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En 1986, Hugh Masekela et Johnny Clegg écrivaient, chacun de son côté, une chanson en l’honneur de Nelson Mandela, alors en prison : Bring Him Back Home pour le premier et Asimbonanga pour le second, à la fois plaidoyers pour la libération de l’icône de la lutte anti-apartheid et hymnes de ralliement qui plaçaient ce combat pour la justice, l’égalité et la liberté dans les espaces publics et les foyers les plus reculés…

Johnny Clegg, décédé ce mardi 16 juillet à l’âge de 66 ans, a rejoint Masekela et Madiba, sans pour autant quitter le cœur des mélomanes et combattants de la liberté à travers le monde pour qui il continuera de symboliser -avec bien d’autres artistes- le refus de la soumission et de l’exploitation d’un groupe par un autre au nom d’une prétendue supériorité raciale.
Son élan humaniste l’a conduit à trouver un intelligent mélange entre les influences de ses lointaines origines occidentales et les rythmes et mélodies de son pays, l’Afrique du Sud. C’est ce qui lui a valu le surnom de ‘’White Zulu’’ (le Zulu blanc), expression d’un humanisme qui veut que les hommes et femmes vivant sur le même territoire soient obligés -condamnés même- de bâtir l’édifice d’un vivre-ensemble bien compris, profitable et enrichissant à tous.
Clegg est donc parti aujourd’hui après quatre ans lutte contre un cancer du pancréas, semant tristesse un peu partout dans le monde. Sa mort vient rappeler deux choses : l’exaltation de sentiments humains comme l’amour, la lutte acharnée pour les droits humains fondamentaux, à travers la création artistique surtout, installent durablement son auteur dans la conscience des hommes, le rendant immortel ; il faut rester vigilant et mobilisé parce que rien n’est acquis pour de bon, les attitudes réactionnaires et les populismes de toutes sortes nous rappelant que les victoires d’hier peuvent être remises en cause.
Les djéli du Mandé disent que «la mort n’est rien, c’est partir sans laisser de traces qui peut être un drame». Pour ce qu’il a chanté, dit en dehors des studios et des scènes, aux quatre coins du monde, Johnny Clegg a vécu une vie utile. Il restera vivant. Il avait chanté Asim­bonanga, qui veut dire «nous ne l’avons pas vu», en référence à Nelson Mandela. Depuis, le monde a vu Mandela. Dans ce fait, il a admirablement joué sa partition. Il y a bien d’autres actes de noblesse et de grandeur à son actif, mais rien que pour cela, il a mérité son repos.
Aboubacar Demba Cissokho, Le Grenier

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