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– Le chef de l’État : «Les maires ne doivent pas distribuer la terre au premier venu»
– Le président de l’Ams : «Cette stigmatisation des maires n’est pas productive»

De la tribune de la première édition de la Journée nationale de la décentralisation (Jnd), le chef de l’Etat Macky Sall a indexé jeudi la «légèreté» avec laquelle des maires procèdent à l’affectation des terres. Une situation qui lui fait recevoir au quotidien des dizaines de dossiers brûlants et qui doit cesser selon lui. Pour son jeune frère, Aliou Sall, président de l’association des maires du Sénégal, c’est plutôt du côté de l’Adminis­tration qu’il faut lorgner pour trouver les vrais coupables de la situation.

La gestion du foncier reste un problème prégnant à régler selon le Président Macky Sall. Il l’a encore fait savoir jeudi à l’occasion de la Journée nationale de la décentralisation (Jnd) tenue au Cicad non sans décrier le comportement des maires dans l’affectation des terres dans leurs terroirs. «Nous devons aussi veiller à la question sensible de la gestion du foncier. Voici le sujet qui fâche. C’est un sujet que nous devons aborder sincèrement et sérieusement. Les plus gros risques de conflits dans ce pays restent la question foncière. Au quotidien je ne reste pas sans recevoir plus de 20 ou 50 dossiers brûlants», a posé le chef de l’Etat. Le problème étalé, le Président Macky Sall a chargé les maires qui à ses yeux portent une lourde responsabilité dans la mauvaise gestion des terres. «En vous la confiant (gestion de la terre) ça ne veut pas dire que vous devez, parce que vous êtes maire, vous avez un Conseil municipal, prendre le territoire de votre commune le distribuer au premier venu», a apostrophé le Président Sall, regrettant «l’occupation des sols sur des bases qui ne reposent sur rien». Il a fait savoir que l’heure était arrivée de mettre fin aux abus dans l’attribution des terres du Domaine national. «Cette situation ne peut pas continuer», a insisté le Président Sall, relevant la nécessité de préserver les besoins locaux et les intérêts nationaux. «Ce n’est pas parce qu’un maire a une couleur rouge au jaune que la collectivité a une couleur verte, jaune ou rouge. Maintenir l’autorité de l’Etat n’est pas négociable, maintenir l’intégrité territoriale et la cohésion nationale n’est pas négociable», a-t-il aussi relevé mettant en avant l’objectif étant d’améliorer l’exécution des politiques publiques surtout en matière de justice sociale et d’équité territoriale au profit des populations.
La 1ère Jnd sous le thème «Décentralisation et équité territoriale» a été aussi l’occasion pour le chef de l’Etat de tracer les contours de la 2ème phase de l’Acte 3 de la décentralisation. «Il s’agira, entre autres, d’apporter les réponses idoines à des problématiques majeu­res, tels la fonction publique locale, le traitement moderne de l’état-civil, le statut de l’élu local, la correction des incohérences territoriales, la mutualisation des moyens par l’intercommunalité, les nouvelles compétences à transférer, le financement innovant de la décentralisation, la nomenclature budgétaire et le régime financier des collectivités territoriales, l’aménagement du territoire, l’émergence de pôles territoires», a dégagé le Président Sall, faisant savoir qu’il faudra ainsi harmoniser les recommandations de la journée avec l’évaluation de la 1ère phase de l’Acte 3 de de la décentralisation.

Aliou Sall accuse l’Administration centrale 
Le président de l’Association des maires du Sénégal (Ams) n’a pas manqué de réagir aux charges de son grand-frère de président de la République à l’endroit de ses collègues élus. «Cette stigmatisation des maires n’est pas productive. Nous savons tous qu’il n’est pas possible pour un maire de vendre des terres sans l’autorisation de l’Adminis­tra­tion territoriale ou centrale ; ce n’est pas possible. Quand il y a délibération, elle est approuvée par le préfet ou le sous-préfet», a-t-il mis sur la table lors de son allocution.
A en croire le président de l’Ams, les mises en garde doivent plutôt se faire à l’endroit de la haute administration chargée de la gestion du foncier. «En plus de ça, que ce soit la zone rurale ou la zone urbaine, nous savons tous que l’Etat a les vrais pouvoirs en matière d’attribution des terres. Ce sontt les administrations des Domaines, du Cadastre…  Donc, qu’on nous appelle à être plus sérieux, nous sommes d’accord qu’on nous appelle à être plus regardants sur les intérêts des nationaux. Nous sommes d’accord mais les premiers à être interpellés, ce sont les agents de l’Etat», s’est encore défendu Aliou Sall, fermement soutenu par ses pairs.
Le président de l’Association des maires du Sénégal précisera toutefois que l’Ams ne va soutenir aucun maire qui se livrerait à des actes illégaux dans l’affectation de terres.

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