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Fishermen in action off Kafountine, Casamance

Pour la journée du 6 novembre qui célèbre la mémoire du réalisateur sénégalais Samba Félix Ndiaye, l’Institut français a reçu le film de Thomas Grand et Moussa Diop. «Poisson d’or, poisson africain» alerte sur les dangers qui menacent le port de Kafountine, une des dernières zones de refuge des pêcheurs traditionnels et des transformateurs de poisson.

Kafountine, dans le Sud du pays, est une des dernières zones de pêche, refuge pour bon nombre de pêcheurs traditionnels et de transformateurs de poisson. Dans cette petite commune du département de Bignona, pêcheurs et transformateurs s’activent pour nourrir toute la sous-région. C’est dans ce microcosme exclusivement dédié au poisson que Thomas Grand et Moussa Diop ont réalisé leur film Poisson d’or, poisson africain. Une fois le film bouclé, les deux réalisateurs ont jugé bon de revenir sur les lieux pour parachever leur œuvre. «Le film qu’on avait tourné parlait de menaces d’implantation d’usines dans cette dernière zone refuge pour tous ces travailleurs. Et depuis la fin du tournage, deux usines se sont implantées dans la zone. Une usine de farine de poisson s’est installée à Abéné, à 5 km de Kafountine, mais la population s’est mobilisée et les autorités ont demandé une enquête publique. Actuellement à Kafountine, la deuxième est en train de sortir de terre et ils ont déguerpi plus de 1 500 femmes transformatrices vers des zones insalubres», explique Thomas Grand au terme d’une projection au Centre culturel français dans le cadre de la journée du 6 novembre qui marque la disparition du cinéaste Samba Félix Ndiaye.
Comme chaque année, l’Institut culturel français fait honneur aux documentaires avec une programmation spéciale. Pour cette année, le film de Thomas Grand et Moussa Diop donne une résonnance particulière en ce sens que ce film met en lumière «ces petites gens», chères à Sembene Ousmane et Samba Félix. A Kafountine, la situation des manutentionnaires et des femmes transformatrices est précaire et l’implantation d’usines chinoises menace directement leur gagne-pain. «Il n’y a pas vraiment de prise en compte de cette économie. Même si elle est informelle, elle fait vivre des centaines de familles et permet au poisson d’être consommé dans plusieurs pays d’Afrique. Je pense que c’est irresponsable et dangereux de menacer ces activités et ces travailleurs», alerte M. Grand.
Le duo des réalisateurs qui a réussi la prouesse de filmer au plus près les travailleurs de ce port multiculturel où plusieurs nationalités se côtoient n’en est pas à son coup d’essai. «Cela fait vingt ans qu’on parcourt les plages du Sénégal avec plein de films qu’on a faits ; donc ayant vu la situation s’aggraver à Kayar, à Joal, Saint-Louis, Nianing… En fait dans toutes les zones où il y avait de la transformation, quand une usine s’implante, ce sont ces petits travailleurs qui sont mis sur la touche», explique M. Grand. Les réalisateurs qui ne s’attachent pas à un personnage suivent plutôt le poisson dans toutes les étapes, de sa capture à son transport et à la transformation. Ils nous plongent ainsi dans un kaléidoscope de sons, de couleurs et de mouvements, le ballet incessant des manutentionnaires parfois malmenés par les furies de l’océan, mais décidés à gagner les 350 F qui leur sont payés pour chaque caisse transportée. Les nuages de fumée qui émergent des fours à bois où les poissons sont transformés avant d’être décortiqués par des mains féminines désireuses de trouver le repas quotidien de la famille. Poisson d’or, poisson africain plonge ainsi au cœur de ces enjeux à la fois économiques et environnementaux pour lancer une alerte devant ces décisions des autorités qui accordent des licences à des usines chinoises au détriment des pêcheurs traditionnels, mais aussi devant les dangers que constitue ce mode d’exploitation qui engendre une pollution élevée et une déforestation accrue. «Depuis l’année dernière, on organise des projections directement sur les quais de pêche et on pense à une tournée nationale», souligne M. Grand. L’objectif étant de participer à faire prendre conscience du danger qui se rapproche.
mamewoury@lequotidien.sn

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