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L’objectif poursuivi par toute société est d’atteindre le développement, c’est-à-dire la recherche du mieux savoir, du mieux valoir et du mieux être de tous ses membres, pour ne pas dire, à l’image de Senghor, «le développement de l’homme et de tous les hommes».
C’est à ce titre que tous les économistes et hommes politiques véritables, en dehors des nihilistes politiciens critico-utopistes à l’image de Ousmane Sonko, prônent la croissance économique ou l’accroissement des richesses comme l’unique moyen d’atteindre le développement. Plusieurs études sur la fiscalité, notamment celles de la Banque mondiale, confirment le rapport qui existe entre la pression fiscale et la croissance économique, au sens où une pression fiscale faible est censée stimuler la production en augmentant les incitations à épargner, à investir, à travailler et à innover.
En effet, les pays faiblement industrialisés (l’épargne intérieure étant faible et les capitaux rares) qui ont le meilleur environnement des affaires, imposant notamment la charge fiscale effective moyenne la plus faible aux entreprises, aux ménages et sur les marchandises importées, ont enregistré un taux de croissance réel du Pnb nettement supérieur à celui des pays plus lourdement imposés. Il est clair, s’agissant du cas du Sénégal dans le contexte mondial actuel, que le relèvement du pouvoir d’achat des consommateurs par une baisse de l’impôt sur les revenus des travailleurs avec l’arrivée du Président Macky Sall au pouvoir en 2012, la baisse des prix sur l’énergie en particulier, occasionnant un taux d’inflation presque nul sur la période, le tout combiné à l’attractivité progressive de l’économie par des réformes sur l’environnement des affaires, favorisant l’afflux de capitaux importants dans notre pays pour le développement des infrastructures et la création de parcs industriels et technologiques ainsi que la détaxation sur le matériel et les intrants agricoles, a indubitablement permis une croissance économique régulière et progressive atteignant 7% en 2017 avec de bonnes perspectives d’une viabilité indéniable de la dette et de résilience aux chocs exogènes. C’est pourquoi, en dépit du renchérissement de l’or noir dans le marché mondial et des nombreux défis à relever, le Sénégal est parvenu à stabiliser les prix intérieurs, nonobstant une conjoncture inflationniste internationale difficile.
Cette orientation à travers le Pse qui est un cadre de cohérence des politiques publiques, basé sur un modèle dynamique et adossé à la réalité et ses possibilités d’évolution, vise la transformation structurelle de l’économie réelle par l’augmentation des richesses au moyen de l’investissement productif et de la maîtrise de l’inflation. Il faut faire remarquer que la démarche facile critico-utopique contre le Pse prôné par Ousmane Sonko s’indexe dans le sens inverse (il prend toujours le contre-pied), c’est-à-dire sur l’aggravation de la pression fiscale avec le relèvement des taux d’imposition (comme si nous étions dans une économie autarcique alors que nous sommes insérés dans des zones économiques communes), sur la suppression des exonérations et des subventions, obérant la propension des agents économiques à exister, à produire, à transformer, à consommer et à exporter. Au demeurant, les productions agricoles record enregistrées en 2018 de plus de 50% de la moyenne des cinq dernières années et attestées par la Fao et le Cilss démontrent, si besoin en était encore, que la situation économique progresse fortement et de façon inclusive avec plus de trois millions de tonnes de céréales et un million cinq cent mille tonnes d’arachide, augmentant sensiblement la contribution du secteur primaire à la formation du Pib. C’est dire que l’approche du développement économique de Ousmane est totalement utopiste avec ses solutions imaginaires hors contexte, irréalistes, pour ne pas dire populistes ou démagogiques, se basant non pas sur une analyse approfondie des situations, mais sur la stigmatisation pour susciter l’émotion, la peur en utilisant la rhétorique simpliste et essentialisante pour s’exprimer. Nous vivons dans une époque de pleine mondialisation et le Sénégal, avec ses quatre millions de travailleurs émigrés dont la contribution au Pnb dépasse aujourd’hui la moitié de notre budget national, a de tout temps été, depuis le commerce transsaharien de la gomme arabique, une économie ouverte, d’autant que nos situations de micro-Etats dans un marché intérieur étriqué et non porteur nous commandent à avoir des politiques intégratrices dans le cadre sous-régional, régional, continental et mondial.
Nous pensions que Ousmane Sonko pouvait se tromper lourdement de bonne foi en voulant réduire l’économie pure à la fiscalité, du fait de son inexpérience politique pour n’avoir pas fréquenté les écoles de parti politique et par rapport à sa formation de chasseur d’impôt qui lui a inculqué une déformation professionnelle «du tout impôt» qui tue l’économie.
