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Quand Dieynaba Sarr naissait en 1989, Thomas Sankara avait fini d’imposer sa vision panafricaine au Burkina Faso. 29 ans après, elle poursuit «la révolution», pas avec le pouvoir politique, mais avec son unique arme : Sa plume. Cette Sénégalaise, qui a des origines maliennes, vit sa passion : l’écriture. Mais ses nuits sont faites de rêves parmi lesquels : Etre témoin d’une politique décomplexée, basée sur le respect réciproque entre Français et Africains, une relation gagnant-gagnant basée sur la transparence dans les actes de coopération. Sans gilet, elle plonge dans la mer agitée par les controverses où nagent depuis des siècles la France et ses alliés africains. Des pays liés par l’histoire et des liens consolidés par le temps.
Dans sa récente publication intitulée La politique africaine de la France : Entre rupture et continuité, œuvre de 237 pages et publiée en 2017, elle scrute les vieux rapports entre le pays de Marianne et le continent noir. Une œuvre inspirée de son passé : «Dans le cadre de mes études supérieures, j’ai eu l’occasion en cours de géopolitique de faire un séminaire sur le thème de la Françafrique, mais aussi à la maison dans notre bibliothèque il y a beaucoup d’ouvrages sur les leaders africains, les dossiers contemporains de l’Afrique, etc. Tout cela a aiguisé ma curiosité et accru ma passion pour le thème. Et j’ai donc senti la nécessité d’approfondir mes connaissances là-dessus et de les partager», justifie-t-elle d’un grand sourire.
Ces relations actuelles n’agréent guère l’ancien potache de l’institution «Notre Dame». Dans un contexte de découverte de ressources naturelles au Sénégal, elle prône «la rupture des liens nébuleux marqués par des exactions multiformes».
Confortablement assise dans son salon, Dieynaba Sarr est sobrement habillée d’un ensemble noir, le sourire emplit son visage noir. Ses petites boucles d’oreilles scintillent sous l’effet de la lumière blanche qui éclaire sa tête, ses fines tresses effleurent son dos. La fille de Mouhamadou Hady Sarr, ancien président de la Cour des comptes, milite en faveur d’une réorientation des rapports entre la France et ses anciennes colonies. «Mon ouvrage est une analyse objective des relations franco-africaines en présentant sans ambages des pans de l’histoire pour montrer que les responsabilités sont partagées surtout entre dirigeants français et africains depuis le lendemain des indépendances et au détriment des pauvres populations de ces anciennes colonies françaises, aux fins de trouver ensemble les moyens d’asseoir de nouvelles relations saines et profitables», lance-t-elle en haussant la tête, les yeux fixés sur son bouquin bleu.
La politique africaine de la France : Entre rupture et continuité est le baptême du feu de celle qui veut s’imposer en couchant ses idées, ses idéologies et ses fictions sur du papier. Histoire de se libérer en faisant de sa passion l’une de ses préoccupations quotidiennes.
Dieynaba Sarr a deux fois été lauréate du Concours général sénégalais en classe de Première et en Terminale. Après l’obtention du Baccalauréat, la demoiselle opte pour des études en droit à l’Institut supérieur de droit de Dakar (Isdd) où elle obtient une Licence en droit public en 2010. Trois années après, elle décroche son diplôme de Master 2 en  relations internationales à l’Université du Sahel. Actuellement, elle sert à la direction des Affaires juridiques et de la coopération de l’Agence nationale des affaires maritimes (Anam).

Un environnement propice à l’écriture
Dieynaba Sarr s’est très tôt familiarisée avec ses voisins particuliers : les livres. Etant jeune écolière, elle se plaisait à feuilleter les ouvrages qu’elle voyait tous les matins à la bibliothèque familiale aux contenus divers. D’un ton calme, le visage serein, la main droite sur la bague de celle de gauche, la native de Dakar livre ses secrets : «Depuis toute petite, j’ai aimé lire, faire de petites fiches de lecture. Mes parents aussi y ont beaucoup contribué grâce à une bibliothèque bien garnie à la maison et à l’achat de livres au fur et à mesure de mon évolution scolaire. Ce qui m’a tracé une voie de littéraire et m’a permis chaque année, durant les vacances, d’anticiper les œuvres au programme de l’année suivante.» Sa récente publication n’est pas une surprise si l’on se fie à son ancien professeur, par ailleurs juge à la Cour de justice de la Cedeao, Alioune Sall. «Dieynaba Sarr est une jeune chercheuse que j’ai eu le bonheur de compter parmi mes étudiants les plus sérieux et les plus prometteurs», affirme-t-il.
Elle est peinte par ses collaborateurs comme une personne généreuse et réfléchie. Selon Fatimata Traoré, l’une de ses amies : «Dieynaba est quelqu’une qui ne triche ni ne fait dans la langue de bois. Elle est humble.» Elle a aussi des défauts qui rendent parfois difficiles certaines de ses relations. «Je suis nerveuse, très têtue, impatiente et d’un fort caractère», dit-elle sur un débit rapide en éclatant de rire. Une joie qui se transforme en peine quand elle pense à la disparition de sa grande sœur, l’évènement le plus marquant de sa vie. D’un abord facile, «l’essayiste» de taille moyenne préfère s’habiller le plus souvent en rouge et noir : ses couleurs préférées. Son oreille lui impose les chansons de Coumba Gawlo Seck et de Youssou Ndour.

«Garçon manqué»
Elle garde la ligne malgré l’intermittence des activités sportives. Le football a pendant un moment de sa vie été une passion. «J’ai beaucoup joué au football. J’avais intégré l’équipe féminine de l’Institution Notre Dame. Je jouais bien. Avec l’uniforme, j’avais fini par m’habituer aux culottes et équipements sportifs. Je jouais à l’attaque, mais avec les blessures, j’ai fini par y mettre un terme», se souvient-elle, la voix empreinte d’émotions en écarquillant les yeux. Dieynaba Sarr ne subit plus les tacles glissés de ses adversaires, mais elle suit de près les acteurs du ballon rond. Elle supporte le Real Madrid. «Demain (c’était mardi), nous allons battre le Paris Saint Germain», projette-t-elle confiante. Ronaldo et compagnie lui ont finalement donné raison.

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