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Assoiffer les Niayes pour abreuver Dakar. C’est ainsi que les maraîchers et agropasteurs des Niayes assimilent le projet de l’Etat en cours, relatif à la construction d’une dizaine de forages dans la commune de Dien­der. «Les ressources en eau appartiennent à tous. Certes la boisson est une priorité et il est tout à fait normal pour l’Etat de vouloir régler le problème d’eau dans la capitale, mais l’agriculture et l’élevage ont une importance à ne pas négliger. Nos activités ne doivent pas être sacrifiées dans cette volonté de l’Etat de résoudre un problème ailleurs», a expliqué lundi Dou­dou Diop, secrétaire général de la Fédération des agropasteurs de Diender (Fapd), par ailleurs président de la Fédération nationale pour l’agriculture biologique. Toutes les organisations s’activant dans l’agriculture et l’élevage dans la zone des Niayes s’étaient donné rendez-vous à l’occasion au siège de la Fapd pour poser «le premier acte» du combat contre ce projet. «Ce que nous voulons, c’est qu’une partie de l’eau à exploiter à travers les 11 forages à réaliser dans la commune de Diender nous serve et que l’autre partie soit acheminée à Dakar. Les populations de Dakar sont des citoyens comme nous et ont droit à l’eau, mais nous de Diender avons aussi droit à l’eau», a exhorté Alas­sane Thiombane, parlant au nom des jeunes maraîchers  Il a dans la lancée fait savoir que «beaucoup de villages de la localité n’ont pas accès à une eau potable». Outre cela, la mesure va conduire à une récession sans précédent dans la zone. «L’agri­culture nourrit plus de 75% de la zone. Et priver les Niayes d’eau va accentuer les problèmes de l’émigration clandestine et le rush des jeunes vers la capitale», a-t-il ainsi prévenu, tout en informant que sur les 11 forages, «six à sept ont commencé à être exploités». «L’eau se fait rare de jour en jour dans nos puits qui nous permettent d’arroser nos cultures et la situation va empirer au point de tuer notre activité», s’est plaint Matar Ndoye, président de la Fapd. Il a fait part de la grande détermination des populations de la zone à faire face. «Nous interpellons directement le président de la République. De Rufisque à Lompoul, tous les acteurs de la zone des Niayes se sont réunis ici pour étaler leur mécontentement face à ce projet pour lequel ils ne sont aucunement impliqués. Et ce, bien qu’impactant leurs activités. Cette rencontre est le premier jalon que nous posons et d’autres actions vont suivre, car nous ne nous laisserons pas faire», a-t-il soutenu.
Comme conséquence du pompage d’eau à acheminer sur Dakar, une menace de la production agricole, d’après Mamady Kane, technicien en hydraulique habitant la zone. «On va vivre la baisse de la nappe maastrichtienne que les techniciens veulent capter et de par cette nappe on va avoir aussi la baisse de la nappe phréatique qui est le support  des puits qui sont utilisés par les petits producteurs. La 2ème conséquence avec le pompage de manière abusive et anarchique est que l’on va avoir la remontée du buser salé. Ce qui rendra les champs salinisés et incapables alors de produire des rendements», a-t-il averti. Massèye Diongue, président de l’Union nationale des producteurs maraîchers, voit la main du ministre Mansour Faye derrière tout cela. «Le ministre de l’Hydraulique relègue en dernier plan les intérêts de la zone des Niayes. Même pour le forage de Berthiélane que le Président Macky Sall avait demandé de réaliser sans condition lors d’une tournée qu’il avait effectuée ici, Mansour Faye l’assujettit à des conditions», a-t-il dénoncé, mettant au nombre desdites conditions «des abonnements».
«Cette rencontre est juste un signe. On a d’autres stratégies. Et si nous les appliquons, ce sera difficile», a-t-il juré.
abndiaye@lequotidien.sn

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