Mais lorsque le politicien en position de conquête est tout tendu vers un agir sur l’autre à des fins d’adhésion en piétinant l’éthos de crédibilité et en privilégiant l’éthos d’identification par un jeu sur l’ignorance des populations, de sorte que le citoyen adhère non pas en toute connaissance de cause, mais par enthousiasme, il en résulte que la vérité se trouve piégée et la manipulation de l’opinion devient une méthode. Nous nous apercevons de l’existence d’une pensée dans laquelle sont transposées des représentations imaginaires qui relèvent de l’improvisation et du romantisme, loin des réalités. A ce titre, la préoccupation fondamentale de l’homme qui se croit «surhumain» restera toujours de tenter de démontrer une position dominante dans l’action collective qui le place devant une posture permanente à la marge des réalités. Si bien que la volonté politique qui en résulte s’écarte de l’ambition de réaliser des sauts qualitatifs pour dériver vers un culte de la personnalité, traduisant bien une faculté chez eux, que tout ce dont ils ne sont pas les auteurs n’est point pertinent, ou à tout le moins insuffisant. En effet, le mode opératoire consécutif à cette forme de pensée à la base d’un style particulier de l’homme politique s’articule à travers l’existence d’un réflexe primaire nihiliste qui se traduit par la remise en cause systématique de réalisations accomplies par les autres, sans la matérialité d’une alternative crédible de substitution.
Jacques Attali disait que «l’histoire moderne a montré que les approches critico-utopistes avec des solutions irréalistes et irréalisables sont mères de toutes les dictatures» pour ne pas dire du totalitarisme et leurs auteurs apparaissent comme des messies ou sauveurs issus d’une génération spontanée en se servant du nihilisme, de la désinformation ou de la victimisation, alors qu’ils sont les prototypes même de la réaction et de la surenchère, comme disait Lénine à l’endroit de Trotski, en avertissant l’opinion de se méfier des beaux parleurs.
Comment peut-on aujourd’hui, sur des bases imaginaires, dans ce jeune Etat du Sénégal, après avoir été le produit de l’école publique sénégalaise, tirer sur les pères fondateurs qui ont lutté contre la balkanisation de l’Afrique, pour l’indépendance de nos Etats, la construction nationale, le développement économique et l’intégration africaine (Uemoa, Cedeao, Omvs, Omvg, Cilss etc.) ? Comment peut-on souiller gratuitement la mémoire de Senghor, de Mamadou Dia qui était très lié à Senghor, contrairement à ce que dit l’homme de la rue et invectiver Abdou Diouf et Macky Sall. C’est rien comprendre du mode logique de l’histoire et de la relativité du temps par le surdimensionnement de son ego sur des présupposés invraisemblables d’auteurs, la plupart du temps, issus d’une génération spontanée sans un cursus honorable et qui profitent de la misère actuelle de la pensée, de la crise de la démocratie avec les excès de liberté d’association, d’opinion, d’expression et de la prégnance des réseaux sociaux pour développer un discours politique basé sur l’intolérance, le nihilisme, la désinformation, l’irrespect, la haine et la victimisation. Même Abdoulaye Wade, doté d’un cursus politique et intellectuel formidables, qui avait voulu réinventer la roue, en a fait les frais, a fortiori des débutants en politique, pressés d’arriver au pouvoir suprême, sans un cursus véritable, en sautant des étapes. Il faut être véritablement d’une époque antique ou d’une malhonnêteté intellectuelle à nulle autre pareille pour prôner l’autarcie économique, le nationalisme et le protectionnisme au niveau de nos micro-Etats à faible revenu et à forte croissance démographique, dans un monde de plus en plus transfrontalier, comme l’annonçait d’ailleurs le Président Senghor au siècle dernier, dans Négritude et civilisation de l’universel.
N’est-ce pas aujourd’hui que la création d’une Zone de libre-échange continentale africaine (Zlea) est l’antithèse même du «fiscalisme» protectionniste prôné par Ousmane Sonko ?
Pascal Lamy, ancien patron de l’Omc, disait «qu’il ne connaît aucun protectionnisme qui ne porte une dose de xénophobie et de nationalisme».
Pour les populistes comme Donald Trump qui vient de subir une cohabitation avec ses politiques protectionnistes égoïstes, ou à la Marine Le Pen, ou même au partisan de la France insoumise Mélenchon, toute rhétorique est bonne pour apeurer les citoyens de bonne foi en cultivant les réflexes identitaires et xénophobes. Toutefois, il faut convenir que ces pratiques extrémistes, exclusivistes, opportunistes et déloyales pour arriver au pouvoir sont dangereuses pour la survie de l’humanité.
Il est évident que nous traversons une époque de dangerosité extrême avec le déferlement d’un populisme sur la base de la promotion du nationalisme identitaire, de l’unilatéralisme et du culte des différences dans un monde caractérisé par la crise des valeurs, la crise de la démocratie avec ses excès de liberté qui nous avait valu, ne l’oublions pas, les deux guerres mondiales que l’humanité a connues jusque-là.
Dans notre pays, en plus d’une société atteinte par la misère de la pensée, le culte de la phraséologie extrême et de la logomachie, la crise de l’engagement politique pour la cause commune, la crise de la démocratie avec les excès de libertés, la culture de l’intolérance et la personnalisation des problématiques dans les organisations politiques, syndicales et associatives prenant des formes d’écuries qui n’ont ni vision et programme véritable, nous devrions faire beaucoup attention avec les aventuriers et marchands d’illusions de la vingt cinquième heure qui utilisent l’imaginaire pour tromper le Peuple à l’orée de l’élection présidentielle de 2019 aux enjeux importants.

Kadialy GASSAMA – Economiste Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

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