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Sarah Maldoror était une des pionnières du cinéma panafricain. La Guadeloupéenne s’est éteinte ce 13 avril à l’âge de 91 ans. Avec près de 40 films à son actif, Sarah Maldoror s’est surtout illustrée pour sa lutte contre l’oppression et l’aliénation.

Elle est une des pionnières du cinéma panafricain. Sarah Maldoror est morte hier, victime du coronavirus. D’origine guadeloupéenne, elle est née le 19 juillet 1929 d’un père guadeloupéen (Marie Galante) et d’une mère du Sud-Ouest (Gers). Elle choisit le nom d’artiste de Maldoror, en hommage au poète surréaliste Lautréamont. En en 1958, elle crée la première troupe noire à Paris, «Les griots», aux côtés de Toto Bissainthe, Timoti Bassori et Samb Ababacar. L’un de leurs objectifs était de partager et faire connaître les textes des auteurs noirs, et d’offrir de grands rôles aux comédiens d’origine africaine. En 1961, Sarah Maldoror se rend à̀ Moscou pour étudier le cinéma, sous la direction de Mark Donskoï. Elle y apprendra la conception du cadre, le travail en équipe et une disponibilité constante pour l’imprévu : «Toujours entre prêt à saisir ce qui peut entrer derrière le nuage», disait-elle. Elle y rencontre aussi le cinéaste sénégalais Sembene Ousmane. Compagne de Mário Pinto de Andrade, poète et homme politique angolais (avec lequel elle a eu deux enfants), ils participeront aux luttes de libération africaine. Dans une tribune co-signée par sa fille Anoushka de Andrade, l’on apprend que son premier film Monangambee (1969), adapté de la nouvelle de Luandino Vieira, Le complet de Mateus, traite de l’incompréhension entre le colonisateur et le colonisé. Sublimé par la musique du Chicago Art Ensemble, ce coup de maître se voit décerner plusieurs prix, dont celui de meilleur réalisateur, par le Festival de Carthage. Sam­bizanga, réalisé en 1972 avec un scénario de Maurice Pons et Mario de Andrade, dresse, à travers le trajet politique d’une femme dont le mari meurt sous la torture en prison, la lutte du mouvement de libération angolais. Ce film, vivement récompensé, est une des œuvres majeures du cinéma africain et assoit sa réputation internationale d’artiste engagée.
Au total, son œuvre cinématographique de plus de 40 films «est le reflet d’une vaillante combattante, curieuse de tout, généreuse, irrévérencieuse, soucieuse de l’autre qui porta glorieusement le poétique au-delà̀ de toutes frontières», écrit sa fille. Son regard s’est notamment porté sur les poètes Aimé Césaire (5 films), René Depestre ou Louis Aragon, ainsi que les artistes peintres Ana Mercedes Hoyos, Joan Miro ou Vlady. Sa fille écrit à ce sujet : «Sarah Maldoror a mis l’acuité de son regard au service de la lutte contre les intolérances et les stigmatisations de tous types, (Un dessert pour Constance, d’après une nouvelle de Daniel Boulanger) et accorda une importance fondamentale à la solidarité entre les opprimés, à la répression politique, et à la culture comme unique moyen d’élévation d’une société.» Lors de sa dernière intervention publique au musée Reina Sofia (Madrid mai 2019) qui lui rendait hommage, elle répéta combien les enfants devaient aller au cinéma, lire de la poésie dès leur plus jeune âge, pour construire un monde plus juste. Révoltée au franc-parler, humaniste résolue, Sarah Maldoror célébra l’engagement de l’artiste et l’art comme acte de liberté. Son ami le poète Aimé Césaire, lui, écrivit ceci : «A Sarah Maldoror… qui, caméra au poing, combat l’oppression, l’aliénation et défie la connerie humaine». «Dans l’univers du cinéma noir antillais et africain, vous êtes l’une des seules cinéastes qui soient parvenues avec autant de force et de caractère à porter à l’écran les voix des persécutés et des insoumis», lui dit Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la communication, alors qu’il remet les insignes de chevalière de l’ordre national du Mérite à Sarah Maldoror, «une révoltée au franc-parler, une combattante des injustices, une humaniste résolue».

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