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Le séjour de Son Excellence Monsieur Jacques Chagnon, Président de l’Assemblée nationale du Québec pour la période du 14 au 16 décembre 2016,  suite à l’invitation de son collègue et ami, Son Excellence le Président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Son Excellence Monsieur Moustapha Niasse, aura été bien riche en événements. Les deux délégations devaient discuter des relations bilatérales qui remontent à 1962. Le moment fort de cette visite aura été sans doute la signature d’un Protocole d’Entente entre l’Assemblée nationale du Québec et celle du Sénégal par les Présidents des deux institutions parlementaires. Pour que nul n’en ignore de ce qui va encore confirmer un acquis de plus à notre diplomatie, toutes les dispositions avaient été prises pour une bonne couverture de ces instants historiques. Une demande de couverture avait été adressée à plusieurs organes de presse, journaux, radios, télévisions, publics et privés
La  délégation pour l’accueil au Pavillon présidentiel de l’aéroport était conduite par le Président Moustapha Niasse en personne, accompagné de députés, membres du réseau parlementaire de la Francophonie, de la secrétaire générale de l’As­semblée, des membres du cabinet. Grande a été notre surprise de constater l’absence de l’équipe de la Télévision nationale bien informée. Fort heureusement, des chaînes privées de télés, radios, journaux informés bien après la Rts, malgré tout s’étaient déplacés.
­­C’est seulement au deuxième jour, que le Dg de la Rts consentit à envoyer une équipe pour couvrir une partie de la rencontre de travail, consacrée à l’élaboration du Protocole d’Entente entre les deux institutions nationales représentant leurs Etats. Les téléspectateurs ont bien constaté que la diffusion de cette phase n’était pas des meilleures, aussi bien au niveau du choix des éléments, que de la durée de la séquence. Pour ne pas être prise au dépourvu cette fois encore, la directrice de la communication de l’Assemblée envoya à nouveau dans la soirée  par courrier électronique la demande de couverture de l’Acte final de cette visite. Le lendemain, vendredi 16, à 8 Heures, elle fit parvenir le même message écrit au directeur général de la Rts et l’appela même au téléphone.  C’est finalement  plus tard que ce dernier se résolut à appeler la directrice pour lui signifier son refus catégorique : «Le Pavillon présidentiel, le Salon d’honneur de l’aéroport L.S Senghor sont des espaces privés exclusivement réservés au président de la République. Il faut obligatoirement une autorisation expresse de la Présidence pour bénéficier de la couverture d’un événement par la télé nationale.» Informé vers 21 Heures, nous avons aussitôt appelé tour à tour le minis­tre de la Culture et de la communication et le Directeur de la Communication pour les informer des agissements du directeur de la Rts et les mettre au-devant de leur responsabilité, avec toutes les conséquences que la décision du directeur allait créer. Très préoccupés, ils nous  firent avec beaucoup de courtoisie la promesse de parler au directeur général et de revenir vers nous. Nous avons attendu, en vain.
Cette réponse pour le moins ahurissante du directeur de la Rts nous invite à faire quelques observations et des interrogations.
D’abord,  sous le magistère de l’actuel directeur de la Rts, les visites des présidents d’As­semblée nationale de pays étrangers, le Président Guillaume Soro de la Côte d’Ivoire, le Président de l’Assemblée nationale du Bénin, le Président de l’Assemblée nationale de la France, pour ne citer que ceux-là, au Sénégal ont toutes été couvertes par la Rts, de même que leurs allocutions délivrées sur le pupitre réservé au  président de la République que le Président Niasse n’a pas utilisé. Au vu de leur rang, cursus étatique et politique, lui et son collègue Jacques Chagnon, Vice-Président de l’Assemblée par­le­mentaire de la Franco­pho­nie, et futur Président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie dans quelques mois, méritent bien des égards. Il serait bon d’apprendre ou de rappeler à l’auteur de ces actes inqualifiables, les relations entre le Canada et le Sénégal qui remontent à 1962, deux ans après notre indépendance. Nous ne pourrions tout exposer dans cette présente. Sinon rappeler quelques axes pour rafraîchir la mémoire du directeur de la Rts, à la lumière du Protocole d’En­tente. Comme certaines réalisations importantes, notamment le Cesti qu’aucun journaliste digne de ce nom ne devrait oublier, l’Ecole polytechnique de Thiès qui ont été mis en place grâce à l’appui du Canada. Il en est de même des échanges commerciaux de l’ordre de 42,5 millions de dollars, dont 8,4 millions d’importation en provenance du Sénégal, dans les secteurs miniers, de l’agriculture, du pétrole, du gaz, des questions liées au transport aérien, au fret maritime, et aux télécommunications. Et que dire du projet de délocalisation à Dakar du Pro­gramme international de formation consacré par l’Accord d’En­tente, qui va offrir une formation de pointe aux cadres parlementaires francophones, des accords sur la santé, sur l’environnement, la sécurité, les migrations, le développement économique, les affaires culturelles et sur toutes autres questions d’intérêt commun ?
En 2015, 1314 étudiants sénégalais détenaient un permis valide pour étudier au Canada. Imaginons un seul instant les conséquences dramatiques causées par ce directeur inconscient si les presses privées, qui n’étaient en rien obligées, sauf par le devoir patriotique de couvrir ces instants historiques, prises par la même désinvolture et insouciance s’étaient abstenues ? Mais ces préoccupations étaient loin d’être celles de cette personne déjà dans l’air, dont l’unique fixation du moment était d’être à bord de l’avion présidentiel, en bonne place aux premières loges réservées aux «amis du Président».
