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Que faire pour réduire les décès maternels et néonatals au niveau de la région de Diourbel ? La résolution de cette équation à plusieurs inconnus préoccupe les acteurs sanitaires de la localité d’autant plus qu’elle est la cinquième région la plus touchée par cette situation. Ils ont tenté d’apporter des réponses à ce fléau au cours d’un Comité régional de développement axé sur le bilan des décès maternels et néonatals du premier semestre de l’année 2019.

L’hypertension artérielle et ses complications, le non-respect des visites prénatales, le déficit de postes de santé, de blocs opératoires, du personnel qualifié, entre autres maux, ont été soulevés comme causes des décès maternels et néonatals. C’était à l’occasion d’un Comité régional de développement (Crd) sur le bilan des décès maternels et néonatals à Diourbel. Coordon­natrice en santé de la reproduction de la région médicale de Diourbel, Adjaratou Fatou Ndiaye Sène donne les détails : «En 2016, nous avions enregistré 115 décès maternels. En 2017, 80 cas, 74 décès maternels en 2018 et 34 cas pour le premier semestre de 2019.» De l’avis de Mme Sène, la région médicale de Diourbel occupait la première place concernant les décès néonatals par rapport à l’enquête démographique de santé. Actuellement, ajoute-t-elle, «Diourbel occupe la cinquième place derrière Kaolack, Saint-Louis, Matam et Sédhiou. Nous occupons la 5ème place par rapport à la mortalité néonatale avec un taux de 31 pour 1000 naissances vivantes. Un échantillon a été fait au niveau de l’Etablissement de santé publique (Eps) de l’hôpital Fawzaïni de Touba avec 10 décès néonatals audités. Les causes tournent autour de la prématurité, l’hypertension artérielle et ses complications».

Manque de produits sanguins et de ses dérivés
Pour le gynécologue Dr Malick Guèye, par ailleurs responsable de la maternité de l’hôpital Heinrich Lübke de Diourbel, «le problème qui se pose dans cette région au niveau de cette infrastructure sanitaire en particulier renvoie à la non-disponibilité des produits sanguins et de ses dérivés». Par exemple, dit-il, «sur les 10 décès qu’on a eu à avoir, les 9 sont des complications de l’hypertension artérielle, c’est-à-dire il y a un problème de plaquettes parce qu’elles sont autoconsommées. Ce qui entraîne des troubles de la crache sanguine». Malheureusement, poursuit Dr Guèye, «nous ne l’avons pas dans la région et devant cette situation, nous sommes obligés d’utiliser du sang total. On a des ruptures de médicaments, notamment le Syntocino qui est un produit qu’on utilise pour permettre à l’utérus de se contracter après l’accouchement. Quand vous sortez le bébé, il faut aider l’utérus à se contracter. Ce qu’on dit dans notre jargon une sécurité au niveau de l’utérus. Malheureusement, quand vous n’avez pas ce produit, vous pouvez utiliser d’autres produits et des fois ça n’existe pas». A l’en croire, le non-respect des visites prénatales constitue une énorme difficulté en indexant un problème de moyens ou d’éducation de base. «L’autre problème c’est pendant les quatre premiers mois. La femme cache sa grossesse, c’est la tradition dans cette région», martèle-t-il. Selon lui, «il faut non seulement une communication pour parler à la grande masse, mais il faudrait aussi avoir au moins une sage-femme dans chaque poste de santé». L’adjoint au gouverneur, chargé des Affaires administratives, Baboucar Moundor Ngom, rappelle que «la question est préoccupante au niveau de la région. Le taux de décès maternels et néonatals au niveau régional est supérieur à la moyenne nationale. Ce qui veut dire que des mesures urgentes doivent être prises et mises en œuvre».

«On ne doit pas perdre la vie en la donnant»
«Nous avons pour mission d’orienter, sensibiliser, informer et accompagner si nécessaire», renchérit la présidente des badiénou gokh de la région, Lalla Fall Ba Kane, qui rappelle que «les femmes enceintes doivent être accompagnées dès le début de la grossesse pour qu’elles respectent leurs quatre visites prénatales et les trois post-natales afin d’éviter toute complication. C’est inadmissible de perdre la vie en la donnant, mais les femmes ont l’habitude de cacher leurs grossesses».

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