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Famara Ibrahima sagna, président du Dialogue national.

Quand le patriarche et ancien Président Abdoulaye Wade se réconcilie  avec  le Président Macky Sall, chef de l’Etat, nombreux sont ceux qui acquiescent, mais nombreux sont aussi ceux qui demeurent sceptiques. Les uns pensent qu’il était temps, mais mieux vaut tard que jamais. D’autres trouvent que ces retrouvailles ne sont dictées que par les intérêts de l’heure. De grands chroniqueurs sont allés jusqu’à étaler un passif sombre, selon eux, des acteurs de l’acte 2 durant leur gouvernance respective. Ils justifient ainsi l’inopportunité de cette rencontre pourtant scellée un vendredi sur le chemin du paradis que symbolise la grande mosquée Massalikoul Jinane, un bijou de la communauté musulmane. Demandez à d’autres le bilan de ces gouvernants, ils n’hésiteront pas à vous citer uniquement un actif kilométrique et élogieux ! Une façon de dire évidemment qu’un bilan est forcement constitué à la fois d’un passif et d’un actif.

La culture de la haine et la spirale
de la vengeance
Une cohabitation sans heurt  n’existe nulle part, et une guerre sans fin mène vers une destruction lente, mais sûre de tous les protagonistes.  S’arc-bouter sur les préjudices subis, même graves, ou les fondements supposés  véridiques de sa cause sont le meilleur moyen de cultiver la haine. Et la haine est le plus court chemin vers le suicide collectif.
Le meurtre est le plus ignoble des crimes. N’empêche, les défenseurs des droits de l’Homme osent contredire et défier Dieu en interdisant formellement la peine de mort, une loi divine. Leur souci étant de couvrir les marges d’erreur des hommes compte tenu de la sacralité de la vie, quelles que soient la cruauté et la flagrance du délit. Comment comprendre alors dans le cadre de ces retrouvailles qui font l’actualité que des adeptes de ce principe veuillent s’opposer à l’amnistie d’un citoyen condamné, sous prétexte de la dimension gravissime de son crime économique ? Oublient-ils ou alors ignorent-ils que la justice humaine, naturellement imparfaite, est quelquefois très injuste ? Alors, quand elle se décide à pardonner, à défaut de l’encourager, ne l’en dissuadons pas ! Certes il est difficile de dire s’il faut châtier pour lutter contre l’impunité ou s’il faut pardonner pour lutter contre l’injustice. Seul Dieu détient la vérité absolue dans nos jugements.
Quand le prophète Ibrahim dit à Namroud, le puissant roi de son époque : «Mon Dieu est celui qui donne la vie et la mort», celui-ci lui répondit : «Moi aussi je donne la vie et la mort.» Pour en donner la preuve, il fit venir deux condamnés à mort, ordonna que l’un soit tué et l’autre gracié. Sa thèse n’a prouvé que la tyrannie des hommes. Les prophètes qui n’ont offert qu’amour et sagesse ont été victimes de la haine. C’est ainsi que Jésus fut condamné à la crucifixion. Quatre cents ans avant, le Philosophe Socrate fut lui aussi condamné par l’assemblée d’Athènes à boire un poison mortel, accusé injustement de corruption de la jeunesse et d’impiété. Les scientifiques n’ont pas été épargnés par la série de terreur : Galilée a payé de sa vie pour avoir défendu que «la terre n’est pas le centre du monde» comme le soutenaient les croyances de l’époque, mais «qu’elle tourne bien autour du soleil». Sur les quatre khalifes et successeurs du prophète Mouhammad, trois ont péri sous l’emprise de la violence et de la haine qui sommeille en l’homme. Malheureusement, des siècles après, les stigmates de ces atrocités sont toujours là. Faudrait-il pour nous qui sommes de la dernière génération favoriser le despotisme et entretenir la haine qui se traduit par une spirale de vengeance, ou alors tout simplement prôner le pardon, la réconciliation des cœurs et des esprits pour un monde juste et paisible ?

