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Le Sénégal a perdu hier un de ses plus grands commis de l’Etat en la personne de Djibo Leyti Kâ. Le patron de l’Union pour le renouveau démocratique (Urd) est décédé à Dakar à l’âge de 69 ans. De Senghor à Macky Sall en passant le régime de Abdoulaye Wade, le «petit berger de la République» selon le titre de son autobiographie, a occupé plusieurs postes de responsabilité dans l’appareil de l’Etat : Ministre de l’Information, l’intérieur, des affaires étrangères, de l’Education nationale, de l’Environnement,…

Un grand commis de l’Etat s’en est allé hier. Le Sénégal perd un de ses plus célèbres hommes politiques de ces dernières dé­cennies.  Djibo Leyti Kâ a tiré sa révérence, hier, à la clinique des Madeleines. Il a servi la République jusqu’à son dernier souffle. De Senghor à Macky Sall en passant par le règne de Me Abdoulaye Wade, l’homme a toujours été dans les sphères du pouvoir. Au point qu’un autre célèbre homme politique dira de lui qu’il a été «le champion de la tortuosité». Cela, en référence au rôle qu’il a joué dans l’entreèdeux tours de la Présidentielle de 2000, qui vit Wade arriver au pouvoir, au détriment de Abdu Diouf. De par sa présence au cœur de l’Etat durant des décennies, il a marqué son nom d’une encre indélébile dans les annales de l’histoire politique du Sénégal. Après la perte du pouvoir par Abdoulaye Wade, le patron des rénovateurs avait formé avec Mamadou Diop Decroix et d’autres, le Front patriotique pour la défense de la République(Fpdr). En Juin 2015 lors de l’inauguration du nouveau siège de la Sonatel sis sur la Vdn, le Président de la République, Macky Sall l’avait appelé publiquement à venir travailler à ses côtés. Il finira par quitter l’opposition pour poser une fois de plus, ses baluchons à la mouvance présidentielle. Une nouvelle transhumance. Mais personne ne devinait qu’elle serait la dernière, par la volonté du Destin. Macky Sall va le nommer, par le décret n°2015-1971 du 21 décembre 2015, président de la Commission nationale du dialogue des territoires (Cndt). II avait entre autres missions de fournir au Président de la République et au Gouvernement, les analyses nécessaires au renforcement des ressources humaines, matérielles et financières des collectivités locales. Un strapontin pour justifier sa volonté de rejoindre le camp présidentiel, et camoufler sa transhumance.Né le 21 février 1948 à Linguère dans la région de Louga, Djibo a fait ses études à la Faculté de droit et de sciences économiques de l’Université de Dakar. Admi­nistrateur civil de profession, il est issu de la promotion de l’année 1975 de l’École nationale d’administration de Dakar selon son ancien camarade de promo Abdoulaye Makhtar Diop.  Etudiant, il militait dans le mouvement socialiste de l’Uni­versité. C’est de là d’ailleurs que, par sa fougue, il se fera remarquer par le président Léopold Sédar Senghor. Ce dernier l’appelera, dès la fin de ses études, à travailler à ses côtés. Après son accession dans les sphères du pouvoir de la Répu­blique, Djibo Kâ a occupé plusieurs fonctions. Il fut le dernier directeur de cabinet du premier Président de la République du Sénégal, Léopold Sédar Senghor. Avec l’avènement de Abdou Diouf au pouvoir en 1981, l’homme l’Etat  a été ministre dans les différents gouvernements qui se sont succédés sans interruption jusqu’en 1996. L’enfant du Djoloff fut d’abord ministre de l’Information et des Télécom­munications dans le gouvernement du premier mi­nis­tre Habib Thiam, de 1981 à 19­88. Il gardera son poste avec l’arrivée de Moustapha Niasse en 1983 à la Primature. L’inter­mè­de Niasse ne durera d’ailleurs que deux mois, le temps de parachever la dissolution du poste de Premier ministre. De 1988 à 1990, Djibo Ka s’est retrouvé au département du Plan et de la coopération, avant d’hériter du ministère de l’Education nationale pour un an. Et de 1991 à 1993, il a été à la tête de la diplomatie sénégalaise. Il occupera par la suite le ministère de l’intérieur jusqu’en 1995. Sous Abdoulaye Wade, il  a été ministre de l’Économie maritime ensuite ministre de l’Environ­nement, de la protection de la nature, des bassins de rétention et des lacs artificiels. Son passage à l’intérieur  sous Diouf a été marqué par les malheureux événements du 16 Février 1994 au cours desquels six policiers ont été tués au cours d’une manifestation des moustachidines à Dakar. Au sein du Ps, il avait une rivalité avec l’actuel secrétaire général des socialistes, mais aussi avec l’actuel président de l’Assemblée nationale. Dans ses mémoires, l’ancien président Abdou Diouf évoque la gifle qui a été administrée par Moustapha Niasse à Djibo Kâ lors d’une réunion du bureau politique du Ps. Mais c’est en 1996 que Djibo et certains de ses camarades du Parti socialiste ont mis en place le courant du Renouveau démocratique au sein du parti à la suite du fameux «congrès sans débat» qui  a consacré son rival, Ousmane Tanor Dieng premier secrétaire du Ps. Et ils finiront par tourner définitivement le dos au parti fondé par Léopold Sédar Senghor. Lors des élections législatives de 1998 sous la bannière d’une coalition avec le parti Jëf-Jël de Talla Sylla, ils ont obtenus 11 sièges sur les 140 que comptait à l’époque l’Assemblée nationale. A part cette législature, il a été deux fois député sous Abdoulaye Wade et lors de la 12eme, il a été élu avant de céder sa place. Le défunt a dans sa carrière politique participé à une seule élection présidentielle, c’était celle de 2000. Candidat de son parti l’Union pour le renouveau démocratique (Urd), il a été classé quatrième avec 7,1 % des voix au premier tour. A la surprise presque générale, il appellera à voter Abdou Diouf au second tour. Ce qui lui vaudra la hargne et les insultes de tous ceux qui estimaient qu’il avait de cette manière, trahi la cause de tout un peuple aspirant au changement politique.
 msakine@lequotidien.sn

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