitué d’hommes qui avions développé l’idée de réveiller le Mfdc afin de réclamer la séparation de la Casamance d’avec le reste du Sénégal parce que les autorités de ce pays ne manifestaient aucun respect encore moins une petite considération à l’égard de casamançais. Les Sénégalais nous traitaient comme des sauvages sur qui ils se croyaient avoir tous les droits. En un mot, ils se comportaient pire que les colons français. Nous ne pouvions plus supporter que sur la base d’une certaine loi, les administrateurs locaux tous originaires et provenant des régions nord du Sénégal se soient autorisés à nous spolier nos terres et à faire tout ce qu’ils voulaient sur les ressources naturelles sans tenir compte des réalités locales. Ainsi, pour mettre fin à ce mépris de la part des Sénégalais à l’égard des Casamançais noté sur tous les plans, mais surtout au niveau de celui culturel, nous avions décidé de nous organiser à partir de 1979 jusqu’à 1980. Nous tenions nos rencontres à Kandialang la nuit à partir d’une (01) heure jusqu’à quatre (04) voir cinq (05) heures du matin chez Léopold Sagna pour mieux planifier nos démarches afin d’arriver à la meilleure stratégie de sensibilisation des populations dans l’objectif de les amener à adhérer à notre ambition d’engager la lutte pour l’indépendance de la Casamance. Pour ce faire, l’un de nos anciens, très au fait des pratiques mystiques, nous a conseillés de procéder à une préparation de notre projet sur ce plan avant de l’exposer au grand public. Il fallait concrètement prendre des mesures et engagements mystiques pour fidéliser les sympathisants, mais surtout pour obliger tout un chacun de ne jamais trahir le secret ou de le révéler aux forces de sécurité quoi qu’il advienne, car nous étions convaincus que c’est seulement dans la discrétion parfaite que nous atteindrons notre objectif. A cet effet, nous avons procédé à des cotisations jusqu’à atteindre le montant de 30 mille F Cfa ; ensuite nous avons décidé de consulter des individus et ils nous ont tous de manière séparée conseillés de nous rendre dans le royaume du Moff-Awi (c’est-à-dire l’entité qui constitue l’actuelle commune d’Enampore), d’aller à un village dont tu garderas le nom, où se trouve un fétiche très puissant dont tu ne révéleras pas le nom, c’est là où on trouvera ce qu’il nous faut pour atteindre notre objectif. Ainsi donc, tout débuta dans ce village vers la fin de l’année 1980. Quand nous sommes arrivés dans ce village, nous avons demandé à rencontrer le responsable du fétiche, il nous reçut et après explications, il a convoqué ses collaborateurs. Au-delà de la prise de contact, la décision fut retenue de faire la cérémonie le même jour. Heureusement pour nous, nous avions pris le soin d’acheter du vin de palme à Essyl, un village situé sur la route. Il nous manquait le bouc pour le sacrifice. Dieu merci, c’est le responsable du fétiche lui-même qui est allé chercher son propre bouc. Quand nous avions voulu le payer, il nous a répondu qu’il nous le donnait gracieusement en guise de contribution pour le noble combat que nous avons l’intention de mener. La cérémonie a débuté vers 21 heures, j’étais le seul de tout le petit groupe à être autorisé à assister à tout le processus. Mes amis dont certains étaient de ce même village, mais d’âge plus jeune, étaient assis à côté et nous observaient. Le travail a duré jusqu’à presque une (01) heure du matin. Quand tout fut terminé, nous avons quitté pour rallier Ziguinchor, direction Mangocouro. Ils nous avaient remis une sorte de sac traditionnel dans lequel était placée une petite jarre qui contenait tout l’arsenal mystique qui a été préparé. L’un d’entre nous, tu garderas pour toi son prénom, car il est encore en vie, avait la lourde charge de le porter. J’avais la lourde responsabilité une fois à Ziguinchor de procéder à la mise en place ou installation de l’autel du fétiche en suivant exactement les consignes qui m’ont été dictées. Je n’avais pas droit à la moindre erreur.
Vu la lourde responsabilité et charge qui pesaient sur moi, mon propre oncle, qui par ailleurs est un collaborateur du responsable du fétiche, a pris la décision de nous accompagner jusqu’à Ziguinchor afin d’assister à la mise en place du fétiche à Diabir. Il ne voulait pas que son neveu commette une erreur qui demain se retournerait contre lui et sa famille, car le fétiche ne pardonne pas. C’est donc ce fétiche qui a été implanté de mes mains sous la supervision de mon oncle à Mangocouro plusieurs mois avant la marche du  26 décembre 1982. Nous avons ensuite envoyé trois des nôtres chercher des choses en Guinée Bissau dans deux localités dont tu tairas les noms. Ce n’est qu’après que tout fut mystiquement bien préparé, que toutes les démarches, les nombreux autres sacrifices et cérémonies aient été effectués que nous avions pris décision d’impliquer les femmes en nous rapprochant en tout premier lieu de Joana Cabo, la responsable du fétiche des femmes de Djibélor. En milieu traditionnel chez nous, les femmes n’assistent jamais à là où se prend la décision d’aller en guerre. Elles n’assistent pas au «cabaye», le rituel d’avant le passage à l’acte. Elles sont informées après que tout soit fini d’être préparé. A cet effet, elles se rangent automatiquement du côté de leurs époux et fils et s’organisent mystiquement de leur côté afin de leur apporter le soutien nécessaire».

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