Le pardon et la paix
Tout le contraire de la haine, le pardon et la paix sont le soubassement de la liberté d’esprit, de la pérennité de toute entreprise et la condition sine qua non pour l’épanouissement d’un Peuple. Quand les intérêts  de la France semblent  menacés, les soumis et les insoumis font front commun, peu importe si l’adversaire à tort ou raison.
Ici il est regrettable que chaque camp se donne toujours raison, se fortifie, et cherche, même en pleine négociation pour la paix sociale, à blanchir un allié et condamner un adversaire quitte à user des appareils étatiques, juridiques ou législatifs. Cela ne peut que biaiser l’objectif d’un climat apaisé. Ces retrouvailles entre hommes politiques sénégalais ne doivent pas être qualifiées ou réduites à une simple affaire de famille libérale. Elles doivent aboutir à un vrai dialogue national. J’en appelle aussi à l’intransigeance sans réserve des opposants les plus durs pour ne pas dire les plus farouches contre le régime actuel. Si leur conviction personnelle et sincère de la cause qu’ils défendent peut justifier cette attitude hermétique et déterminée, l’intérêt  suprême de la Nation peut exiger le dépôt des armes. Oui, je préfère les outils et les arts aux armes. Ils ont tous eu le mérite d’avoir bien servi la Nation à un moment ou à un autre, à un niveau ou à un autre, les uns en tant que ministres ou Premier  ministre, les autres en tant que député ou autre. Qu’il s’appelle Abdoul Mbaye, Mamadou Laminé Diallo, Thierno Alassane Sall ou Ousmane Sonko, leur patriotisme a franchi les frontières, mais leur témérité ne doit pas ternir l’avenir enchanteur du Sénégal qui a plus que jamais besoin de tous les bras de ses fils pour se hisser au rang des pays et des Peuples les plus prospères de la terre.
L‘énergie que nécessité un tel défi exclut toute dispersion des forces. La richesse jamais imaginée, enfouie sous nos sous-sols, a besoin de l’union des cœurs et des esprits pour être bien transformée. Gardons à l’esprit que, tout comme le nucléaire, le gaz et le pétrole peuvent détruire voire anéantir au lieu de servir. Et cela ne tient qu’à un fil. Sachons raison garder, car les Wolofs disent que «Ballaa ngi ci lamegn» «La parole est source de malédiction».
L’Afrique, malgré sa pauvreté,  a été suffisamment assiégée  et exploitée  pendant des siècles par des Nations à l’époque moins servies par la nature et aujourd’hui qualifiées de pays riches. Quand les rigueurs de la survie imposaient aux plus pauvres d’un temps révolu de s’attaquer à d’autres Peuples et de s’emparer du peu de leurs richesses, ces derniers, une fois souris par la nature, doivent éviter de passer leur temps à se guerroyer au risque d’être surpris à nouveau par l’assaillant qui, plus qu’hier, a autant besoin de ces richesses pour satisfaire sa soif de dominer et maintenir sa suprématie. L’heure n’est plus aux invectives ni à la vindicte populaire, mais au pardon et à la réconciliation nationale. Si le Sénégal veut devenir une Nation prospère en exploitant avec efficacité les richesses découvertes dans son sous-sol, il doit impérativement s’enraciner sur ses propres ressources humaines sans restriction et tendre la main avec réalisme au reste du monde.
Oui, le spectateur sur les gradins a la chance de ne jamais rater un penalty et le pouvoir de crier sur un champion comme Sadio Mané quand il en rate. Comme quoi, il faut être sur le terrain pour commettre des erreurs. Cultiver le dépassement en soi pour comprendre l’autre peut éveiller en lui un surpassement pour se rectifier et relever les grands défis.
Il faut bannir la haine pour toujours. Même l’adversité doit être évitée autant que possible si ce n’est dans le cadre d’un jeu ou dans le but de se corriger et de se rendre mutuellement plus performant et sans rancune. L’histoire violente des invasions mongoles, des croisés des nazis, des esclavagistes, des impérialistes, des terroristes islamistes, occidentaux ou américains, des génocidaires bosniaques, ruandais, centre africains, et du massacre des civiles palestiniens, afghans, syriens, libyens et irakiens doit servir de motif de solidarité et de retenue à ceux qui veulent en être épargnés. Elle doit aussi, cette douloureuse histoire, servir de rappel que la haine envers son prochain ne peut être que source de violence, de guerre et de destruction.
Au-delà  de notre petit, mais beau pays le Sénégal, il faut cultiver le pardon et la paix pour toute l’humanité, car c’est là le seul gage d’une paix intérieure.
Alors, à l’image de nos deux Présidents, que tous se serrent la main sans arrière-pensée et que chacun joue sa partition avec sincérité et pour l’intérêt de tous.
Cependant, il faut éviter une paix sociale éphémère qui symbolise le calme avant la tempête. Toute utilisation tendancieuse d’un climat social apaisé, le temps de sortir d’une crise crypto-personnelle, ne ferait que replonger la population dans un cycle de déception, de galère et de contestations.
Ce dialogue et cette paix sociale doivent permettre la mise en place d’une justice indépendante et d’institutions agréées par les acteurs, afin de garantir la gestion présente et future du pays par des hommes et des femmes nommés ou élus dans la concorde et la plus grande transparence.
Cheikh Bamba DIOUM
bambadioum@gmail.com

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