PARTAGER

Serigne Moustapha Cissé est décédé ce samedi à Dakar à l’âge de 86 ans. Né en 1931, le khalife général de Pire quitte ce bas monde au terme d’une mission parfaitement accomplie et dont le rideau est tombé avec l’épilogue du mois béni du ramadan.

Le premier foyer religieux du Sénégal est en deuil. Serigne Moustapha Cissé n’est plus et Pire pleure son 4e khalife. Des milliers de pèlerins ont convergé samedi dernier, dès l’annonce de la disparition du khalife-diplomate et éducateur, dans cette commune de 18 mille 461 âmes, créée vers 1600. Tristesse en bandoulière, ils ont pris d’assaut la zawiya du premier khalife de Pire, Tafsir Abdou Birane Cissé, là où il a été enterré ce samedi 24 juin 2017, à 19h, sous la présence du khalife général des Tidianes, Serigne Abdou Aziz «Al Amine». Ambassadeur honoraire, Grand-croix de l’Ordre national du Lion, Serigne Moustapha Cissé, homme d’une dimension internationale, a dignement représenté le Sénégal à travers le monde. Trilinguiste, avec l’arabe le français et l’anglais, El Hadji Moustapha Cissé fut l’un des premiers Sénégalais arabophone à être admis dans la diplomatie. Dans ce domaine, il est l’artisan incontestable du développement de la coopération arabo-sénégalaise. Ancien ambassadeur au Caire, en Arabie Saoudite et notamment au Koweït, Serigne Moustapha Cissé qui fut pendant plusieurs années commissaire général au pèlerinage à la Mecque était le conseiller spécial des présidents Senghor et Diouf. Khalife de Pire après les disparitions successives de ses pères et oncles, El Hadji Moustapha Cissé, avançant dans la voie tracée par ces derniers et en y ajoutant sa touche personnelle, a abattu un travail de titan. De telle sorte qu’aujourd’hui, la famille Cissé, éparpillée au Sénégal, en Gambie, dans la sous-région et ailleurs se retrouve annuellement au cours de plusieurs manifestations initiées, développées et fructifiées par Serigne Moustapha Cissé, explique un proche de la famille.
Son bâton de pèlerin en main, ne ménageant ni sa santé ni son temps ni ses moyens, le défunt sillonnait inlassablement villes et villages du Saloum et de la Gambie, prenant l’avion si le besoin s’impose, pour rendre visite à un Cissé, un Sakho, un Dramé, un Touré… La fibre diplomatique de Serigne Pire n’est sans doute pas étrangère à cette démarche de proximité si chère à la famille Cissé, si nécessaire à son unité et tant recommandée et appréciée par Dieu.
Attaché à l’éducation et à la formation, Serigne Moustapha Cissé prêchait sans arrêt la bonne parole. Ainsi, les réunions de sections de la Fraternité musulmane de Pire (Fmp) auxquelles il assistait en tant que responsable moral dudit mouvement constituaient des tribunes pour développer des thèmes liés à la formation des fidèles, aux pratiques culturelles, à la vie en société, au devoir du citoyen, entres autres… Serigne Moustapha Cissé, khalife général depuis 1998, a, à son actif, un Institut islamique qui, aujourd’hui, est le répondant de la Faculté de théologie de Tripoli (Libye). Il est fréquenté depuis plusieurs années par des étudiants de la sous-région ouest africaine.
Assurément, le défunt khalife a pris le relais des grands érudits qui, sous la conduite de Khaly Amar Fall, avaient implanté à Pire la fameuse Université qui a vu défiler des centaines de personnes en quête de savoir et qui sont devenues par la suite des maîtres du Coran et des sciences islamiques. De ce fait,  il a concrétisé la promesse des fondateurs de l’Université de Pire qui, lorsque les colons français avaient brûlé l’établissement, rassuraient les musulmans en disant : «Il arrivera un moment où un de nos petits-enfants fera revivre cette grande école.»
Fils de Serigne Amadou Cissé, l’éminent diplomate du Sénégal auprès des pays du Golfe, qui a joué un rôle fondamental auprès des familles religieuses du pays afin que l’unité soit la règle, avait un vœu qui lui était cher. Celui de réhabiliter la mosquée, la plus ancienne d’Afrique de l’Ouest construite en 1611, mais également la première université islamique du pays ouverte vers 1603. Des patrimoines historiques qui représentent des symboles de l’unité des habitants de Pire et au-delà, de la Nation sénégalaise, pour avoir ouvert ses portes à presque tous les érudits musulmans. Pour que «ces patrimoines historiques méritent d’être réhabilités».
Serigne Moustapha Cissé repose désormais à la zawiya Tafsir Abdou Birane Cissé et son frère Serigne Mansour Cissé lui succède à la tête du khalifat.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here