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La Société civile «n’est pas contre» le report des élections locales mais veut une date dans un délai «raisonnable», précisément en juin 2020. Elle est représentée à la commission du dialogue politique mais s’inquiète que ces concertations tirent en longueur, alors même que le dialogue national ne bouge pas.

Après le Forum civil, c’est au tour d’autres organisations de la Société civile de dénoncer le report des élections locales sine die. En conférence de presse hier, l’Ong 3D, la Cosce, la Raddho, Africa Jom Center et d’autres structures, mais aussi l’universitaire Ngouda Mboup soutiennent que les motifs invoqués pour le report sine die des élections départementales et municipales et la prorogation des mandats des conseillers territoriaux élus le 29 juin 2014 «ne visent ni l’intérêt général ni le respect des principes démocratiques, encore moins le respect du droit fondamental de suffrage». Dès lors, il urge, selon eux, de fixer la tenue des élections dans un «délai raisonnable» qui n’entraîne pas une prorogation du mandat des élus territoriaux au-delà d’une année. Sur ce, ils recommandent la tenue des élections territoriales «au plus tard le dimanche 28 juin 2020».

«L’audit du fichier entre décembre 2019 et janvier 2020»
En outre, ces organisations de la Société civile souhaitent l’évaluation de l’élection présidentielle du 24 février 2019 et l’élaboration des termes de référence de l’audit du fichier électoral par la commission du dialogue politique «au plus tard fin novembre 2019», l’audit complémentaire du fichier électoral «dans le courant décembre 2019-janvier 2020». En plus de ces questions examinées par la commission dirigée par le Général Mamadou Niang, elles demandent la révision exceptionnelle, la publication des listes électorales et le contentieux «entre la mi-janvier et la mi-février 2020» ainsi que la sécurisation et l’encadrement de la durée du mandat des élus territoriaux par la Constitution. «En décidant de proroger le mandat des conseillers départementaux et municipaux sans en fixer une limite, le législateur sort du cadre légal défini par l’article 67 de la Constitution et porte atteinte à la Constitution, au Code électoral et au Code général des collectivités territoriales», a dénoncé le porte-parole du jour, Babacar Bâ. Le leader du Forum du justiciable ajoute que face à cette «anomalie», la Société civile tient à alerter, dans une perspective d’anticipation, sur «cette grave erreur qui risquerait de porter atteinte à la légalité et à la légitimité démocratique».

«Aujourd’hui, il y a deux dialogues dont celui entre Wade et Macky»
La Société civile a fait ces observations alors qu’elle a des représentants au sein de la commission cellulaire du dialogue politique qui a décidé du report des Locales après un «consensus fort» entre les parties prenantes. Pourquoi porter ce débat sur la place publique et non au sein de ladite commission ? A cette question, Moundiaye Cissé répond : «Au niveau du dialogue politique, il y a plus de 100 membres, mais 4 seulement sont de la Société civile. Là-bas, on a défini un code de conduite selon lequel quand on s’accorde sur un consensus, c’est acté et on avance. Mais chacun a sa liberté de dire qu’il est d’accord ou pas.» Le Directeur exécutif de l’Ong 3D d’ajouter : «Nous n’avons jamais été contre le report des élections locales parce que cela s’imposait. Mais nous sommes contre tout dialogue, tout report non encadré ; et c’est cela que nous dénonçons aujourd’hui. Depuis 1984, on n’a jamais organisé les élections locales à date échue. Cela veut dire qu’on ne respecte pas les élections locales.» L’autre problème, selon M. Cissé, est qu’il y a aujourd’hui deux dialogues. «Le dialogue sur les processus électoraux et un dialogue latent, un dialogue qui se fait en dehors des instances régulières. Les retrouvailles Wade-Macky, c’est l’aboutissement d’un dialogue sous terrain. Il y a un dialogue formel et informel et c’est cela qui pose problème», constate-t-il.

«Jamais on n’a eu un dialogue qui a dépassé 3 mois» 
Moundiaye Cissé est revenu sur la durée du dialogue politique. «Nous en sommes à la 34ème rencontre. Jamais on n’a eu un dialogue qui a dépassé 3 mois. Aujourd’hui, nous avons entamé le 6ème mois de ce dialogue politique, c’est inédit. Combien ce dialogue nous coûte ? Il doit être encadré. C’est inadmissible», dénonce-t-il. Avant de poursuivre : «Le dialogue politique est né avant le dialogue national et tous les actes du dialogue politique doivent être actés par le dialogue national qui n’existe pas encore. C’est un problème. L’horloge électorale sénégalaise est bloquée et personne ne peut dire quand est-ce qu’on va organiser les élections locales et celles législatives car on prête au pouvoir la volonté de coupler les Légis­latives et la Présiden­tielle.»
Voilà donc une sortie pour le moins fracassante qui va polluer l’atmosphère du dialogue politique. Et qui, peut-être, pourrait susciter des interrogations sur la suite des concertations de Ngor Diarama. Pour l’heure, les réunions ont été suspendues jusqu’après le Gamou.

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