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Les accidents en mer ont pris ces dernières années une proportion inquiétante au regard du nombre de pertes en vies humaines. En effet, rien que pour 2017, il a été officiellement enregistré 141 morts ou disparus dans 92 accidents en mer, selon le rapport de la Direction de la protection et de la surveillance des pêches (Dpsp), soit une hausse de 63% par rapport à l’année précédente. La disparition en mer de quatre pêcheurs de Joal dans la nuit du lundi 16 septembre vient encore rallonger la liste des victimes.
Les pêcheurs artisans sénégalais ont toujours pu subvenir aux besoins de leur famille et des communautés grâce à l’abondance et à la variété des ressources halieutiques qui étaient une réalité dans les eaux sénégalaises. Cependant, à cause des politiques de pêche inadaptées, de la surpêche industrielle et des mauvaises pratiques de pêche, la situation a considérablement changé. Maintenant, ces pêcheurs doivent aller très loin en mer en risquant leur vie pour attraper le poisson qui est devenu hors de portée.
Même si les responsabilités sont partagées entre les acteurs et l’Etat, toujours est-il que c’est à ce dernier de mettre en place les conditions nécessaires pour assurer la sécurité des pêcheurs en mer.

Un mauvais système de gestion de la pêche et de prévention des accidents
Une rapide analyse de la situation nous a permis de savoir que l’éloignement des zones de pêche, causé par la raréfaction de la ressource et un mauvais système de gestion de la pêche, est une des principales causes qui sont à l’origine de ces tragédies.
Avec la raréfaction des ressources halieutiques, les pêcheurs s’éloignent de plus en plus des côtes, lors des sorties en mer, à bord de fragiles pirogues en bois et non adaptées à une activité prolongée en haute mer. Ces pirogues ne disposent pas de système de détection au radar et des cas de collision avec des bateaux de pêche ou avec d’autres pirogues sont souvent enregistrés. Avec les changements climatiques, les risques liés à la navigation en haute mer se sont exacerbés pour les pirogues de pêche artisanale.
Les lenteurs et les dysfonctionnements dans la prise en charge des accidents en mer occupent aussi une place de choix dans la recrudescence de la disparition des pêcheurs en mer. Avec l’absence d’un système d’alerte en cas de problème (avarie, panne de moteur, etc.) survenu en mer, les pêcheurs disposent rarement de moyens de communication adaptés leur permettant de lancer un Sos pour bénéficier d’un secours. Et même si exceptionnellement ils arrivent à transmettre un message, les faibles moyens opérationnels des services déconcentrés des pêches ne permettent pas une prise en charge rapide et efficace des messages de détresse.
Acteurs incontournables de l’économie sénégalaise, les pêcheurs méritent beaucoup plus de considération de la part des autorités. Mais on constate que le Sénégal tarde à professionnaliser le métier de pêcheur. Aucune disposition réglementaire n’a été jusqu’ici mise en place pour la pratique de la profession de pêcheur artisan, notamment de capitaine de pirogue. La plupart des pirogues de pêche sont manœuvrées par de jeunes capitaines sans expérience et n’ayant bénéficié d’aucune formation ni accompagnement de l’Etat en matière de navigation et de sécurité maritime. Des défaillances individuelles et collectives qui peuvent être des causes d’accident en mer.

Des solutions ne manquent pas
Malgré tous ces facteurs, des solutions ne manquent pas. Ainsi, comme le soutiennent certains acteurs et des organisations environnementales comme Greenpeace, il s’avère important de mener de larges concertations avec les parties prenantes afin d’identifier et de mettre en œuvre des stratégies permettant de réduire les cas d’accident en mer. A cet effet, le renforcement des moyens de surveillance, la géo localisation des pirogues, la mise en place d’un système de suivi des pirogues de pêche artisanale à l’instar de ce qui se fait pour la pêche industrielle avec le Vms (Vessel monitoring system, en anglais), la sensibilisation et la formation des capitaines de pirogue, l’application des sanctions prévues par la loi pourraient constituer des pistes de solution.
Aujourd’hui, en plus de l’octroi des gilets de sauvetage aux pêcheurs, le gouvernement du Sénégal doit travailler à répertorier tous les pêcheurs artisans actifs au Sénégal et à mettre en place des outils efficaces qui peuvent permettre de détecter les pirogues artisanales où qu’elles se trouvent en mer et de leur venir en aide. Le Sénégal doit aussi mettre en place des politiques de pêche adaptées pour lutter contre la surpêche et les mauvaises pratiques de pêche, notamment la pêche Illicite, non déclarée et non réglementée (Inn).
Les autorités politiques de la sous-région doivent renforcer la sécurité des pêcheurs artisans en mettant en place des systèmes de contrôle et de surveillance dans leurs eaux et en établissant une approche régionale intégrée de gestion des ressources halieutiques pour le bien de leurs populations. Il est important aussi de mettre en place des centres de formation pour renforcer les capacités des jeunes pêcheurs et particulièrement celles des capitaines des pirogue.
Si toutes les parties prenantes travaillaient main dans la main, la disparition des pêcheurs artisans en mer ne serait plus qu’un mauvais souvenir.
Abdoulaye NDIAYE
Chargé de campagne Océans à Greenpeace Afrique
andiaye@greenpeace.org

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