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«La trajectoire de l’économie mondiale n’était pas la bonne.» C’est le constat fait par le directeur général du Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec). Mais Mamadou Ndione constate que le continent africain aussi n’est pas sur la bonne trajectoire du fait des gros problèmes logistiques auxquels il est confronté.

La pandémie du Covid-19 peut-elle être une opportunité pour l’Afrique ? Comment le continent pourrait-il rebondir après cette pandémie ? Ces questions ont été débattues à Ziguinchor au premier jour de la 2e édition du Gingembre littéraire. Selon le paneliste Mamadou Ndione, directeur du Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec), la première réponse c’est de «produire Afrique». Selon M. Dione, pour se relever de cette pandémie qui a vu les plus grands pays montrer les limites de leur puissance, les Africains ne pourront compter que sur le travail. «Le travail pour produire davantage, se préparer à un scénario catastrophe en se disant que si demain les autres, au nom d’un repli nationaliste, identitaire, fermaient toutes leurs frontières…». Selon M. Dione, une des leçons apprises durant cette période trouble, c’est que «la trajectoire de l’économie mondiale n’était pas la bonne». Cette considération englobe aussi le continent africain dont le retard en matière d’infrastructures est plus que criard. D’ailleurs, M. Dione estime que «le principal problème de l’Afrique est logistique d’abord». Il donne ainsi un exemple : «Entre Dakar et Conakry, c’est 1 137 km. Si on roule à 65km/heure, c’est un trajet de 17h. Mais dans la réalité africaine sous régionale actuelle, à cause des tracasseries, de la vétusté des routes de part et d’autre, de plusieurs contraintes, ce camion peut facilement faire six jours. Où est la rationalité économique ? Cela veut dire que le débat c’est d’abord comment faire pour que l’Afrique règle la question de la connectivité maritime, routière et aérienne.» Une fois ce problème réglé, se pose également celui de la production. «Pour saisir cette opportunité post Covid-19 et relancer l’économie africaine, il faut au niveau des processus de production que l’on introduise davantage la machine et la mécanisation. On ne peut plus continuer à travailler avec la main. Il nous faut davantage mécaniser nos cultures, maîtriser l’eau et faire de sorte que le producteur africain puisse vivre décemment», estime M. Dione qui prône le retour à un système coopératif qui, selon lui, a fait ses preuves ailleurs. «Les 300 plus grosses sociétés coopératives au monde ont un chiffre d’affaires cumulée qui dépasse celui de l’Inde qui est la 7e puissance mondiale», cite M. Dione. Cheikh Tidiane Dièye, qui participait au même panel, va dans le même sens en soulignant que l’Afrique doit «développer son capital productif en structurant les chaînes de valeurs». Il donne l’exemple de l’anacarde. Une filière pour laquelle, dit-il, la Guinée Bissau, grosse productrice de noix, et le Sénégal pourraient unir leurs forces et mettre en place des unités de transformation. La même démarche est également valable pour d’autres productions comme la mangue ou les produits de la pêche. Le Dr Dièye insiste également sur la nécessité de mettre en place des chaînes de valeurs régionales puisque les marchés lointains sont déjà captés par les grosses multinationales.

«Mutisme forcé du continent»
Avec cette pandémie, le continent africain a encore une fois été au cœur des débats, constate Anne-Cécile Robert, journaliste au Monde Diplo­matique. Mais l’auteur du livre L’Afrique au secours de l’Occi­dent précise que l’Afrique n’a pas parlé puisque réduite à un «mutisme forcé», aggravé par la disproportion des moyens de communication : les agences de presse se trouvent hors du continent, les grandes chaînes de télévision également. Mme Robert qui intervenait à ce panel se pose ainsi un certain nombre de questions. «L’Occi­dent ne se livre-t-il pas à nouveau à l’un de ses exercices favoris : fantasmer le continent noir ? N’est-il pas une fois de plus en train de projeter sur l’Afrique ses préoccupations, sa vision du monde, ses intérêts et ses valeurs ?» Au début de la pandémie, des dirigeants d’organisations internationales, l’Orga­ni­sation mondiale de la santé (Oms) et le secrétaire général de l’Onu notamment évoquaient des «millions de morts». Mais, constate la journaliste, «la dimension économique et sociale de la pandémie est peu abordée : la rupture des circuits économiques, la crise alimentaire, la perturbation des relations sociales».

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