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Entre 1990 et 2014, la production d’électricité dans les Pays les moins avancés (Pma) a plus que quadruplé. Mais le nombre de personnes vivant sans électricité est toujours aussi élevé. La Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (Cnuced) consacre son rapport 2017 sur les Pma à l’accès à l’énergie comme vecteur de transformation. Selon Mme Aruna Bolaky, économiste au Cnuced, 62% de la population mondiale, soit 577 millions de personnes vivant dans les pays les moins avancés (Pma), n’ont pas accès à l’électricité contre 10% dans les pays développés. En zone rurale, cette proportion atteint 82%. «Ce que nous disons, c’est qu’il faut promouvoir l’accès à l’énergie comme vecteur de transformation pour éradiquer la pauvreté surtout dans les zones rura­les», explique Mme Bolaky qui a présenté ce rapport hier dans les locaux de la Cinu (Centre d’information des Nations-Unies). «L’objectif de développement durable 7 (Odd) sur l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes est un objectif très important. Si on n’arrive pas à réaliser l’Odd, cela va entraver bon nombre d’odd. Mais nous constatons que dans les Pma, une grande partie de la consommation va vers les usages domestiques et il n’y a pas suffisamment d’attention accordée aux usages productifs. Alors que les usages productifs sont aussi importants que les usages domestiques», souligne Mme Bolaky. Ce déséquilibre, qui est en faveur de l’usage domestique, ne favorise pas le développement et le changement. «La relation entre accès à l’énergie et transformation structurelle est essentielle au développement des Pma. Si on arrive à enclencher ce processus, cela va créer des demandes d’électricité aussi bien dans le secteur productif que dans le secteur des ménages. Ca va augmenter la demande en électricité qui va aider à rentabiliser les investissements qui se font en infrastructures énergétiques. Nous sommes dans une sorte de cercle vicieux. Et pour aller vers un cercle vertueux, il faut accorder plus d’attention à l’accès à l’énergie pour satisfaire les usages productifs et permettre aux entreprises d’avoir accès à une énergie de qualité», conclut Mme Bolaky. La Cnuced estime en fait que ce gap dans la production d’énergie fait que pour réaliser l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, il faudra que le nombre annuel de nouveaux abonnés augmente de 350% par rapport aux chiffres de la dernière décennie.
Bien que mieux notés que nombre de Pma, le Sénégal est dans la même situation. En zone urbaine, le taux d’accès à l’électricité est de 98% contre 64% en moyenne dans les Pma. En milieu rural, là où le Sénégal enregistre 33%, ce taux est de 26% dans les autres Pma. Mais la situation est sensiblement la même et le rapport de la Cnucced constate que la production d’électricité dans les Pma repose principalement sur la biomasse traditionnelle comme le bois de chauffage ou le charbon.  «La question qui se pose, c’est comment sortir de ce schéma pour aller vers un schéma plus semblable à ce que l’on trouve dans les pays développés ?», s’interroge Mme Bolaky.
Au Sénégal, elle estime que les récentes découvertes de pétrole peuvent changer la donne. «Nous recommandons aux pays de diversifier leur sources de production», indique-t-elle en insistant sur la nécessité de recourir également aux énergies renouvelables.
mamewoury@lequotidien.sn

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