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«L’Histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout», Paul Valéry.
Au-delà des oraisons funèbres, des poèmes écrits sur l’homme assis dans son coin, par-delà les épanchements inspirés ou non, après le deuil animé de complaintes, de regrets et de repentir, il y a lieu de se pencher sur la vie de l’homme Cheikh Ahmed Tidiane Sy.
Il y a eu beaucoup de calomnies et de médisances sur la vie et la mort de l’homme. Il serait mort il y a longtemps, enterré quelque part. La vie des grands hommes fabrique toujours des légendes et provoque souvent des faussetés, des histoires à dormir debout et même des récits à rendre incrédule le plus innocent des enfants. C’est à croire que la mort est un remède contre la maladie. Les malades guérissent dès qu’ils passent de vie à trépas. Mais un remède contre les écarts de vérité. La mort est une manifestation violente de la vérité. Celle  de Cheikh Ahmed Tidiane Sy est venue fermer le caquet à tous ceux qui s’en donnaient à cœur joie. Mais rien ne vaut les gloses inutiles, tout est dans l’exemple. L’imitation servile est la pire des idolâtries. En voulant imiter Serigne Cheikh, beaucoup ont versé dans l’esthétisme le plus risible. L’homme était surtout dans l’esthétique. C’est différent !
Qu’on l’aime ou qu’on l’admire, que l’on doute de l’homme ou qu’on ne le comprenne pas, on ne peut pas dire que Cheikh Ahmed Tidiane Sy fut un homme ordinaire. Chez la personne, la bataille entre l’homme de culture et l’homme de Dieu, fidèle à la grande source, a toujours déconcerté plus d’un. Il arrive que les deux convergent quand l’homme monte vers les choses essentielles. Il n’y a qu’une seule source pour la vérité de l’univers et cette source est divine. Mais de la vie d’un grand homme on ne peut tirer de leçons si ce n’est des préceptes. Serigne Cheikh serait d’accord avec Paul Valéry. Le monde est organisé en points de vue, lesquels offrent des postures particulières. Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy fut :
Un homme consistant : Il n’a pas vécu pour rien. Une vie consistante, une vie pleine de matières de vie. Un homme consistant est le but ultime et terrestre de tous les grands. La personne de Serigne cheikh est un avis à tous ceux qui veulent être dans la plénitude de l’action. Une vie qui vaut la peine d’être vécue. Une vie en trois vies : 30 premières années d’apprentissage, de quête spirituelle et d’initiation mystique, 30 années d’application, d’action, de générosité matérielle et financière, 30 dernières années de sagesse mystique et de réclusion. Toutes ces trente dernières années, Serigne Cheikh nous a servi une écriture du silence, une parole du silence.
Un philosophe moraliste : Sans être dans un moralisme inintelligent, Serigne Cheikh fut à sa manière un prêcheur de la bonne parole. Chez lui la bonne attitude, les bonnes manières, la rigueur morale, fut-elle grinçante, est un prélude à la production de toute pensée juste.
Un mystique antimatérialiste : Pendant des années, Serigne Cheikh a beaucoup abordé la question de l’esprit et de la matière. C’est une récurrence dans ses discours et ses écrits. Il n’a jamais cherché un équilibrisme factice, mais arpenté les possibilités pour l’âme d’être un athlète plus véloce que les coureurs olympiques et capables de performances visibles qui sortiraient du champ du miracle.
Un penseur du mouvement et de la rénovation : Serigne Cheikh est de la tradition islamique des intellectuels du Tajdid (le renouveau de la pensée islamique) qui est consubstantiel à la Sunna du Prophète Muhammad Psl, qui lui même a initié le célèbre compagnon Mu’az Ibn Jabal, lequel devait se rendre au Yémen pour officier comme juge. (Cf. Sahih mouslim.) Cet instrument du Tajdid est peu enseigné et son ignorance est l’une des causes de la crise culturelle du monde musulman. La fermeture des portes de l’Ijtihad est une catastrophe civilisationnelle pour l’islam et le monde entier.
Un intellectuel de la fidélité aux sources : Dès les années 60, il a abordé la question sensible et dangereuse du retour aux sources. Chez l’intellectuel Serigne Cheikh, c’est plutôt le retour vers les sources divines, métaphysiques de l’homme, les sources anthropologiques, les sources qui font que l’homme est homme. Malheureusement pour beaucoup, le retour aux sources est une marche à reculons.
Un perfectionniste du langage : Le souci de vérité dans la langue, la beauté de l’expression, de la diction et de la tonalité. Le beau et le vrai ne font qu’un chez lui. Serigne Cheikh a évolué dans l’expression : Le jeune tribun à la voix sifflante et perçante des années 60, le ton professoral ex-cathedra des années 80, la voix «magique» et traînante des années 90 à la fin sont relativement différents. Avec l’âge, on devient un mage. Il a révolutionné la manière de dire l’islam. Tout est dans le dire.
Un herméneute du cosmos : Serigne Cheikh est parmi les philosophes mystiques de l’école de l’herméneutique, de l’interprétation totale et profonde. Les philosophes n’ont jamais suffisamment interprété le monde. Il suffit de dire que la plus grande contribution de Serigne Cheikh fut dans l’exploration du langage.
Un maître, adepte des œuvres accomplies : Serigne Cheikh fut un mutant, il appelé les hommes à vivre plusieurs vies dont le but ultime est la mutation en un être esclave parfait de Dieu.
Un métaphysicien de nos origines premières et des fins dernières : N’avez-vous pas remarqué sa propension, son inclination à parler de la mort depuis une vingtaine d’années, avec les sources convergentes des sciences anciennes, de l’islamologie et de l’expérience des gnostiques musulmans ?
Un artiste ambassadeur de la culture du ciel : Il est sans nul doute l’un des plus grands poètes, un artiste qui achetait des tableaux chers et lisait des livres rares.
Salut Mame Cheikh !  Comme disent les plus jeunes.

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