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Nous savons que la foule manque de discernement, qu’elle est sensible aux émotions et aux colères. Elle en veut à Aïssata de n’avoir pas mené le combat dont elle rêvait. Notre lâcheté, notre hypocrisie la désignent comme la parfaite victime pour nous blanchir. C’est sa faute, c’est la faute aux politiciens. Personne n’assume sa part de responsabilité. Personne ne veut mener son propre combat pour obtenir les changements qu’il souhaite. Il nous faut des intermédiaires. La doxa nous interdirait-elle, de considérer qu’en temps d’élections, il faille nouer des alliances, donner des consignes de vote pour espérer réaliser ce pour quoi on se bat depuis des décennies ?
Ceux qui condamnent la “lionne du fouta”, qu’ont-ils fait pour elle durant tout le temps qu’elle a lutté ? Non contents de ne point voter pour elle, ils ont la prétention de vouloir lui dicter sa conduite. Auraient-ils eu la décence de l’encenser pour ses faits d’armes, car elle en a eu et des notables, qu’on leur accorderait et encore, le droit de critiquer, de s’offusquer.
Ce lynchage médiatique renseigne sur la légèreté, parfois la méchanceté, de ceux qui s’y adonnent, qui s abritent derrière un clavier pour déverser leur propos plein de fiel.
Savent-ils que ne pas choisir pour elle, équivaudrait à sa mort politique ?
Je préfère de loin la voir vivante et active pour le Sénégal que morte pour satisfaire des gens qui ne votent pas pour elle.
Elle a été conséquente avec elle-même jusqu’au bout. Elle est sortie de la coalition Benno bokk yaakkar qu’elle avait fait gagner contre Wade, elle a été aux Législatives sous sa bannière, a mené le combat pour le Non au référendum et s’est portée candidate à la législature suprême.
Recalée, elle se devait de choisir entre les autres candidats retenus. Elle a consulté les protagonistes. Ce sont des moments d’influence, d’envoi de signaux, avec l’objectif majeur de changer chez l’autre la compréhension de ses intérêts.
Les relations interpersonnelles jouent un rôle majeur dans les tentatives d’alliance.
Aïssata pouvait-elle se ranger derrière Sonko ? Plus de 2 décennies en politique, 2 mandats de maire, 2 mandats de député face à un novice en politique, certes populaire, mais tout de même très clivant. La réponse est assurément non. Sonko dans ses rêves les plus fous, ne s’imagine pas de prendre la lionne dans ses filets.
Aïssata pouvait-elle se ranger derrière Madické ? Sorti de l’ombre en octobre 2018, osant à peine assumer son statut de candidat, “je m’efface si Karim est candidat” et ne ralliant même pas son propre camp autour de son nom. La réponse est Non.
Aïssata pouvait elle se ranger derrière Issa Sall ? Non. Elle ne l’a même pas envisagé pendant les dernières Législatives. Que ce soit en termes de notoriété ou de dividendes politiques, le compte n’y est pas.
Aïssata pouvait-elle se ranger derrière Idrissa ? Oui, elle aurait pu. Idrissa est présent depuis longtemps sur la scène politique. Il a occupé de hautes fonctions qui justifieraient qu’elle se rangeât derrière lui. Mais Idrissa n’est pas exempt de reproches. Il est demeuré étrangement silencieux sur le processus des parrainages. Aucune prise de position, aucune initiative au sein de l’Assemblée, notamment celle de fédérer les députés “rewmistes”, “pur”, “sonko” et “aïssata”. Il manque cruellement de présence sur le terrain…et n’a jamais pris le temps de construire avec les autres opposants.
Idy, c’est quelque part, le saut dans l’ inconnu.
Aïssata a besoin de survivre, de nourrir son mouvement, de créer un cadre serein dans sa commune, pour en assurer le développement. Ce sont là les éléments essentiels auxquels elle est confrontée et pour lesquels elle se doit de trouver des solutions. Pour cela, elle a besoin de quelqu’un avec qui elle a des liens forts. C’est la politique du “bonding trust”.
Elle s’est alliée avec Macky, qui prend mieux que les autres candidats, ses impératifs de sécurité et qui fait de sa survie politique une fin en soi. Son apport sera certain et c’est à cette aune qu’il faudra la juger. Je suis convaincu qu’elle saura instiller les influences nécessaires pour réaligner nos institutions, bref qu’elle sera mieux utile à la Nation là où elle sera.
Voila sûrement la réflexion à laquelle s’est livrée la “lionne”. Elle n’a pas transhumé, elle a noué une alliance pour une élection présidentielle qui n’est nullement gagnée. Elle cherche le pouvoir au même titre que les autres coalitions.
Peut-on le lui reprocher ? Je ne le pense pas. Certes, Aïssata est une femme forte dans ses convictions, dont la langue martelle ce qu’elle a dans le Coeur avec une aisance qui a conquis nombre de Coeurs. Mais ce n’est pas une habituée des catilinaires, d’où sûrement son statut d’îcone intouchable dans l’imaginaire des Sénégalais. On oublie bien souvent que Aïssata est une femme politique et la politique a ses réalités. Rien ne saurait justifier que l’on livre son honneur à la vindicte populaire pour des choix qu’elle a faits en toute liberté.
Mais ceux-là devraient savoir que ce ne sont point les quolibets, ni les déchaînements, encore moins les calinotades des banquistes dressés en meutes avides de sang qui la détourneront de son parcours politique.

Dites à Aïssata que je l’aime.
Dr. Tidiane SOW
Coach en Communication politique
ctidianesow@yahoo.fr

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