Une autre interrogation est relative au motif tendant à justifier un tel refus, en invoquant l’autorisation du président de la République pour couvrir un tel événement. Le Président Mous­ta­pha Niasse, deuxième Per­son­nalité de l’Etat, premier allié, loyal et fidèle compagnon du Président Macky Sall dont l’unique préoccupation est de toujours honorer le Peuple du Sénégal et son Président de­vait-il être la victime de ces actes ignobles ? Ce triste personnage voudrait-il  alors créer un malaise, en titillant l’orgueil des militants et proches du Président de l’As­semblée nationale, pour créer une crise entre lui et le Président Macky Sall ? Aurait-il la prétention d’apprendre au Président de l’Assemblée, directeur de la Communication dès son plus jeune âge, tour à tour, Directeur de cabinet de l’ancien et premier Président du Sénégal  L. S. Senghor, plusieurs fois ministre des Affaires étrangères et Pre­mier ministre les usages et règles protocolaires en matière diplomatique ? Quel toupet ! Quel culot !
Qu’il nous montre alors le texte qui consacre cette disposition, qui n’existe que dans sa perfide imagination ! Même si cette disposition existait, le bon sens aurait-il commandé à ce qu’il l’applique de manière aussi rustre ? A-t-il alors requis l’autorisation du président de la République comme il voudrait le faire croire ? Si oui, quelle a été alors la réponse du Président ? Dans tous les cas, c’est le président de la République lui-même qui est interpellé au premier chef par l’opinion devant un tel ignoble acte commis sur la personne de son second constitutionnel, son ami et aîné, son premier allié dès la création de notre Parti (l’Apr) en janvier 2009, chef de parti, et membre de sa coalition. Il s’y ajoute que c’est bien le Président du Parlement d’un pays à régime parlementaire qui a été traité de la sorte devant son Ambassadeur. Dès lors, la Présidence doit sans tarder édifier les Sénégalais et ap­porter un cinglant dé­men­ti à ces ragots à la fois mensongers et diffamants, que ce sinistre personnage veut faire porter au Prési­dent, en invoquant «son au­to­risation préalable re­qui­se» pour justifier son acte et de prendre les mesures qu’il lui plaira.
Nous, députés de l’Assemblée nationale, en ce qui nous concerne, apprécierons ce cas inédit d’offenses, de désacralisation de notre Institution parlementaire pour apporter la réponse appropriée à la tutelle de la Rts, le ministre de la Culture et de la communication, qui nous doit bien des explications. Est-il vraiment nécessaire de rappeler au président de la République que le critère de choix des hommes, des femmes, au nom de la compétence, de l’intégrité devant les diriger aura été sans nul doute le poison mortel des précédents régimes ? La Radiotélévision du Sénégal (Rts), service public de l’Etat, ne saurait déroger à certaines règles, encore moins les occulter au nom du droit, de l’équité, et de la décence républicaine, mais surtout la préservation des liens séculaires qui lient le Sénégal à d’autres pays amis, comme le Canada. Au nom de quoi, le directeur de la Rts, structure transformée malheureusement en «Radio Moquette» qui tire essentiellement ses ressources de l’Etat, que nous députés votons, peut-il se permettre de s’arroger de pouvoirs, de prérogatives qui violent les règles élémentaires de fonctionnement du service public ? Ou est-ce alors pour ce directeur le prix à payer en monnaie de singe, au titre de frais  pour son reniement, son affranchissement, pardon sa transhumance, après avoir été un servile et inconditionnel homme à tout faire de la «Génération du Concret», dont il fut la tête de liste dans sa localité, lors des élections locales de 2009 ?
Aujourd’hui, il est quand même malheureux de constater, de voir sous le régime du Président Macky Sall des gens de la trempe de ce directeur général piétiner allègrement et en toute impunité les valeurs cardinales de notre société. Car, rien ne devait justifier que cette personne et d’autres dans la même situation, de par leur profil intellectuel, académique, leur moralité, leur vécu historique, politique puissent être un jour des chefs de service encore moins des directeurs. S’il avait tant soit peu de pudeur en lieu et place de l’arrogance, l’effronterie sans limite qu’on lui connaît et qui n’épargnent personne, ni ses collaborateurs, ni les autorités publiques, politiques, religieuses et coutumières, il aurait gardé un profil bas et fait preuve au contraire d’humilité. Car, ils sont nombreux, ceux qui auraient bien pu occuper ce poste de Dg qui le dépasse.
Pour ce genre de personnes, qui sont plus à plaindre qu’à mépriser, et qui sont pourtant de bonne famille, ce n’est ni une question de naissance, d’éducation encore moins de destin. C’est  une question  de choix. Pour autant, les honnêtes Séné­galais  qui ont su préserver leur dignité sont bien en droit de se  poser cette lancinante question : Où est ce que ces funestes personnes puisent leur force, après une sale journée, bien remplie en bassesse et en mal, pour se regarder le matin devant le miroir, le soir croiser le regard du voisin, de leurs enfants et de leurs épouses, s’acquitter de leurs devoirs d’époux dans l’intimité de leurs foyers ? Un  philosophe allemand, Paul Henri Dietrich d’Holbach vers 1750 avait publié un essai sur l’Art de ramper à l’usage des courtisans : «En échange des avantages, faveurs que le Seigneur leur offre, les courtisans payent en complaisance, assiduités, en flatteries, en bassesse….»
Au vu de ses actes, le directeur général de notre Radiotélévision du Sénégal (Rts), aurait-il excellé voire surpassé ses compères courtisans d’il y a trois siècles ?
Maître Djibril WAR
wardjibril@yahoo.fr

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